L’anthropologue José Mailhot est décédée

Les travaux de José Mailhot, comme ceux de Sylvie Vincent et de Rémi Savard, ont profondément marqué Joséphine Bacon, qui les a accompagnés dans leurs recherches et a ainsi saisi l’occasion de se réapproprier sa culture.
Photo: Bernard Gosselin (photomontage Le Devoir) Les travaux de José Mailhot, comme ceux de Sylvie Vincent et de Rémi Savard, ont profondément marqué Joséphine Bacon, qui les a accompagnés dans leurs recherches et a ainsi saisi l’occasion de se réapproprier sa culture.

Après Serge Bouchard, Sylvie Vincent et Rémi Savard, c’était au tour de l’anthropologue José Mailhot de nous quitter lundi après un combat contre le cancer. Elle avait eu tout juste le temps de recevoir les exemplaires de son dernier livre Shushei au pays des Innus, qui paraît aux éditions Mémoire d’encrier le 9 juin.

Shushei, c’est le nom que lui donnaient les Innus de la Basse-Côte-Nord. Il s’agit en fait de la traduction de son prénom, comme elle l’explique au début de son livre. Sur la Moyenne-Côte-Nord, on l’appelait Kakusseshishkueu kainnu-aimit, « la Blanche qui parlait innu ».

« C’est elle qui a écrit le premier lexique innu, avec Kateri Lescop », raconte la poétesse innue Joséphine Bacon. « La première fois que je l’ai entendue parler innu, on était dans l’autobus, et je riais parce que je n’avais jamais entendu un Blanc parler innu avec l’accent de Sept-Îles ! » se remémore-t-elle.

« Je fais partie de la demi-douzaine de Blancs — missionnaires ou linguistes — qui ont appris à maîtriser cette langue raisonnablement », écrit José Mailhot dans son livre.

C’est aussi José Mailhot qui a traduit en français le premier livre d’une Innue écrit, publié et traduit en français, soit Je suis une maudite sauvagesse, d’An Antane Kapesh.

Indifférence enversles Autochtones

À l’époque, il n’était pas à la mode de parler des Autochtones, relève l’anthropologue Serge Bouchard, qui a signé la préface de Shushei au pays des Innus avant de mourir le 11 mai dernier. « En 1970, personne ne se souciait des “Indiens du Canada”. C’était le silence, l’ignorance, l’indifférence, et trop souvent, le mépris », écrit-il.

« José fut parmi mes modèles, aux premiers pas de nos grands voyages de recherche », ajoute-t-il.

Les travaux de José Mailhot, comme ceux de Sylvie Vincent et de Rémi Savard, ont profondément marqué Joséphine Bacon, qui les a accompagnés dans leurs recherches et a ainsi saisi l’occasion de se réapproprier sa culture.

« Rémi s’intéressait aux mythes, Sylvie s’intéressait à l’histoire, et José, c’était la langue », dit-elle. Encore plus qu’une anthropologue, José Mailhot était une conteuse, poursuit-elle.

Ça n’est pas tant la profusion que la pertinence qui marque dans l’œuvre de José Mailhot. Son livre Au pays des Innus, les gens de Sheshatshit publié en 1993 et qui est tiré de son expérience dans cette communauté innue du Labrador, a fait école.

En 2019 et en 2020, José Mailhot a publié une nouvelle traduction des deux livres d’An Antane Kapesh Je suis une maudite sauvagesse et Qu’as-tu fait de mon pays ? aux éditions Mémoire d’encrier.

« Elle les a retraduits pour nous, indique son éditeur Rodney Saint-Éloi. Elle avait évolué dans sa compréhension de la langue innue. »

José Mailhot voyait son dernier livre, Shushei au pays des Innus, comme « le testament d’une génération », dit-il. Elle y aborde longuement sa relation avec An Antane Kapesh. Elle y raconte aussi ses premiers cours d’innu auprès d’un jeune homme de Schefferville appelé Shanemin. « Il m’a fourni pas moins de 27 termes dont le dénominateur commun était “traverser la rivière” », écrit-elle.

« C’est une sorte de témoignage sur sa vie et sa vie avec les Innus. Elle a attendu que le livre soit publié pour mourir », confie Rodney Saint-Éloi, racontant que l’anthropologue avait dormi avec le livre sur son cœur avant de rendre l’âme.

 

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