Nouvelles mesures sanitaires: un véritable casse-tête pour les salles de spectacle et les cinémas

La nouvelle consigne sanitaire impose aux propriétaires de cinémas et de salles de spectacle une distanciation de 2 mètres, au lieu de 1,5 mètre. Ici, le théatre du Centaur, à Montréal.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La nouvelle consigne sanitaire impose aux propriétaires de cinémas et de salles de spectacle une distanciation de 2 mètres, au lieu de 1,5 mètre. Ici, le théatre du Centaur, à Montréal.

La nouvelle consigne sanitaire imposant aux propriétaires de cinémas et de salles de spectacle une distanciation de 2 mètres, au lieu de 1,5 mètre, a créé tout un casse-tête mercredi. En plus de revoir la configuration de leur salle en un temps record, plusieurs ont eu la lourde tâche de devoir prévenir des détenteurs de billets qu’ils ne pourront assister au spectacle qu’ils attendaient avec impatience.

« Est-ce qu’on appelle M. Godbout pour lui dire que la loterie du hasard l’a choisi pour ne pas aller au spectacle ? Ou on contacte ceux qui ont acheté leur billet en dernier ? Et ceux qu’on doit changer de rangée, voudront-ils être remboursés ? » se demandait encore David Laferrière, directeur général et artistique du théâtre Gilles-Vigneault à Saint-Jérôme, lorsque contacté mercredi.

Le théâtre a rouvert ses portes il y a moins d’une semaine, après une pause de cinq mois imposée par le gouvernement en raison de la pandémie. En quelques jours, une quarantaine de spectacles ont été mis en vente et plusieurs affichent déjà complet. Mais voilà que les règles du jeu ont déjà changé.

Peu de temps pour réagir

Les principaux acteurs du milieu culturel ont été prévenus mardi après-midi — à peine 15 minutes avant la conférence de presse du premier ministre François Legault — qu’ils devront désormais s’assurer que les spectateurs sont assis à une distance de deux mètres les uns des autres, au lieu de 1,5 mètre. La mesure est entrée en vigueur jeudi, laissant moins de 48 heures aux diffuseurs et aux propriétaires de salles de cinéma pour s’adapter.

« Je comprends qu’on est maintenant habitués à programmer, à déplacer ou à annuler un spectacle. Mais là, c’est vraiment peu de temps pour réagir », déplore M. Laferrière. La nouvelle consigne sanitaire impose aux diffuseurs de revoir complètement leur plan de salle pour supprimer des sièges, déplacer des spectateurs, et contacter un à un ceux qui ne pourront assister à la représentation choisie afin de les rembourser.

Cette situation vient fragiliser la confiance du public, qui risque d’attendre plus de stabilité avant de revenir, craint celui qui est aussi président de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU). « Ça fait à peine trois semaines que les salles en zone rouge ont eu le feu vert. Pourquoi n’a-t-on pas prévu ça d’avance ? »

La directrice de la programmation du cabaret Lion d’Or, à Montréal, abonde dans ce sens. « Il y en a pour qui ça fait déjà trois fois en un an qu’on change la date de leur représentation. Les gens sont compréhensifs, mais j’ai peur qu’ils ne le soient plus au bout d’un moment », s’inquiète Sara Castonguay.

Selon les disponibilités des artistes, elle espère pouvoir ajouter de nouvelles dates à sa programmation pour compenser ce désagrément et éviter des frais d’annulation à la production.

Ça fait à peine trois semaines que les salles en zone rouge ont eu le feu vert. Pourquoi n’a-t-on pas prévu ça d’avance ?

 

Une solution également envisagée par le Théâtre La Chapelle, qui doit pour le moment appeler près de la moitié des spectateurs des prochaines représentations pour les rembourser. La salle, qui compte normalement une centaine de places, n’en contenait plus que 35 lors de sa réouverture fin mars avec la distanciation du 1,5 mètre. Son directeur, Olivier Bertrand, évaluait mercredi que seules une quinzaine de personnes pourront maintenant être acceptées.

« On doit gérer la situation au jour le jour et au cas par cas. Ça dépend des dates, des spectacles, des billets vendus, des disponibilités des artistes, des nouvelles mesures sanitaires. C’est un constant travail d’ajustement depuis un an et ce n’est pas fini », lance-t-il sans pour autant se décourager.

Du côté du MAI (Montréal, arts interculturels), malgré la situation « décourageante », on se réjouit au moins d’avoir repris en douceur depuis la réouverture le 26 mars. « On n’a pas de spectacles cette semaine ni la prochaine. Ça nous donne plus de temps que d’autres pour nous organiser », indique le directeur technique, Philip Richard-Authier.

Avec la distanciation de deux mètres, la capacité d’accueil passe de 22 à 11 personnes pour une salle qui peut normalement en recevoir 84. La nouvelle réorganisation nécessite toutefois d’empiéter sur la zone de performance des artistes pour gagner des sièges.

Fragilité financière

D’après les intervenants contactés par Le Devoir, cette reconfiguration des salles n’est pas sans impact sur leurs finances. Car même s’ils bénéficient pour la plupart de l’aide du gouvernement à travers le programme de soutien à la diffusion s’élevant à 70 millions de dollars, l’équilibre budgétaire risque d’être difficilement atteignable cette année.

On est à la limite de rouler à perte. […] On attend de voir les prochains budgets, mais la question se pose vraiment. Surtout avec la menace qui plane de revenir bientôt à un couvre-feu à 20 h, ou même à une fermeture complète.

 

« Soit on rembourse les billets, soit on ajoute des représentations et donc des cachets supplémentaires aux artistes. Or l’aide du gouvernement nous permet seulement à pallier la perte d’une partie des recettes », fait valoir Olivier Bertrand, du Théâtre La Chapelle.

Du côté du cabaret Lion d’Or, on se questionne carrément sur la rentabilité de rester ouvert avec si peu de places. « On est à la limite de rouler à perte. […] On attend de voir les prochains budgets, mais la question se pose vraiment. Surtout avec la menace qui plane de revenir bientôt à un couvre-feu à 20 h, ou même à une fermeture complète, comme à Québec ou à Gatineau », se désole Sara Castonguay.

Éric Bouchard, coprésident de l’Association des propriétaires des cinémas du Québec, s’inquiète pour sa part de voir les plus petits cinémas fermer leurs portes dans de telles conditions. « On nous demande une distanciation de 2 mètres à 360 degrés. Ça veut dire qu’on doit bloquer 12 bancs juste pour une personne seule. Pour des salles de 40 places, ça ne vaut pas le coup. »

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