Nos premiers festivals masqués

Nick Murphy et son orchestre au Festival de jazz de Montréal en 2019.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Nick Murphy et son orchestre au Festival de jazz de Montréal en 2019.

« Profitez de l’été, et profitez de l’extérieur ! » La ministre de la Culture, Nathalie Roy, était visiblement ravie d’annoncer mercredi les étapes et les conditions du déconfinement graduel de la culture, aux côtés de la ministre du Tourisme, Caroline Proulx. Dès le 25 juin, au lendemain de la fête nationale, les festivals et événements de foule de 2500 personnes, à deux mètres de distance, seront permis.

L’été 2021 sera-t-il celui de nos premiers festivals masqués ? À partir du 21 mai, les spectacles extérieurs seront permis, si des places assises sont assignées, pour 250 spectateurs maximum.

« Un non-sens est corrigé-là, relève Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI). Car on ne pouvait pas faire à l’extérieur une présentation devant 250 spectateurs comme on peut le faire à l’intérieur, alors qu’on sait depuis un an qu’être à l’extérieur est plus sécuritaire. »

À partir du 28 mai, les grandes salles de spectacles, les stades et les sites extérieurs avec places assises assignées d’avance pourront accueillir jusqu’à 2500 personnes. « Cet auditoire devra être subdivisé en sections indépendantes ayant chacune une limite de 250 personnes », précise le ministère du Tourisme.

Chaque section doit avoir des toilettes, entrées et sorties indépendantes. « Les règles de distanciation en vigueur devront être appliquées, selon le palier d’alerte », soit les deux mètres de distance et le port du masque en zones orange et rouge.

Le festival du ruban à mesurer

À compter du 25 juin, les mêmes conditions s’appliqueront aux spectacles extérieurs des festivals et événements où le public est debout. La consommation de boissons et de nourriture sera permise, si le personnel la porte aux spectateurs — ce qui pourrait rendre possible aussi la tenue des festivals agroalimentaires (celui de la poutine et de la galette, par exemple), dans des formules plus mobiles. De plus, plusieurs scènes peuvent se côtoyer sur un même site, si elles sont distantes d’au moins 500 mètres.

Pour le RÉMI, ces nouvelles sont réjouissantes. « On attendait ça avec impatience, indique M. Roy. On a de la prévisibilité pour les prochains mois, et ça ne peut qu’aller en s’améliorant. »

Au Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN), « ça lance le signal du départ des festivals cet été, mentionne son président Patrick Kearny. Certains avaient pris un guess, comme Petite-Vallée ou BleuBleu à Carleton-sur-Mer, et avaient déjà annoncé leurs programmations. »

De son côté, le Conseil québécois du théâtre est « globalement très satisfait », selon sa directrice générale, Catherine Voyer-Léger. « Nous regrettons quand même qu’il ait été si long d’avoir cette confirmation, sachant que certains événements ont dû programmer leurs événements sur la corde raide dans les dernières semaines. Ce travail sans prévisibilité est très usant pour le milieu. »

Car pour certains, il est très tard, parfois trop tard. M. Kearny dirige lui-même le Festival Santa Teresa, qui débutait mercredi soir à Sainte-Thérèse. « Notre premier show est à 18 h, on renvoie le monde chez eux pour le couvre-feu à 20 h 15, c’est short. Mais tsé, c’est déjà un exploit ! »

Au Festival TransAmériques, qui débute le 26 mai, on cherchait encore à comprendre l’influence des annonces sur les spectacles extérieurs lorsque joint par Le Devoir. Go Vélo, le Jazz et les Francos ont déjà annoncé leurs reports.

« Les festivals qui se tiennent fin juin ou début juillet nous disent que c’est serré comme timing, signale le directeur général chez Événements Attractions Québec, Francois-G. Chevrier.

« Plusieurs promoteurs nous ont dit avoir travaillé ces dernières semaines sur différents scénarios, à partir des mesures de l’automne dernier, avant le reconfinement. Maintenant qu’ils ont le cadre, ils vont choisir le meilleur scénario possible. »

Tomber des masques en juin ?

Pour les plus petits festivals, comme ceux regroupés au REFRAIN, les assouplissements ne changeront pas toujours la donne, par manque de moyens.

« Pour chaque [groupe de] 250 personnes, tu dois avoir un enclos grillagé, avec des entrées différentes, et tous les services indépendants — toilettes, restos, bars, rappelle M. Kearny. C’est beaucoup d’organisation. Je parlais au Festif ! de Baie-Saint-Paul tantôt. Leurs billets sont déjà vendus. Ils vont peut-être ajuster certains sites pour remettre quelques billets en vente, mais ils ne vont pas doubler les sites. Et à Rouyn, par exemple, ils pensent qu’il n’y a même pas assez de clôtures à louer dans la région pour faire dix zones de 250 personnes… »

Des craintes ont été soulevées aussi pour arriver à trouver, dans les délais, les techniciens, les agents de sécurité, les bénévoles nécessaires à la tenue des événements.

« Ajoutez à ça peut-être une forte demande sur les artistes », renchérit M. Roy, puisque les frontières sont pratiquement fermées. « Les artistes québécois et canadiens seront réclamés un peu partout, j’imagine qu’il y aura de la surenchère, peut-être de la compétition entre festivals. »

Reste que tous les intervenants interrogés se réjouissaient de la relance, surtout en se comparant à l’Ontario, sans spectacles extérieurs pour l’été.

2021, l’année des festivals masqués ? Peut-être même pas, car la ministre Roy a aussi soufflé que si la tendance se maintient, « l’arrivée en [zone] jaune est prévue mi-juin », et qu’on pourrait alors laisser tomber le masque dans les rassemblements extérieurs, sauf dans les ères de circulation plus dense.

 

L’été des festivaliers

La fréquentation des événements et salles de spectacles est-elle risquée ? « Dans les faits, on pense que c’est une activité qui ne comporte pas de très grands risques, répond le docteur Éric Litvak. Les risques sont souvent associés aux rencontres sociales liées avant et après, si on prend un verre. Dans les faits, des éclosions dans des salles de spectacle, on n’en a pas eu au Québec. »

À quoi pourra s’attendre le festivalier ? Il devra réserver ses billets, qu’on soit assis ou debout. Les membres d’une bulle pourront assister ensemble à l’événement. « Dans chaque zone, la superficie minimale est de 4 mètres carrés », précisait la ministre Caroline Proulx, et chaque bulle ou individu doit respecter les 2 mètres de distance, et garder le masque dans les zones orange et rouge. Les consommations seront permises, apportées par le personnel de l’événement. L’idée, selon le docteur Litvak, c’est d’éviter les achalandages aux points chauds que sont les entrées, sorties, et transports pour se rendre à l’événement.



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