Un procès teste les limites de la liberté d’expression aux États-Unis

L’attaque contre le Capitole par des partisans de Donald Trump, le 6 janvier dernier
Photo: Samuel Corum Getty Images Agence France-Presse L’attaque contre le Capitole par des partisans de Donald Trump, le 6 janvier dernier

Peut-on, en période de tensions politiques extrêmes, appeler impunément à tuer des élus américains sur les réseaux sociaux et arguer ensuite de la liberté d’expression ? Un jury new-yorkais va devoir trancher, après une semaine d’audiences qui lui ont fait revivre l’attaque du Capitole du 6 janvier.

Brendan Hunt, alias « X-Ray Ultra », est accusé d’avoir « menacé de tuer » des élus du Congrès, dont les leaders démocrates Nancy Pelosi et Chuck Schumer et la jeune Alexandria Ocasio-Cortez. En cause, plusieurs messages postés sur divers réseaux sociaux.

Le dernier date du 8 janvier, deux jours après l’attaque contre le Capitole par des partisans de Donald Trump. « Il faut que nous retournions au Capitole, et cette fois qu’on vienne avec nos armes, lance l’homme de 37 ans dans une courte vidéo intitulée Tuez vos sénateurs et diffusée sur la plateforme BitChute, prisée de l’extrême droite. Ce que vous devez faire, c’est vous armer, aller à Washington, probablement pour l’intronisation […] et leur mettre des balles dans la tête. »

Après l’ « insurrection » du 6 janvier, le FBI a déployé dans l’urgence tous ses filets pour arrêter les émeutiers. Brendan Hunt, fils d’un juge retraité qui se présente comme acteur, musicien et journaliste, est arrêté le 19 janvier, veille de l’intronisation de Joe Biden, à son domicile du quartier Queens à New York. Mais les agents ne trouvent chez lui ni armes ni preuve de participation ou de communication avec un groupe extrémiste. Et les procureurs reconnaissent que Hunt n’était ni au Capitole ni même à Washington.

Alors, Brendan Hunt — qui citait Mein Kampf dans un texto et disait qu’il fallait prendre le pouvoir « comme Hitler » — avait-il vraiment l’intention d’attaquer des élus ? Ou ses menaces étaient-elles de simples « diatribes » , des opinions qu’il avait parfaitement « le droit de dire » , « aussi choquantes soient-elles », en vertu du premier amendement de la Constitution américaine.

« Le premier amendement ne protège pas » de telles menaces, a affirmé mercredi le procureur David Kessler. « Le gouvernement n’a pas besoin de prouver que l’accusé a essayé de tuer » un élu, le seul fait de « proférer la menace est un délit », a-t-il soutenu, même si elle est lancée sur les réseaux sociaux et non adressée directement aux personnes visées.

Mais l’avocate de l’accusé, Leticia Olivera, a affirmé que « personne ne prenait » ses messages au sérieux et qu’il avait lui-même retiré sa vidéo sur BitChute après 24 heures, après plusieurs critiques d’internautes dont la dernière le traitait de « clown ».

Les jurés ont commencé à délibérer à la mi-journée mercredi.

Plus de 400 personnes ont été arrêtées par le FBI aux États-Unis pour avoir participé à l’attaque du Capitole. Ce procès fédéral était le premier à évoquer ces événements.

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