Décès de Minou Petrowski, autrice, animatrice et passionnée de cinéma

Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Figure médiatique marquante, la passion de Minou Petrowski pour le cinéma était aussi irrépressible que contagieuse.

Avec le décès de Minou Petrowski, le Québec perd une personnalité médiatique marquante. L’autrice, animatrice et chroniqueuse aura œuvré des décennies durant dans le domaine de la culture en général, et dans celui du cinéma en particulier. Pour le septième art, Minou Petrowski a nourri une passion aussi irrépressible que contagieuse.

« C’est le cœur lourd, mais soulagée de savoir qu’elle ne souffre plus, que je vous annonce que ma mère, Minou Petrowski, cette grande amoureuse de la vie et du cinéma, nous a quittés hier. Elle avait 89 ans », a annoncé sa fille, l’autrice, scénariste, animatrice et chroniqueuse Nathalie Petrowski, sur son compte Twitter mercredi.

Qu’elle couvre les festivals de Cannes, de Toronto, de Berlin ou de Rouyn-Noranda, en Abitibi-Témiscamingue, où elle fut une visiteuse assidue, Minou Petrowski avait un penchant assumé pour la mise en scène dans ses entrevues. De son propre aveu, elle se voyait comme un personnage. Dans sa merveilleuse autobiographie Prends-moi dans tes bras (2008), elle écrit : « Je ne me voyais pas comme une journaliste, mais comme une personne qui jouait dans un scénario de fiction avec les gens que j’interviewais. Auprès d’eux, on dirait que ma quête d’identité trouve son sens. Je deviens alors quelqu’un. C’est comme mon amour du luxe, il m’a permis de survivre, de rêver. »

Et rêver, elle en eut besoin. Abandonnée par ses parents à l’âge de six ans, elle a subi les contrecoups du choc pendant de longues années : écrire cette biographie se voulait une forme d’exorcisme.

À son amie la reporter et chroniqueuse Odile Tremblay, elle confiait, à l’époque de la parution de son livre : « Ma vie, je l’ai beaucoup vécue par procuration, dans mes rencontres avec les artistes par exemple, les acteurs surtout. La fiction est pour moi plus importante que la réalité. Les films, les livres et les créateurs m’ont sauvée. »

Je ne me voyais pas comme une journaliste, mais comme une personne qui jouait dans un scénario de fiction avec les gens que j’interviewais. Auprès d’eux, on dirait que ma quête d’identité trouve son sens. Je deviens alors quelqu’un.

 

L’envol professionnel

Au sujet de son « amour du luxe » — ceux qui l’ont connue savent combien elle adorait le champagne… —, permettez une confidence. Peu après mon arrivée à Montréal, la tête encore pleine de mes épinettes abitibiennes, j’ai eu le bonheur d’accompagner ma future collègue Odile Tremblay à l’anniversaire de Minou, qui célébrait alors ses 70 ans. Le mot d’ordre : « N’apportez pas de cadeaux, que du champagne. » Mémorable.

Or, encore plus que les bulles, Minou Petrowski adorait les hommes, les hommes plus jeunes — voir son ouvrage Faut pas pleurer pour ça (2014). Ouverte et franche, elle n’en faisait pas mystère et c’est tant mieux : le sentiment de culpabilité judéo-chrétien, très peu pour elle.

C’est qu’en arrivant au Québec, en 1957, elle fut quelque peu saisie par le rigorisme ambiant (voir encore Prends-moi dans tes bras). Qu’à cela ne tienne, après que deux de ses fictions eurent été jouées à la télévision, elle amorça en 1964 une fructueuse collaboration avec Radio-Canada, d’abord comme recherchiste et scripte, notamment à Femme d’aujourd’hui, où elle devint intervieweuse à partir de 1970.

L’un de ses reportages (« Les dames de la Rouge ») préparés pour l’émission phare lui valut le prix Judith-Jasmin en 1974.

Pas comme les autres

En parallèle, Minou Petrowski fréquenta les plateaux de tournage à titre de maquilleuse, de régisseuse et de première assistante à la réalisation. Même qu’elle fit du cinéma, par l’entremise de son ami Robin Aubert : « C’était une grande dame du cinéma. On s’était rencontrés lors d’une interview qu’elle avait réalisée chez elle. Je me souviens du Ricard qu’elle faisait couler dans mon verre et de ses yeux rieurs. C’était une femme qui aimait sortir des cadres préétablis. Elle ne faisait rien comme les autres. »

Par la suite, ils se sont revus à plusieurs occasions. « J’aimais parler cinéma avec elle. Et j’ai eu la chance d’en faire à ses côtés. Je lui ai offert un cameo dans À l’origine d’un cri (2010) et, par la suite, on a tourné un court métrage ensemble [Sur le ciment, 2014]. Elle a été une actrice extraordinaire. Encore aujourd’hui, c’est une des plus belles performances de jeu à laquelle j’ai eu la chance d’assister. »

Durant les années 1980 et 1990, Minou Petrowski participa à des émissions culturelles telles Les belles heures et Paroles de stars. Et des stars, elle en rencontra à foison. Là-dessus non plus, elle ne faisait pas de cachotteries : elle avait ses favoris. Celles et ceux-là, elle les retrouvait en entrevue aussi souvent que possible.

À l’animateur Gaston L’Heureux, elle confiait à cet égard en 1991 : « Avec moi, il n’y a pas de dernière fois. » Des paroles dont il fait bon se souvenir.