Décès de Madeleine Robinson, actrice française de cinéma et de théâtre

Montreux — L'actrice française Madeleine Robinson, qui a alterné théâtre, cinéma et télévision au cours de plus de 60 ans de carrière, est décédée dimanche dans le canton de Vaud, en Suisse, a annoncé hier la Radio suisse romande. Elle avait 86 ans.

«C'était une très très grande artiste», a estimé Robert Hossein, qui l'avait fait tourner dans l'un de ses films, Le Goût de la violence (1961), où elle interprétait une «révolutionnaire» au Mexique.

«Elle était magnifique, émouvante, remarquable et tout à fait crédible, pleine d'humilité, extrêmement attentive», a ajouté le metteur en scène sur France Info. «Tout à coup, elle devenait le personnage et ça, c'était assez étonnant [...]. Elle avait une immense sensibilité, une très très grande émotion, une présence physique tout à fait étonnante et une voix formidable.»

Née le 5 novembre 1917 à Paris, Madeleine Svoboda, de son vrai nom, avait joué autant sur scène qu'à l'écran, après avoir suivi les cours de l'école Charles-Dullin. En 1994, le public avait pu la voir dans le film L'Ours en peluche, de Jacques Deray, et sur les planches dans La Folle de Chaillot.

Comédienne à la filmographie des plus variées, Madeleine Robinson s'était aussi illustrée en 1978 dans Une histoire simple, de Claude Sautet, avec Romy Schneider, avant d'interpréter le rôle fort de la mère qui a tout deviné dans J'ai épousé une ombre (1982), de Robin Davis, avec Nathalie Baye, et de tourner dans Camille Claudel (1988), de Bruno Nuytten, aux côtés d'Isabelle Adjani.

Au cinéma, où elle a su choisir ses rôles, l'actrice a joué dans plus de 50 films. Après un premier rôle féminin dans Mioche (Moguy, 1936), sa composition dans Lumière d'été, de Grémillon (1942), permettra au public de la redécouvrir. Suivront des collaborations avec Autant-Lara (Douce, 1943), Christian-Jacque (Sortilèges, 1944) et Yves Allégret (Une si jolie petite plage, 1948).

Ses rôles dans Entre onze heures et minuit (Decoin, 1949), Dieu a besoin des hommes (Delannoy, 1950), Le Garçon sauvage (Delannoy, 1951), L'Affaire Maurizius (Duvivier, 1953), Les Louves (Saslavsky, 1957), À double tour (Chabrol, 1959), Léviathan (Léonard Keigel, 1961), Le Procès (Orson Welles, 1962) constituent les autres grands jalons d'une carrière également consacrée au théâtre.

Sur les planches, l'actrice, qui reçut un Molière d'honneur en 2001.

Officier de la légion d'honneur et de l'Ordre national du mérite, commandeur des arts et lettres, Madeleine Robinson s'était vu décerner plusieurs distinctions, dont le prix Réjane (1939), la Victoire de la meilleure actrice française (1951), le Prix féminin du cinéma (1950) et la Coupe Volpi à Venise (1959).

L'actrice, mère de deux enfants, vivait en Suisse depuis de nombreuses années et avait été faite bourgeoise d'honneur de la commune de Montreux, selon la Radio suisse romande. Elle avait signé l'ouvrage Les Canards majuscules», en 1978.