Québec octroie 1,4 million pour soigner la bibliothèque Saint-Sulpice

La bibliothèque Saint-Sulpice, sise sur la rue Saint-Denis à Montréal, a été dessinée par l’architecte Eugène Payette avant d’être construite en 1915 à l’instigation des prêtres sulpiciens.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La bibliothèque Saint-Sulpice, sise sur la rue Saint-Denis à Montréal, a été dessinée par l’architecte Eugène Payette avant d’être construite en 1915 à l’instigation des prêtres sulpiciens.

Les travaux les plus urgents seront faits cette année à la bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis à Montréal. Ils pourraient même débuter dès les prochaines semaines. La ministre Nathalie Roy a annoncé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) une aide financière de 1 405 700 $ afin « d’effectuer des travaux visant à rétablir l’état physique de la bibliothèque Saint-Sulpice », comme l’a appris Le Devoir.

« C’est une très bonne nouvelle », a dit le président-directeur général de BAnQ, Jean-Louis Roy. « Pour le bâtiment. Pour tous ceux qui souhaitent que ce bâtiment ait un avenir. Et pour BAnQ, qui est responsable [et propriétaire] de ce bâtiment et qui n’avait pas les ressources pour s’en occuper. Là, on a les ressources. » Les travaux sont imminents, et pourraient même débuter dans les prochaines semaines, a avancé M. Roy.

La bibliothèque Saint-Sulpice, ouverte en 1914 et classée monument historique en 1988, est inoccupée depuis près de vingt ans et a souffert, jusqu’en sa structure même, de cette inoccupation. L’aide octroyée par le ministère de la Culture vient résoudre le « déficit de maintien d’actifs » constaté sur le joyaux patrimonial, lit-on dans une lettre de la ministre Nathalie Roy, datée du 6 avril et envoyée à la présidente du conseil d’administration de BAnQ, Isabelle Dubois, dont Le Devoir a obtenu copie.

La somme correspond exactement aux coûts des travaux les plus urgents évalués par la firme DMA architectes entre le 1er et le 11 mars dernier. Ce rapport révélait le triste état actuel de l’ancienne bibliothèque, sise en plein cœur du Quartier latin.

Le détail des dépenses attendues suit exactement les actions prioritaires, à faire dans l’année, déterminées par DMA. La plus grosse part du budget (344 100 $) va à la démolition sélective, démolition qui ne touchera pas les aspects patrimoniaux, et qui est même nécessaire pour les sauvegarder en réglant le problème des écoulements d’eau intérieurs.

« L’ouverture des plafonds, des murs et des cloisons formant les puits, le remplacement de la tuyauterie et la reconstruction des cloisons touchées » sont requis à court terme, peut-on lire dans le rapport de la firme d’architectes, pour empêcher « l’accélération de la prolifération des moisissures et éviter de créer davantage de dommage aux moulures et autres éléments patrimoniaux à proximité ».

Le toit (170 500 $) et les systèmes de chauffage, de ventilation et de conditionnement d’air (113 000 $) suivent dans la liste. Des réparations seront aussi faites à la superstructure, à l’enveloppe extérieure, à la construction intérieure, aux escaliers, à la finition, à la plomberie et à l’électricité.

Ces sous permettront-ils aussi de réassurer l’édifice patrimonial ? La Presse révélait à la mi-mars que Saint-Sulpice n’était plus assurée depuis décembre dernier. Or, ce n’était pas par choix de la part de BAnQ. « Les assureurs nous ont dit qu’ils n’étaient pas en situation de l’assurer à la suite du retrait du projet » de Fab Lab que BAnQ devait mener là, précise M. Roy. La hauteur de la protection demandée — 5 millions de dollars — et le fait que la bâtisse soit vacante et patrimoniale ont rendu la tâche impossible au courtier en assurances.

« Est-ce que la reprise des travaux, imminente, pourrait les faire changer d’avis ? Il est sûr qu’on va suivre ça de près. »

En ce qui concerne la bibliothèque Saint-Sulpice, BAnQ a trois préoccupations, précise M. Roy. D’abord, il faut répondre aux urgences de l’édifice. Puis suit la question de la propriété. « Ça ne se réglera pas rapidement, et cette question va évoluer dès qu’il y aura un projet arrêté pour l’occupation de Saint-Sulpice, mentionne M. Roy. On ne tient pas à en garder la propriété, c’est connu. »

« La troisième préoccupation, ajoute-t-il, ce sont les travaux à plus long terme, à faire au cours des trois prochaines années, pour remettre le bâtiment aux normes. On n’est pas rendus là, et on est en dialogue avec le ministère. Mais je ne crois pas que BAnQ ait la capacité de mener ces grands travaux, ni qu’on doive être l’opérateur de cette restauration patrimoniale. » Qui devrait l’être, alors ? « Le gouvernement a un bras séculier sur les bâtiments, qui est la Société québécoise des infrastructures (SQI); ou ça pourrait être un privé à qui on donnerait ce contrat », propose le p.-d.g.

Pourquoi d’ailleurs ne pas avoir demandé à la SQI de gérer le chantier ? Comme l’enveloppe vient financer « des interventions en maintien d’actif, c’est la société d’État [BAnQ dans ce cas-ci] qui s’en charge», répond le cabinet de la ministre Roy.

« La SQI intervient principalement pour les projets majeurs, les agrandissements et les constructions. » Ce « maintien des actifs » permet aussi de conserver entièrement les fonds de 21 millions venant de l’entente de développement culturel avec la Ville de Montréal et réservés à la bibliothèque Saint-Sulpice pour la suite des choses, et pour la prochaine vocation du lieu.

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