Transformer la haine en dons de bienfaisance

L'objectif est de sensibiliser le public à l’égard de la multitude de messages haineux qui circulent sur Internet.
Photo: Le Devoir L'objectif est de sensibiliser le public à l’égard de la multitude de messages haineux qui circulent sur Internet.

Les messages haineux empoisonnent les réseaux sociaux. Et pour remédier à ce fléau, une nouvelle initiative intitulée TheHateSupermaket (ou « Supermarché de la haine » en français) propose aux internautes d’acheter certains messages haineux sous forme de jetons non fongibles (NFT), afin que l’argent collecté soit reversé à des organismes de bienfaisance. Le but ? Convertir en positif ce qu’il y a de plus négatif sur Internet.

Aujourd’hui, presque tout objet numérique peut devenir un NFT et donc obtenir un certificat d’authenticité qu’il le rend unique : qu’il s’agisse d’une œuvre d’art, d’un tweet ou d’une chronique. C’est en partant de ce constat que Soulemane Diallo et Marc-André Lafrance, deux Montréalais qui travaillent dans le milieu de la publicité, ont eu l’idée avec quatre de leurs amis de « surfer » sur la tendance des NFT pour la mettre au service d’une bonne cause.

C’est quelque chose de très technique qui n’est pas encore très démocratisé pour le grand public. Mais c’est le message sous-jacent qui est surtout important, plutôt que le fait d’amasser le plus d’argent possible. Tant mieux si ça arrive, mais ce n’est pas notre objectif principal.

Leur objectif est de sensibiliser le public à l’égard de la multitude de messages haineux qui circulent sur Internet — allant de la transphobie, au racisme ou à l’homophobie — en même temps de redonner de l’argent aux organismes qui œuvrent pour lutter contre ces problèmes.

Le projet en est encore à ses balbutiements, reconnaissent-ils. « Ça fait seulement quatre semaines qu’on a imaginé le projet, et deux semaines que notre initiative est en ligne sur Instagram et [la plateforme d’échanges spécialisée] OpenSea », explique M. Lafrance.

Jusqu’à maintenant, quatre NFT ont été mis en ligne, mais ils n’ont pas encore été vendus. « C’est quelque chose de très technique qui n’est pas encore très démocratisé pour le grand public, concède M. Diallo. Mais c’est le message sous-jacent qui est surtout important, plutôt que le fait d’amasser le plus d’argent possible. Tant mieux si ça arrive, mais ce n’est pas notre objectif principal. »

Les réseaux sociaux sont devenus « un nid à haine », observent les deux amis. « C’est toute la pureté du message derrière notre initiative que de transformer quelque chose de négatif en positif », explique M. Diallo.

Lutter contre la transphobie, entre autres…

Chris Bergeron fait partie de ces personnalités publiques qui ont l’habitude de recevoir des messages haineux, et en l’occurrence transphobes, sur les réseaux sociaux. Celle qui vient de sortir son tout nouveau livre Valide a rapidement été intéressée par le projet lorsqu’elle a été contactée pour y prendre part.

« Il y a déjà pas mal de comptes de dénonciations sur les réseaux sociaux, mais là, c’est autre chose. D’abord, il y a cette notion de levée de fonds, mais il y a aussi cet aspect qu’on n’accuse pas des gens directement, on souligne plutôt l’aspect problématique de certains propos. Je ne sais pas à quel point cela va être très efficace financièrement, mais sur la symbolique, c’est très, très fort » souligne l’autrice.

Elle a donc choisi un message qui lui avait été adressé sur Twitter pour le mettre en vente sous forme de NFT. Le montant ? 99,99 $, qui seront reversés à l’organisme Aide aux Trans du Québec (ATQ).

 

 

[...]« J’avais tendance à recevoir beaucoup plus de messages haineux il y a quelques années. Aujourd’hui, j’en reçois un peu moins. Il y a comme une accalmie dans ma vie et j’ose espérer que c’est parce que les mentalités ont évolué. Cela dit, je continue d’en recevoir, qui ne sont peut-être pas toujours haineux, mais difficiles à lire ou dégradants », explique Mme Bergeron.

Il y a aussi du bon sur les réseaux sociaux, tient à souligner l’autrice, qui explique que « la majorité » des messages qu’elle reçoit en ce moment avec la sortie de son livre sont positifs. Mais « il faut faire mieux et cela passe par l’éducation, la sensibilisation », insiste-t-elle. Et la plateforme TheHateSuperMarket y contribue à sa manière.

Les deux cofondateurs du projet espèrent que leur message résonnera au-delà du Québec. « La haine sur les réseaux sociaux est un fléau qui ne connaît pas de frontières », souligne M. Diallo.

À voir en vidéo