Les propriétaires de salles de spectacle et de cinémas «découragés»

Le retour à un couvre-feu à 20h, avec lequel ils avaient déjà dû composer le mois dernier, plonge aussi les propriétaires de cinéma dans la tourmente.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le retour à un couvre-feu à 20h, avec lequel ils avaient déjà dû composer le mois dernier, plonge aussi les propriétaires de cinéma dans la tourmente.

« Découragés », « déçus », « inquiets » : les propriétaires de salles de spectacle et de cinémas ne manquaient pas de mots jeudi soir pour qualifier le retour soudain du couvre-feu à 20 h sur l’île de Montréal et à Laval.

« C’est un éternel recommencement ! On est très déçus. Ça donne vraiment l’impression qu’on travaille pour rien », lance Michel Sabourin, président et propriétaire du Club Soda, à Montréal.

À peine deux jours après avoir imposé aux salles de spectacle et aux cinémas une distanciation de 2 mètres au lieu de 1,5 mètre entre les spectateurs, le gouvernement a annoncé jeudi un retour au couvre-feu à 20 h pour l’île de Montréal et pour Laval, et ce, à compter de dimanche. À Québec, à Lévis, à Gatineau et en Beauce, le milieu culturel — entre autres — doit fermer pour une semaine supplémentaire.

C’est un coup dur pour les acteurs concernés. Ceux ouverts en zone rouge ont passé les derniers jours à revoir leur plan de salle, à supprimer des sièges et à appeler les spectateurs qui ne pourront assister à la représentation choisie pour les rembourser. Et voilà que tout est à recommencer. « Il faut voir avec les artistes s’ils peuvent devancer leurs spectacles déjà programmés, puis rappeler les détenteurs d’un billet pour les prévenir du changement et rembourser, cette fois, ceux qui ne pourront plus y assister si ça joue plus tôt », explique Michel Sabourin, qui est aussi porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ).

Si ça ne tenait qu’à lui, le Club Soda aurait gardé ses portes fermées quelques semaines supplémentaires pour s’éviter autant de tracas. « Si j’ouvre, c’est parce qu’il y a des billets qui ont été vendus il y a plus d’un an, des artistes impatients de remonter sur scène et toute une équipe ici qui veut travailler et retrouver un semblant de normalité », poursuit-il, croisant les doigts pour rencontrer ses coûts fixes dans les prochains mois.

« Les gens du milieu sont découragés, mais ils sont aussi résilients et combatifs. On n’a pas le choix malheureusement de vivre au rythme des annonces et de la situation sanitaire », laisse tomber de son côté David Laferrière, président de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU). Il prévient que des annulations de spectacles sont à prévoir et que certaines petites salles pourraient décider de fermer temporairement leurs portes, le temps que la situation se stabilise.

D’un point de vue personnel, M. Laferrière qui est aussi directeur général et artistique du théâtre Gilles-Vigneault, à Saint-Jérôme, se dit « soulagé » de ne pas être touché par cette nouvelle mesure. Il se demande toutefois pour combien de temps encore il sera épargné. « Quand je vois les diffuseurs à Québec ou Gatineau qui doivent fermer encore une semaine de plus, et ceux de Montréal et de Laval touchés par le couvre-feu devancé, je me dis que tout peut arriver et que ça pourrait être bientôt notre tour. »

Du côté des cinémas

Le retour à un couvre-feu à 20 h, avec lequel ils avaient déjà dû composer le mois dernier, plonge aussi les propriétaires de cinéma dans la tourmente. « Le problème, c’est que ça s’ajoute à la distanciation de 2 mètres qui a grandement réduit le nombre de billets qu’on peut vendre. Le couvre-feu nous enlève en plus une séance par jour. C’est 20 % des revenus potentiels qui partent encore en fumée », se désole le propriétaire du cinéma Beaubien, Mario Fortin.

Pour le moment, pas question de fermer. « Les clients ont été au rendez-vous à chaque réouverture pour nous soutenir. On leur doit bien ça, on ne peut pas leur enlever cette possibilité de se divertir ». Il se prépare toutefois au pire. « En mars 2020, on nous a dit qu’on allait fermer pour quatre semaines. Quatorze mois plus tard, on est encore dans la même situation : on ferme, on ouvre, on ferme, on ouvre. Notre seule porte de sortie, c’est le vaccin. C’est ça la lumière au bout du tunnel, et rien d’autre. »

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