Marcher sur le passé de Montréal

Pour la première fois de ce  parcours mis  à jour, des  Autochtones d’aujourd’hui, provenant  des nations  anichinabée, mohawk  et wendate,  ont participé  à la création  de l’exposition.
Patrick Desrochers Pour la première fois de ce parcours mis à jour, des Autochtones d’aujourd’hui, provenant des nations anichinabée, mohawk et wendate, ont participé à la création de l’exposition.

Autour d’un feu virtuel, le chant d’une berceuse wendate flotte dans l’air. Jacques Cartier n’a jamais vu l’Amérique. Sur les collines de ce qu’on appelle aujourd’hui le mont Royal, des champs sont cultivés. Les Autochtones y font pousser celles qu’on appelle les trois sœurs : les graines de haricot, de courge, et le maïs. Ce Montréal d’avant l’arrivée de Cartier est le point de départ du parcours Montréal au cœur des échanges, du musée Pointe-à-Callière, mis à jour cette année.

Et pour la première fois, des Autochtones d’aujourd’hui, provenant des nations anichinabée, mohawk et wendate, ont participé à la création de l’exposition. Dominique Rankin, chef héréditaire anichinabé né sur la rivière Harricana, au bord de la baie James, a entendu de son père et de son grand-père des récits d’échanges et de circulation des Autochtones, de l’Abitibi jusqu’à la vallée du Saint-Laurent. Steve McComber, artiste mohawk de Kahnawake, fait pousser dans son jardin les graines traditionnelles qui ont nourri ses ancêtres au fil des millénaires. L’une des sculptures de l’artiste, représentant les « trois sœurs », mais aussi la terre, la lune, le tabac et le tonnerre, autant d’éléments du cycle de la vie, est intégrée à l’exposition. Les nations mohawk (kanien’keha), anichinabée et wendate étaient toutes trois représentées dans le comité-conseil de l’exposition. « Cela a enrichi les discussions, notamment au niveau des langues », dit la directrice générale du musée, Anne-Élisabeth Thibault.

« Le mot musée, ça nous faisait peur au début, reconnaît Dominique Rankin. On disait toujours : si on donne un objet, quand est-ce que ça va revenir ? Aujourd’hui, j’ai une grande ouverture d’esprit pour conserver l’histoire et utiliser la mémoire des anciens. C’est quelque chose qui me tient beaucoup à cœur, dit-il. Et on ne parle pas juste du passé. On parle d’aujourd’hui. »

Des chants sauvés de l’oubli

C’est Andrée Lévesque Sioui, de Wendake, qui fredonne la berceuse sur l’enregistrement. Cette chanson a été recueillie, comme bien d’autres chansons de la culture wendate, auprès du prêtre Prosper Vincent, qui les avait confiées en 1911 à l’ethnologue Marius Barbeau, qui les avait lui-même enregistrées sur des rouleaux de cire.

Sur le site de Pointe-à-Callière, dans le Vieux-Montréal, on a trouvé des artefacts témoignant de la présence autochtone depuis 4500 ans, dont des outils et des restes de pipes. C’est en 1980 que des fouilles ont commencé, là où était autrefois l’édifice de la Royal Insurance, détruit dans les années 1950, notamment à cause des crues du fleuve qui envahissaient ses fondations. Outre les artefacts autochtones, les archéologues y ont localisé le premier cimetière catholique de Ville-Marie, datant de 1643.

Dans les tombes qui ont été exhumées, on a trouvé, aux côtés des sépultures entièrement catholiques, des tombes orientées vers l’ouest, comme le veut la tradition autochtone, et dans lesquelles on a trouvé des offrandes autochtones, comme une pipe représentant une chouette, une dent d’ours et une pointe de lance. C’était une sorte d’accommodement avant la lettre, constate Brigitte Lacroix, chargée de projet de l’exposition.

Un espace a été consacré à la grande paix de Montréal de 1701, qui signait notamment la fin des hostilités avec et entre les nations autochtones. À l’époque, Ville-Marie comptait environ 1300 habitants, auxquels se sont ajoutés 1300 dignitaires venus pour l’événement. Lors du premier voyage de Jacques Cartier, le village d’Hochelaga à lui seul devait compter environ 1500 personnes, dit Louise Pothier, archéologue en chef du musée. L’emplacement exact de ce village n’est toutefois pas encore déterminé.

Mais où était Hochelaga ?

« Cartier dit : “J’ai marché une lieue et demie. Il y avait des grands champs autour de la montagne et le village était à proximité.” Mais le mont Royal, c’est en fait trois sommets, poursuit Mme Pothier. Et étrangement, on n’a pas encore trouvé son emplacement précis. »

En fait, il y a probablement eu là plusieurs villages puisque les Iroquois, qui étaient aussi des agriculteurs, avaient coutume de déplacer leur village tous les quinze ou vingt ans, selon les ressources disponibles.

La visite se poursuit à travers les différentes périodes qu’a traversées le site de Pointe-à-Callière. Durant la période britannique, un tonnelier, Antoine Papineau, y construit une résidence qui deviendra une auberge. Plus tard, l’activité portuaire s’intensifie et un dénommé Pierre Berthelet y érige un entrepôt en pierre. Puis la Royal Insurance y établit ses quartiers et abritera d’ailleurs un certain temps dans son immeuble la douane de Montréal. C’est donc un passé tout en strates, qui remonte à la nuit des temps, qui se déploie sous nos pieds.

 

Montréal au coeur des échanges

Exposition renouvelée, Pointe-à-Callière

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