Premiers pas de l’art numérique «NFT» sous le marteau des enchères du Vieux Continent

La maison française Millon organise jeudi sa toute première vente à Bruxelles de treize œuvres «NFT».
Photo: Kenzo Tribouillard Agence France-Presse La maison française Millon organise jeudi sa toute première vente à Bruxelles de treize œuvres «NFT».

Des flammes qui surgissent au bout des doigts puis disparaissent, un cristal de roche en rotation dans un paysage lunaire : l’art numérique « NFT » fait son entrée dans les ventes aux enchères du Vieux Continent avec l’espoir d’attirer les amateurs de contemporain.

Après la vente mémorable par Christie’s pour 69 millions de dollars en mars d’un collage de 5000 images numériques estampillé « NFT » de l’artiste américain Beeple, les Européens se lancent dans l’aventure. Très spéculative, car directement liée au marché des cryptomonnaies.

La maison française Millon organise jeudi sa toute première vente à Bruxelles de treize œuvres « NFT », le sigle qui désigne les jetons non fongibles (non fungible tokens), équivalent numérique d’un titre de propriété associé à un objet virtuel, réputé inviolable. Une vente gérée par une autre maison d’enchères a également eu lieu en France dimanche.

« Acheter un NFT, c’est acheter un jeton numérique pour lequel vous avez l’authenticité, l’historique de l’œuvre et la garantie qu’elle est inaltérable sur la blockchain […]. C’est vraiment révolutionnaire sur le marché de l’art », s’enthousiasme l’expert de Millon, Axel Reynes.

« N’importe qui a accès à l’œuvre, peut la mettre sur ordinateur et l’afficher, mais il n’en a pas la propriété. Avoir une affiche de La Joconde dans son salon ne vous donne pas la propriété de l’œuvre qui appartient au Louvre. Le schéma est identique », explique le trentenaire.

Sur les murs de la salle d’exposition, d’habitude recouverts de tableaux, les œuvres de collectionneurs mises aux enchères s’affichent grâce à des rétroprojecteurs. Leur mise à prix oscille, pour des éditions limitées et uniques, entre 400 et 20 000 euros.

Ce nouveau marché très dynamique évolue dans le sillage des cryptomonnaies, le cours des œuvres fluctuant avec elles.

Après les déclarations du multimilliardaire Elon Musk qui refuse désormais les paiements en bitcoin pour ses véhicules électriques, estimant qu’elles sont trop polluantes, les « NFT » ont baissé.

« On est encore au tout début des NFT, à terme je pense qu’on va se décorréler des cryptomonnaies pour avoir un dynamisme propre », prévoit le jeune expert.

Nouvelle niche et nouvelle mode qui bouscule le marché de l’art, ces ventes offrent aux auteurs des œuvres une visibilité au-delà du monde émergent du cryptoart et la possibilité de se créer une cote artistique.

Les images et les vidéos de ces créateurs digitaux font souvent référence aux cryptomonnaies comme cette sculpture du baroque italien que vient visiter l’ange du bitcoin du Canadien Trevor Jones, ou cette bouteille de vodka rhabillée du sigle de sa monnaie concurrente « Tezos » par le Français Maikeul.

En raison du flou juridique entourant la vente des « NFT », Millon a préféré exiler cette première vente aux enchères dans sa filiale en Belgique, pays à la législation plus souple, dans l’attente d’une nouvelle vente cet été à Paris.

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