Merde alors!

L’expo propose de plonger sous la ceinture et de réfléchir à la revalorisation de la matière fécale, pour le plus grand bien de l’environnement de tous.
Photo: François Ozan, Icône L’expo propose de plonger sous la ceinture et de réfléchir à la revalorisation de la matière fécale, pour le plus grand bien de l’environnement de tous.

En 1961, l’artiste italien Piero Manzoni faisait un pied de nez au monde de l’art en produisant 90 boîtes qui contenaient ses propres excréments. Certaines de ces boîtes se sont vendues à 300 000 $ et font désormais partie de grandes collections internationales, même si des conservateurs ont découvert entre-temps que certaines boîtes fuyaient…

L’anecdote est tout à fait dans le ton de la nouvelle exposition Ô merde ! présentée au Musée de la civilisation de Québec. Explorant ce sujet à la fois tabou et universel, l’expo propose de plonger sous la ceinture et de réfléchir à la revalorisation de la matière fécale, pour le plus grand bien de l’environnement de tous. Pour cela, il faut tout de même surmonter quelques réserves, et le musée nous y invite d’emblée avec la pièce Anal Kiss de l’artiste belge Wim Delvoye, qui a réalisé une empreinte de son anus au rouge à lèvres et qui l’appose sur le papier des hôtels qu’il fréquente.

Au-delà de ces expressions artistiques, Ô merde ! propose un regard critique sur la gestion des excréments humains à travers la planète, notamment quant à l’usage des toilettes à chasse d’eau, qui souillent des quantités astronomiques d’eau potable.

« Est-ce que le système voulant que l’on pompe l’eau du Saint-Laurent, qu’on la traite pour en faire de l’eau potable, pour la souiller, la traiter de nouveau et la rejeter dans le Saint-Laurent, est vraiment le plus efficace ? » demande Coline Niess, chargée de projet de l’exposition.

Un cycle coûteux

« Les Québécois ont beau engloutir quotidiennement environ 130 litres d’eau chacun simplement en tirant la chasse, ils ne voient jamais les coûts associés à ce geste quotidien. Il faut pourtant prélever l’eau dans le fleuve ou les rivières, la traiter, l’acheminer vers le réseau d’aqueduc, puis entretenir les égouts qui transportent les eaux usées vers les usines de traitement », explique-t-on. Par ailleurs, 81 municipalités du Québec rejettent encore directement leurs eaux usées dans le fleuve.

À cet égard, plusieurs solutions sont proposées, encore peu en usage chez nous. L’exposition présente plusieurs prototypes de toilettes sèches, qui font le tri entre matière solide et matière liquide et qui réutilisent ces matières pour en faire des fertilisants. Le musée aurait même songé à installer une toilette de ce genre à l’extérieur du bâtiment à l’usage des visiteurs, mais n’aurait pas obtenu les autorisations nécessaires à cet effet.

« À Paris, les gens commencent à installer des toilettes sèches à l’extérieur », relève Coline Niess.

L’expo propose un survol des conditions sanitaires variables à travers le monde. Ainsi, quelque « deux milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des installations sanitaires de base ». Et parmi elles, « 673 millions défèquent, chaque jour, à l’air libre ». On aborde le phénomène des hors-castes de l’Inde, les intouchables, qui doivent charrier tous les jours, à mains nues parce qu’ils ne peuvent même pas se payer des gants, les excréments des autres. « Un des aspects de la revalorisation des matières fécales est de redonner un statut social à ces travailleurs souvent mal vus d’un point de vue de la communauté en les équipant notamment avec des gants », dit Coline Niess.

Fidèle à son habitude, le Musée de la civilisation déploie des installations interactives susceptibles d’intéresser toute la famille. On peut, par exemple, détailler l’apparence de sa dernière crotte et obtenir quelques conseils de nutrition en conséquence, ou relever des informations scientifiques détaillées sur son dernier pet.

« En s’éloignant du mode de vie rural, les citadins pensent se débarrasser de tout ce qui rappelle la nature, comme les déjections. Les enfants et les artistes, eux, s’amusent à prendre le contrepied de ce tabou en créant des œuvres d’art irrévérencieuses ou en échangeant des blagues scatologiques », relève-t-on.

Maya

Le Musée de la civilisation a célébré sa réouverture en mai avec l’exposition Maya, conçue par MuseumsPartners, un partenariat de musées autrichien. L’exposition dispose notamment d’une importante collection d’objets prélevés récemment sur des sites archéologiques guatémaltèques, dont certains n’ont jamais été encore vus en public.

La civilisation maya aurait pris naissance il y a 5000 ans. Lors de son apogée, entre le IIIe et le VIIIe siècle de notre ère, « elle figurait parmi les plus avancées en Amérique, surpassant même, par son raffinement, la culture européenne », apprend-on. Les Mayas maîtrisaient l’écriture et les mathématiques, et l’expo présente une reproduction des quatre derniers codes mayas qui ont été sauvés après la conquête espagnole.

À l’entrée, on peut voir une collection de 23 petites figurines merveilleusement préservées dans la tombe d’un roi maya inconnu. Rassemblées en cercle, on croit qu’elles représentent une cérémonie de résurrection. On y voit une reine guerrière avec un bouclier, quatre scribes, et plusieurs nains accompagnant le roi défunt. Plus loin dans l’exposition, on apprend que le nain, dans la culture maya, est réputé comme détenteur de pouvoirs particuliers, notamment en lien avec le monde souterrain. Le roi défunt est par ailleurs guidé vers le monde souterrain par son compagnon de l’âme, un cerf en prière.

L’exposition rappelle que la culture maya est encore bien vivante aujourd’hui, et que 40 % de la population du Guatemala parle l’une des 30 langues mayas issues d’une racine commune.

 

Ô merde ! / Maya

Musée de la civilisation, jusqu’au 26 mars 2022 / Musée de la civilisation, jusqu’au 3 octobre 2021.

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