Les adieux de Terry DiMonte, l’animateur rock en pieds de bas

Terry DiMonte appartient à une espèce en voie de disparition, celle des personnalités plus grandes que nature.
 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Terry DiMonte appartient à une espèce en voie de disparition, celle des personnalités plus grandes que nature.
 

Chaque matin, en mettant les pieds dans les studios de CHOM, coin Papineau et René-Lévesque, Terry DiMonte vide ses poches, retire sa montre, puis enlève ses chaussures. De son côté de la visioconférence, quelques minutes après la fin de son émission, le vétéran lève un pied en l’air afin de prouver qu’il ne s’agit pas que d’un ouï-dire : il anime bel et bien en pieds de bas. « J’ai rapidement réalisé que le plus confortable t’es, le plus confortable tu sonnes », confie-t-il, lors d’une entrevue accordée en anglais. « C’est pour ça que lorsque j’entre en studio, je fais exactement les mêmes choses que lorsque je rentre chez moi, à la maison. »

Une explication qui tombe sous le sens : le 97,7 FM, c’était un peu, beaucoup, sa deuxième maison. Mais parce que Bell Media choisissait un peu plus tôt cette année de ne pas renouveler son contrat, l’hôte de Mornings Rock quittera pour de bon vendredi la station qui le bombardait matinier en 1984 et à laquelle il est sans cesse revenu, après de brefs détours par la concurrence montréalaise ou par Calgary. Pour obtenir pareille tribune à un âge aussi tendre — 26 ans — Terry devait être particulièrement doué, n’est-ce pas ?

« C’est vraiment gentil de t’imaginer ça », répond-il, après avoir posé à l’auteur de ces lignes plusieurs questions sur sa paternité nouvelle, l’occasion pour ce dernier de mesurer l’authenticité de cette bonhommie avec laquelle le vieux routier prend l’antenne chaque matin.

« Ce qui s’est passé, c’est qu’en 1984, CHOM avait de grosses difficultés. Le gars qui m’a engagé, Rob Braide, m’a fait venir de Winnipeg [où il a obtenu ses premiers gros contrats], puis il m’a dit : “Tu n’as jamais fait d’émission du matin, mais on a des problèmes de toute façon, alors voyons si ça donne quelque chose. Vas-y.” » Une liberté qui relève désormais de la science-fiction.

Animateur de carrière, dont le rêve était de faire de la radio et qui aura fait de la radio sa vie, Terry DiMonte appartient à une espèce en voie de disparition — celle des personnalités plus grandes que nature — indissociable d’une époque où il était possible de façonner son style dans une station régionale (à Churchill au Manitoba dans son cas), sans être constamment soumis aux commentaires d’une chaîne tentant depuis Montréal (ou Toronto) d’homogénéiser ses contenus. « Quand les radios ont commencé à engager des humoristes, dans les années 1980-1990, je disais toujours : “C’est aussi absurde que si je montais ce soir sur une scène pour raconter des blagues.” »

Un pur Montréalais

Né à Verdun, Terry DiMonte grandit à Pierrefonds auprès d’un père d’origine italienne et d’une mère canadienne-anglaise, qui vivent aujourd’hui à Cornwall et qui, à 85 ans, écoutent encore leur fils chaque matin. Pur produit de la métropole, l’animateur dit avoir envisagé son travail comme celui de parler de Montréal, en tant que Montréalais, à des Montréalais, y compris les francophones, qu’il invitait parfois, dans la langue de Paul Arcand, à le retrouver « demain matin » ou « après la pause ».

« Mon français n’est pas particulièrement bon et ça me gêne, mais ça m’est toujours apparu naturel de laisser entendre à nos auditeurs francophones que je savais qu’ils étaient là. » Lors du plus récent sondage Numeris, CHOM obtenait 5,3 % des parts de marché chez les francophones (contre 7,3 % pour Énergie et 21,5 % pour le 98,5 FM).

J’ai rapidement réalisé que le plus confortable t’es, le plus confortable tu sonnes

Malgré son éternelle affection pour sa ville, Terry DiMonte aura parfois été très critique à l’endroit de la mairesse Valérie Plante, qui saluait néanmoins son départ dans un sympathique tweet publié le 4 mai, un geste ayant beaucoup ému le principal intéressé.

Montréal a-t-elle changé pour le mieux au cours des quatre dernières décennies ? Terry soupire. « Ma perspective est celle d’un homme de 63 ans, qui se souvient des années 1980-1990 avec beaucoup de tendresse », prévient-il en riant. « Je pense que Montréal comptait beaucoup plus de personnages avant. Le vendredi, à deux heures du matin, tu pouvais me trouver chez Grumpy’s [un bar de la rue Bishop] avec un brandy dans une main, à parler de politique avec Terry Mosher [caricaturiste pour la Gazette] ou avec Nick Auf der Maur qui fumait ses gitanes. Je sais que je sonne comme un vieux quand je me plains que je ne peux plus stationner près de L’Express à cause des pistes cyclables, ou quand je me plains des condos qui poussent partout. Mais bon, toutes les villes se transforment. »

Avec son cœur

Parmi les principaux projets de Terry DiMonte : dormir, écrire un livre ou lancer un balado et rendre visite à l’un de ses héros de jeunesse, Serge Fiori, avec qui il nouait une amitié après l’avoir interviewé en 2014. « Avant Harmonium, je pensais que tous les groupes de musique venaient de Grande-Bretagne ou des États-Unis. Et là, aujourd’hui, Serge m’appelle pour m’inviter chez lui, au Lac-Saint-Jean ! Ça, c’est quelque chose à quoi j’ai encore du mal à croire. »

Sait-il déjà comment il s’adressera pour la dernière fois à ses auditeurs ? La voix de Terry craque, petite lézarde dans son allure de (gentil) colosse. « L’affaire avec la radio, c’est que tu ne peux pas te reprendre. Alors chaque jour, quand je rentre à la maison, je me passe mon discours d’adieu en tête. Je pense que pour l’essentiel, je vais parler avec mon cœur. C’est ce que j’ai fait toute ma carrière. »

À voir en vidéo

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que le caricaturiste de la Montreal Gazette se nommait Nick Moscher, a été modifiée.