L’avenir incertain de l’un des plus vieux presbytères d’Amérique

Malgré des  appels publics  répétés pour  le protéger et lui redonner vie,  le presbytère de Saint-Michel-de-Bellechasse sera sans occupant  à compter  du 30 juin.
Fleurette Desrosiers Malgré des appels publics répétés pour le protéger et lui redonner vie, le presbytère de Saint-Michel-de-Bellechasse sera sans occupant à compter du 30 juin.

L’avenir du presbytère patrimonial de Saint-Michel-de-Bellechasse n’est toujours pas assuré. Malgré des appels publics répétés pour le protéger et lui redonner vie, il sera désormais sans occupant à compter du 30 juin.

Un groupe de citoyens, réunis autour de la société de sauvegarde, espère la contribution financière du plus grand nombre possible de Québécois pour aider à lui donner une nouvelle vocation.

La paroisse a dû se résoudre à quitter l’édifice, propriété de la Ville, à la suite d’un débat politique avec l’administration actuelle, explique Simon Noël, directeur général de la fabrique.

La fabrique doit ramasser ses pénates pour se reloger à l’église, située à deux pas. Ce bâtiment de 1879, inscrit lui aussi au répertoire du patrimoine culturel du Québec, fait du coup l’objet de travaux qui en changeront l’allure. « Nous avons arraché une rangée de bancs, indique le directeur général. On élève un mur dans le jubé pour faire un bureau et un autre pour faire un bloc sanitaire. »

Pétition et groupe de pression

Une partie du presbytère date de 1713. L’édifice a été rallongé en 1790. Cela en fait un des plus vieux témoins en Amérique du Nord des pratiques religieuses européennes. Une pétition citoyenne a été déposée devant le maire Éric Tessier pour sauver le presbytère.

Cependant, le maire s’est toujours montré peu enthousiaste à l’idée de protéger ce lieu. Au conseil municipal où elle siège, Sylvie Lauzon constate que le seul projet pour l’instant est de laisser le bâtiment à l’abandon.

« Quand c’est vide et laissé à l’abandon, déplore Mme Lauzon, on sait ce qui peut arriver. Il y a le vandalisme… L’édifice peut prendre feu… On a vu ça ailleurs ! Il y a six portes d’accès pour entrer dans le presbytère. Même avec des caméras de surveillance, on ne sait pas. À le laisser abandonné, on ne sait jamais ce qui peut arriver. »

Pour sa part, le directeur général de la fabrique, M. Simon Noël, dit avoir confiance pour l’avenir de ce presbytère historique. « C’est le plus vieux presbytère en Amérique du Nord. Il a résisté à Wolfe, à la guerre. Je suppose qu’il va résister au maire Tessier. »

Mme Lauzon est désormais aussi la présidente de la Société des amis du presbytère de Saint-Michel-de-Bellechasse, un regroupement de citoyens préoccupés par l’avenir de ce qu’elle présente comme un bijou du patrimoine bâti québécois.

La Société des amis du presbytère souhaite qu’un grand nombre de Québécois la rejoigne, en allant sur son site Internet, afin de pouvoir déposer un projet structurant à la nouvelle administration municipale, après les élections du 7 novembre prochain.

Un bien collectif

Pour Sylvie Lauzon, il ne fait pas de doute que ce bâtiment, à titre de trésor collectif, doit intéresser l’ensemble des Québécois. À son avis, ce devrait être « un lieu de culture, un musée voué à célébrer Saint-Michel et Bellechasse ». La dimension historique du lieu est si importante, ajoute-t-elle, qu’« un musée de l’histoire régionale pourrait y avoir sa place ».

Selon les projets esquissés jusqu’ici par la Société des amis du presbytère, « on y retrouverait les archives de la fabrique, dont un document de 1790, une exposition d’artefacts et une banque de photos anciennes du littoral ».

La vieille grange à dîme qui jouxte le presbytère date de 1818. Ce bâtiment offrirait pour sa part un toit à un « musée d’histoire en miniature » pour la collection créée par Daniel Pouliot. Sa collection de miniatures, à situer dans le registre de l’art populaire, propose des scènes du Québec d’avant 1960. L’hiver s’y trouve à l’honneur, comme le temps des sucres, des semences, des récoltes, les labours d’automne, selon une idéalisation du terroir. Cette collection compte à ce jour plus de 1200 figurines, des voitures à chevaux miniatures, ainsi que des décors divers, où l’on trouve des églises ainsi que des maisons aux toits à coyaux. La Société des amis du presbytère dit avoir à cœur cette collection.

Afin de mener à bien son projet, la Société fait appel à tous les citoyens du Québec pour la soutenir. L’avenir de ce patrimoine est dans l’intérêt de la collectivité, insiste Sylvie Lauzon.

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