La Bretagne sous les couleurs acadiennes

Alors que l'Acadie fête ses 400 ans, la Bretagne lui consacre toute une manifestation. Le festival interceltique de Lorient, opération populaire dédiée à la promotion des cultures celtiques, a en effet choisi d'en faire son invitée d'honneur. Et de creuser les liens entre la nation des Quatre provinces et la région du beurre salé.

Tout un port breton paré des couleurs acadiennes. C'est ce qui attend cet été Lorient, l'un des foyers de la culture bretonne sur le littoral atlantique. Chaque année depuis 34 ans, la ville vibre durant dix jours au rythme du festival interceltique, consacré à la sauvegarde des cultures celtes. Une opération populaire, qui accueille près de 600 000 visiteurs. Et cette année, le Fil, comme on l'appelle ici, a décidé de mettre à l'honneur l'Acadie et ses cousins d'Amérique du Nord.

Dans une petite taverne à quelques pas du port, Yolande Bourgeois s'accorde un moment de répit. Entre les coups de fil à passer, les arrivages de matériel et les derniers réglages, la coordonnatrice au sein de la Société nationale de l'Acadie (SNA) n'a pas une minute pour souffler à quelques heures de l'ouverture officielle. Pour elle, la participation de l'Acadie au FIL n'a d'abord pas semblé évidente. En effet, si la nation acadienne partage une histoire commune avec deux autres régions françaises, le Poitou-Charentes et la Normandie, terres d'origine des premiers colons, elle a beaucoup moins de liens avec la Bretagne. «Puis on a fait des recherches et on a découvert beaucoup de similitudes», explique Yolande Bourgeois. En premier lieu, des influences musicales irlandaises et écossaises, qui donnent à l'Acadie le droit incontestable de s'aligner dans les rangs des nations celtiques. Mais aussi, et surtout, une situation similaire de minorité. «Une partie de la population vivant ici se dit bretonne avant d'être française. Nous, nous sommes des Acadiens qui vivent au Canada», affirme la coordonnatrice. Pour les organisateurs bretons du festival, la raison est de taille. «Comme nous, les Acadiens forment une minorité. Et comme nous, c'est une minorité qui a envie de vivre et d'être reconnue par l'intermédiaire de sa culture», soutient le directeur général du Fil, Jean-Pierre Pichard.

Depuis un an, la SNA travaille pour mettre en place cette manifestation. Si bien qu'elle a réussi à convaincre les commanditaires et à obtenir 500 000 $ de subventions, de la part, entre autres, des quatre provinces, mais aussi du gouvernement fédéral. Une délégation de 80 Acadiens est attendue au Fil du 30 juillet au 8 août. Avec, parmi eux, des artisans, des pêcheurs, mais aussi une vingtaine d'artistes, dont Suroît et Vishten, ou la jeune violoniste Dominique Dupuis, qui feront quelques apparitions éclairs avant de repartir au congrès mondial de l'Acadie à Halifax.

Une occasion rêvée pour faire connaître la nation acadienne à des Français pour qui les francophones d'Amérique du Nord sont forcément des Québécois. Et, comme l'espère le directeur, l'occasion également «d'établir des contacts en vue de partenariats. Après tout, la Bretagne et l'Acadie sont face à face de part et d'autre de l'Atlantique».