La nomination de Marie Grégoire soulève des craintes dans le milieu des archives

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Valérian Mazataud Le Devoir La Grande bibliothèque

La nomination de la communicatrice, entrepreneure, gestionnaire et ex-députée adéquiste Marie Grégoire à la tête de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) continuait de susciter des réactions jeudi. Les craintes devant le manque de moyens financiers pour répondre aux besoins de la plus importante institution culturelle du Québec, ou devant le manque d’expertise de Mme Grégoire pour l’administrer, sont à la base de la majorité des reparties.

Plusieurs membres du milieu des archives, des documentaires ou des bibliothèques se sont dits déçus du manque d’expertise de la nouvelle présidente-directrice générale de BAnQ, en gestion de services documentaires, de l’information ou en conservation du patrimoine. « Que ce soit pour BAnQ ou pour les bibliothèques scolaires, l’argument demeure le même », indique la présidente de l’Association pour la promotion des services documentaires scolaires, Ariane Régnier : « gérer une bibliothèque demande une expertise en sciences de l’information ».

La Fédération des milieux documentaires, tout en saluant l’arrivée de Mme Grégoire et en l’assurant de sa collaboration, estime aussi que « les qualifications idéales pour occuper ce poste sont celles détenues par les bibliothécaires et les archivistes ».

« Sans cette expertise en bibliothéconomie, en archivistique ou en technologie de l’information, combien de temps sera nécessaire à Mme Grégoire pour bien apprivoiser l’institution, sa spécificité, ses besoins, sa culture et ensuite faire appliquer les transformations nécessaires ? » demande à son tour le président de l’Association des archivistes du Québec, Julien Bréard. « Aura-t-elle le temps nécessaire pour mener à bien ses travaux ? »

Le défi des finances

M. Bréard s’inquiète aussi du manque d’expérience de Mme Grégoire dans la gestion d’une institution de cette ampleur. « Sera-t-elle à la hauteur ? D’autant plus que BAnQ est présentement dans un contexte de sous-financement qui nous inquiète. »

C’est ce sous-financement, dévoilé la semaine dernière dans Le Devoir, qui préoccupe le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec. Ce dernier accueille par ailleurs positivement la nomination de Mme Grégoire. « Le défi pour Mme Grégoire sera insurmontable sans un réinvestissement important à BAnQ », estime Lydia Martel, première vice-présidente et responsable politique de la culture. « On ne peut pas couper dans le gras, il ne reste déjà que les os, a-t-elle ajouté, rappelant que BAnQ a déjà vécu quatre vagues d’abolitions de postes depuis 2009, perdant chaque fois un peu plus de son expertise. « Au fil des ans, des services ont également été réduits, comme en témoigne, par exemple, la disparition des expositions. »

La Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ) a aussi reçu la nouvelle agréablement et salué « la nomination rapide de Marie Grégoire ».

Marie Grégoire entrera en fonction à BAnQ le 9 août prochain. Anne Milot, secrétaire générale et directrice des affaires juridiques, assure d’ici là l’intérim.

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