La nomination de Maripier Morin au Gala Artis soulève les passions

Rappelons qu’après s’être excusée publiquement l’été dernier, reconnaissant avoir eu un comportement répréhensible envers Safia Nolin, Maripier Morin avait perdu plusieurs contrats et s’était retirée de la vie publique.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Rappelons qu’après s’être excusée publiquement l’été dernier, reconnaissant avoir eu un comportement répréhensible envers Safia Nolin, Maripier Morin avait perdu plusieurs contrats et s’était retirée de la vie publique.

La nomination de Maripier Morin au prochain Gala Artis soulève une vague d’incompréhension et de mécontentement au sein du milieu culturel et de la population québécoise. Ce retour en force de la comédienne banalise les dénonciations dont elle a fait l’objet et risque de décourager les victimes de violences sexuelles à dénoncer, croient des artistes et des experts.

« Ça dit quoi, de notre société ? C’est ça, le Québec de 2021 ? Est-ce qu’on manquait d’actrices travaillantes, intelligentes et avec une démarche sincère à nommer ? Je ne pense pas, non », s’insurge au Devoir une artiste québécoise qui a préféré garder l’anonymat par peur de représailles.

Visée l’été dernier par des allégations d’inconduite sexuelle et de propos racistes formulées, entre autres, par la chanteuse Safia Nolin, Maripier Morin semble avoir conservé l’amour des téléspectateurs. Lors de coups de sonde menés par la firme Léger cet automne et cet hiver auprès de 13 000 personnes, la comédienne a été choisie parmi les favorites pour décrocher le prix Artis dans le meilleur rôle féminin pour une série dramatique saisonnière, pour son rôle dans La faille. En lice à ses côtés : Sarah-Jeanne Labrosse, Julie Le Breton, Isabel Richer et Guylaine Tremblay.

La nouvelle annoncée mercredi matin à Salut bonjour a enflammé les réseaux sociaux. Si plusieurs ont félicité Maripier Morin, d’autres ont dénoncé sa nomination. « C’est une honte », « Est-ce une blague ? », « C’est impossible, c’est un poisson d’avril », peut-on lire dans le flot de réactions des derniers jours.

Le débat s’est même transporté dans le milieu artistique, où comédiens, chanteurs et humoristes ont manifesté leur incompréhension et leur mécontentement. Félix-Antoine Tremblay, Arnaud Soly ou encore Rosalie Vaillancourt ont tous trois partagé le nom des finalistes en prenant le soin de superposer à celui de Maripier Morin la mention « censored » (« censuré ») ou « bravo aux nommées ».

« Non mais moi, je comprends. Je comprends parce qu’il y a très, très peu d’actrices au Québec. On fouille, on farfouille, on cherche, on bidouille quoi ! Pénurie j’vous dis. Des artistes qui ont des propositions, du bagage, c’est pas au Québec que ça se trouve », a commenté avec sarcasme Anne-Élisabeth Bossé.

Dans la tempête, c’est surtout le Gala Artis qui a été critiqué et, par la bande, le réseau TVA qui organise la remise de prix le 9 mai prochain.

Les accusant de faire preuve « d’hypocrisie », l’artiste qui a accepté de parler au Devoir sous le couvert de l’anonymat s’explique mal cette nomination. « L’équipe du gala a l’absolu pouvoir sur le choix des nommés.

Ils ont donc choisi de l’inclure dans la liste des actrices pour sonder la population », souligne-t-elle, remettant en question la pertinence du rendez-vous télévisé qu’elle qualifie de « concours de popularité ».

Christian Bourque, vice-président exécutif et associé chez Léger, confirme que le réseau de télévision n’a pas demandé à ce que le nom de Maripier Morin soit retiré des sondages. « Objectivement, elle était admissible aux critères. La décision de la retirer ne nous revient pas, c’est le choix du diffuseur. »

En juillet dernier, dans la foulée des dénonciations, TVA avait pourtant rayé de la liste des personnes nommées aux prix Artis le nom de la femme de 34 ans. Vidéotron — également propriété de Québecor — avait aussi retiré momentanément de sa plateforme Illico l’émission La faille, avant de la remettre un mois plus tard à la suite de vives protestations.

Mauvais message

Pour Juliette Bélanger-Charpentier, étudiante en victimologie et criminologie, mettre en nomination Maripier Morin dans le but de la récompenser alors qu’elle a reconnu avoir eu des comportements abusifs « fragilise le lien de confiance et de sécurité de plusieurs personnes envers les recours qu’ils ont pour dénoncer des comportements toxiques et violents ».

« Ça montre qu’un agresseur [présumé] qui a beaucoup de moyens et de contacts peut facilement revenir briller dans l’espace public », renchérit Mélanie Lemay, cofondatrice du groupe Québec contre les violences sexuelles.

Les victimes alléguées doivent quant à elles « supporter le retour en force et avec beaucoup de soutien » de leur agresseur présumé en plus de « subir encore le choc de l’agression ».

Pour elle, le milieu artistique devrait entamer une sérieuse réflexion et cesser de fermer les yeux sur ce genre de situation.

Quant à la société civile, elle devrait se réveiller et arrêter de « banaliser les violences sexuelles en continuant de mettre ces idoles dénoncées sur un piédestal », dit-elle.

Rappelons qu’après s’être excusée publiquement l’été dernier, reconnaissant avoir eu un comportement répréhensible envers Safia Nolin, Maripier Morin avait perdu plusieurs contrats et s’était retirée de la vie publique.

Grand retour

Elle a fait son grand retour trois mois plus tard, en octobre, faisant valoir qu’elle a eu « une prise de conscience nécessaire », entourée de professionnels, afin de retrouver « un mode de vie plus sain » et d’apprendre « à gérer [sa] personnalité excessive ».

Depuis, elle a retrouvé son personnage dans La faille 2, décroché le premier rôle dans le film Arlette ! de Mariloup Wolfe et travaille sur une deuxième saison de sa série documentaire Mais pourquoi ?

Contacté par Le Devoir, le Gala Artis n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue. Maripier Morin a refusé de nous en accorder une.

À voir en vidéo