L’art de la maison

Vue de cette maison de l’art lors de son ouverture
Photo: Pierre-Jean Moreau Vue de cette maison de l’art lors de son ouverture

La chronique de Josée Blanchette fait relâche cette semaine, et ce, jusqu’au 3 septembre prochain. D’ici là, à compter de la semaine prochaine, vous pourrez lire la chronique ETC d’Isabelle Paré.

L’actrice et artiste-peintre Geneviève Boivin-Roussy réalise son rêve en ouvrant la porte de sa maison d’art. Ce projet qui habitait ses pensées depuis plusieurs années aura demandé une dose d’audace, un alignement d’étoiles, le coup de cœur d’un lieu et un soupçon de confinement (!) pour enfin voir le jour en plein cœur du village de Danville, en Estrie.

La galerie G de BR, c’est d’abord une histoire de lieu, de maison. Depuis la dizaine d’années qu’elle partage son temps entre Montréal et Saint-Adrien, Geneviève Boivin-Roussy est souvent passée devant la maison de la rue Water, toute jolie avec ses boiseries en dentelle et ses airs victoriens. Pas étonnant qu’on la surnomme déjà la « grande dame ».

« Quand j’étais petite, les maisons et l’univers des gens m’intriguaient énormément. J’allais sonner chez les gens et je leur demandais si je pouvais visiter leur maison ! » raconte celle qui estime que trouver le bon lieu était primordial pour son projet.

Plusieurs fonctions

« Je voulais [décloisonner] l’art, le démocratiser. Je trouve ça triste de voir des galeries où personne ne va parce qu’ils sont intimidés, alors qu’on ne devrait pas être intimidé par l’art. Je rêvais [aussi] de faire tomber les cloisons entre les artistes des villes et des régions pour encourager une synergie entre différents métiers d’art », poursuit-elle.

Dans cette vaste demeure, plusieurs fonctions trouvent leur espace tout en se répondant entre elles. La galerie, d’abord, dont la sélection d’œuvres québécoises est constamment en mouvement, puis la résidence d’artiste juchée sur les deux étages du haut. « Tu as vraiment l’impression d’être dans un monde intemporel », souligne la fondatrice, qui a longtemps partagé son propre atelier de peinture avec d’autres artistes. Quand tu as l’étincelle d’une idée, tu as besoin d’aller puiser profondément en toi. Le lieu est essentiel à ce moment-là. Ce que j’ai voulu créer ultimement, c’est un safe space pour les poètes. Je pense que la poésie peut se retrouver dans toute forme d’art. Et il y a une fragilité chez le poète qui demande une certaine bienveillance et un certain encadrement pour la faire rayonner. »

Photo: Pierre-Jean Moreau Geneviève Boivin-Roussy, fondatrice de la Galerie G de BR

D’ailleurs, la résidence d’artiste accueillera prochainement l’autrice et comédienne Gabrielle Lessard, qui y écrira sa prochaine pièce de théâtre sur l’art contemporain au Japon. Comme quoi, tout est dans tout.

Puiser dans les racines

Un autre aspect inhérent à la galerie G de BR est l’histoire et la mémoire. Pour Geneviève Boivin-Roussy, s’approprier une maison centenaire lui a rappelé ses racines familiales. Celles des Boivin, premiers artisans installés en Nouvelle-France, et des Roussy, les « pirates humanistes », sortes de Robin des bois qui pillaient pour mieux partager ensuite. L’envie de conjuguer passé et présent s’est transposée, entre autres, dans le nom de la boutique attenante à la galerie : Germaine, en l’honneur de grand-mère Roussy.

« Germaine, qui était loin d’être une germaine ! précise-t-elle, rieuse. Elle aimait les belles choses, toujours avec un grain de folie. » Dans la boutique, des objets d’artisans de partout au Québec se côtoient, tous choisis avec soin par Hélène Gallant-Roberge, joaillière, sculptrice et responsable de la boutique.

Je pense que la poésie peut se retrouver dans toute forme d’art. Et il y a une fragilité chez le poète qui demande une certaine bienveillance et un certain encadrement pour la faire rayonner.

 

S’y trouvent aussi un coin café — élément rassembleur s’il en est —, puis un espace atelier pour permettre aux gens de s’initier à la poterie, à la peinture, au dessin et à l’art floral, notamment. Les artistes plus expérimentés sont aussi les bienvenus pour perfectionner leur art. Parmi les cours à l’horaire : Véronique Buiste y donnera un cours pour recycler, presser et broder du papier pour en faire des œuvres uniques. « Une artiste à découvrir », souligne Geneviève, qui animera des cours de peinture, visiblement ravie de ce partage de savoirs entre des créateurs et la communauté.

S’ancrer davantage dans sa communauté, voilà bien l’une des facettes plus qu’évidentes de la galerie G de BR, puisque Danville est l’hôte depuis 20 ans d’un symposium des arts. À l’instar de son conjoint, Pierre-Philippe Côté, et ses projets artistiques et collectifs dans l’église de Saint-Adrien, Geneviève Boivin-Roussy voit dans sa « maison des arts » une façon d’enrichir les rapports humains.

« C’est le moment pour les artistes de sortir des grandes villes, d’aller dans les régions et de créer. Qu’il y ait une synergie entre les créateurs de différents métiers d’art. Les gens voyagent à travers le Québec et c’est le moment de faire rayonner nos artistes. »

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