Amazon s’offre le studio hollywoodien MGM

Amazon a assuré qu’il préservera l’héritage et le catalogue de films du studio MGM, qui possède notamment les droits de la franchise James Bond.
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse Amazon a assuré qu’il préservera l’héritage et le catalogue de films du studio MGM, qui possède notamment les droits de la franchise James Bond.

En rachetant le célèbre studio hollywoodien MGM, Amazon met la main sur un catalogue de choix pour enrichir son service de diffusion en continu Prime Video. Le Silence des agneaux, Rocky, The Handmaid’s Tale, Fargo et la convoitée saga James Bond lui permettront de consolider sa position dans la course aux abonnés qui l’oppose à Netflix et Disney +.

« C’était une stratégie d’Amazon annoncée depuis plusieurs années. Déjà en 2016, Jeff Bezos avait déclaré : “Quand nous remportons un Golden Globe, ça nous aide à vendre plus de chaussures”. Il fallait juste le bon moment et la bonne transaction », fait remarquer Catherine Mathys, directrice de la veille stratégique au Fonds des médias du Canada, loin d’être surprise par la nouvelle.

Après des semaines de rumeurs, le grand patron d’Amazon, Jeff Bezos, a confirmé mercredi être sur le point d’acheter le studio quasi centenaire Metro-Goldwyn-Mayer pour 8,45 milliards de dollars. Il s’agit de la deuxième acquisition la plus chère du géant du commerce en ligne après le rachat en 2017 des supermarchés américains Whole Foods pour 13,7 milliards.

Ainsi, pas moins de 4000 films et 17 000 émissions de télévision passeront prochainement sous son giron. Parmi eux, de nombreux grands classiques du cinéma qui ont fait la renommée du studio californien. Depuis sa création en 1924, il a remporté plus de 180 Oscars et plus d’une centaine d’Emmy Awards. « MGM a un catalogue immense avec des titres que le public adore […]. Nous allons réinventer la propriété intellectuelle au 21e siècle », s’est réjoui Jeff Bezos mercredi.

Ce rachat tombe surtout à pic pour MGM. Après des décennies de difficultés financières qui l’ont conduit à déclarer faillite en 2010 puis à se restructurer, le studio a grandement souffert de la fermeture prolongée des salles de cinéma durant la pandémie de COVID-19.

Amazon n’a pas précisé quand sera conclue l’acquisition. D’après le magazine américain Variety, le prix d’achat comprend la prise en charge de la dette de MGM qui continuera de fonctionner en tant que label sous la marque Amazon. La multinationale dit vouloir contribuer à « préserver le patrimoine et le catalogue de films de MGM » qui se retrouve en mauvaise posture, mais c’est surtout l’occasion rêvée d’élargir son offre de contenus sur sa plateforme Prime Vidéo. « C’est le nerf de la guerre dans ce secteur. Plus on investit dans le contenu, plus on retient les abonnés tout en allant en chercher de nouveaux », souligne Éric George, professeur à l’École des médias de l’UQAM.

En plus d’ajouter toute une panoplie de titres attrayants pour ses abonnés, Amazon s’attaque directement à ses concurrents, surtout Netflix, puisqu’elle diminue son offre en récupérant tous les contenus de MGM. Disney + avait utilisé la même stratégie en lançant sa plateforme, note le professeur.

« Il est aussi question de produire du contenu original à partir des propriétés intellectuelles du studio. Prenons James Bond par exemple, Amazon va pouvoir en faire un dessin animé ou même un jeu vidéo si elle le souhaite. C’est très intéressant pour eux », renchérit Catherine Mathys du Fonds des médias du Canada. Le géant américain l’a lui-même reconnu : « La véritable valeur financière de cet accord est le trésor de la propriété intellectuelle du catalogue complet que nous prévoyons de réinventer et de développer avec la talentueuse équipe de MGM », a commenté mercredi Mike Hopkins, vice-président senior de Prime Video et d’Amazon Studios.

Guerre ouverte

Si Amazon frappe fort avec cette acquisition, ce n’est toutefois pas assez pour battre Netflix, le leader mondial dans ce secteur, estime Mme Mathys. « Ça risque par contre de resserrer leur écart. Au Canada, une trentaine de [points de] pourcentage les sépare, en termes d’abonnés, indique-t-elle. Netflix a cependant plus d’une carte dans sa manche et Disney + ne doit pas être pris pour battu, car il a le vent dans les voiles. » Elle s’attend d’ailleurs à beaucoup de mouvements dans la prochaine année, avec d’autres acquisitions et pourquoi pas même l’arrivée de nouvelles plateformes.

Dans cette guerre ouverte pour récupérer les meilleurs contenus, les consommateurs pourraient-ils toutefois se fatiguer de devoir constamment changer de plateformes pour regarder leurs films et émissions préférés ? Non, estime Mme Mathys. « On est dans une période où la consommation de contenus vidéo en ligne est populaire. Ça s’est accéléré avec la pandémie et ça ne s’essouffle pas. Les gens n’ont pas l’intention de laisser tomber leurs abonnements dans les prochains mois selon différents sondages. On a vraiment créé de nouvelles habitudes, de nouveaux besoins. »

Le professeur Éric George note de plus que les dépenses en produits culturels et de communication ne cessent d’augmenter depuis les 30 dernières années. Devoir s’abonner à deux ou trois plateformes de visionnement ne semble pour le moment déranger personne. « Ça reste moins cher qu’un abonnement au câble et ça offre plus de contenus diversifiés. »

Avec l’Agence France-Presse

Vidéotron propose Vrai

Vidéotron lancera prochainement une nouvelle plateforme de vidéo sur demande. Vrai proposera des contenus axés sur le style de vie, le divertissement et le documentaire. La date de lancement n’a pas été précisée, mais la plateforme devrait voir le jour d’ici la fin de l’année, a indiqué Vidéotron par voie de communiqué mercredi. On promet pour commencer une quarantaine de productions originales en français. La plateforme s’enrichira ensuite de nouvelles productions chaque semaine. Les abonnés pourront ainsi consommer des contenus sur des sujets variés dont des « docu-réalités, télé-réalités, humour, déco, voyage, contenus foodie, questions de société et certains thèmes qui nourriront les plaisirs coupables », a énuméré Vidéotron.

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