Pour la soirée-bénéfice d’Espace Go, une centaine d’artistes dans le salon

Les comédiennes Magalie Lepine-Blondeau, Julie Le Breton et Sophie Cadieux, et devant, le metteur en scène Serge Denocourt
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les comédiennes Magalie Lepine-Blondeau, Julie Le Breton et Sophie Cadieux, et devant, le metteur en scène Serge Denocourt

S’étant beaucoup ennuyé depuis le début de la pandémie, Serge Denoncourt n’avait pas envie de mettre en scène un petit spectacle pour la soirée-bénéfice d’Espace Go. « Cent artistes, six heures ! » a-t-il plutôt proposé. Conscient qu’il ne pouvait y arriver seul, il a fait appel à Inès Talbi.

« J’avais envie de partager cette expérience avec un autre sexe, une autre sexualité, pour qu’il y ait des rencontres. On sort tous de la même année de marde, on voulait que ce soit hyperinclusif, qu’on puisse dire, après un an : je m’en fous, que tu sois humoriste ou chanteuse pis qu’on se fréquente pas, on peut-tu juste se mettre ensemble pis dire qu’on s’est ennuyés ? » a expliqué le metteur en scène au franc-parler lors d’une rencontre de presse jeudi midi.

« Le monde de la culture a été brassé et troublé toute l’année ; des gens se sont sentis seuls et isolés. On avait le goût de se dire qu’on s’aime dans cet espace-là. Moi, ça me fait du bien d’entendre de la musique, de voir des femmes inspirantes, des journalistes, des humoristes, de voir cet endroit exister dans plusieurs médias. À la base, le théâtre est un endroit de rassemblement, de rencontres, où l’on prend le pouls de ce qui se passe dans l’actualité, dans la vie. J’ai l’impression qu’on remplit le mandat du théâtre en réunissant tous ces gens de toutes origines, de tous genres et de tous âges », a renchéri Inès Talbi.

Divisée en six temps, la soirée-bénéfice Jardin, cour, salon se tiendra aujourd’hui même, vendredi, de 18 h à minuit, en direct d’Espace Go par la plateforme Illuxi. Pour la première fois dans l’histoire de l’institution théâtrale, le grand public est invité à la fête… en distanciel.

Le monde de la culture a été brassé et troublé toute l’année ; des gens se sont sentis seuls et isolés. On avait le goût de se dire qu’on s’aime dans cet espace-là.

« Chaque année, on fait une soirée-bénéfice, qui est un party formidable, à laquelle ont accès des gens d’affaires, des entreprises partenaires qui nous aident à donner la parole à ces autrices, à ces auteurs qui sont montés à Espace Go. Et là, soudainement, on donne un accès public à cette soirée-là. C’est assez événementiel », a dit Julie Le Breton, l’une des trois fées marraines de la soirée avec Sophie Cadieux et Magalie Lépine-Blondeau.

Pour assister à la soirée, laquelle ne sera pas rediffusée, on doit se procurer un lien pour la somme de 50 $ sur le site Web d’Espace Go. Le lien sera par la suite envoyé par courriel. Le nombre de places étant limité — il en restait un millier hier —, il est préférable de ne pas s’y prendre 10 minutes avant le spectacle.

Menu varié

Réalisé par Maxime Rivest, régi par Diane Piotte, sous la direction musicale de Chloé Lacasse, Jardin, cour, salon se présente comme un spectacle de variétés où chacun peut y trouver son compte. Outre du contenu s’adressant aux enfants et aux adolescents, s’y trouvent chansons, poésie, extraits d’À table avec mon ex interprétés par des acteurs, concours de drag queens — « le RuPol Pelletier Drag Race », lance à la blague les metteurs en scène —, recettes de cocktails et de macaroni au fromage, lectures coquines, ainsi que des entrevues, dont une de Serge Denoncourt avec le premier ministre François Legault et sa femme, Isabelle Brais.

« La soirée n’est pas représentative de ce qui se présente à Espace Go, mais elle correspond à son désir, à sa mission, de faire briller la parole, le talent et les créations féminines. Même si j’y participe, ça demeure un peu mystérieux pour moi. C’est comme le cauchemar de tout acteur qui, la veille d’un spectacle, a peur de ne pas savoir son texte », a confié Magalie Lépine-Blondeau.

Pour recevoir tout ce beau monde, la salle d’Espace Go s’est transformée en un grand studio de télé. Inès Talbi estime que moins de 5 % du spectacle a été préenregistré, c’est-à-dire quelques capsules d’artistes à l’étranger et les entrevues avec des femmes inspirantes. « À la base, on ne voulait pas, mais on s’est rendu compte de la pertinence de ces femmes-là et on s’est dit qu’on ne pouvait pas leur donner un cadre de quatre minutes. On va sûrement offrir après la soirée les entrevues intégrales sur le site de l’Espace Go. »

Ayant tous deux vidé leur carnet d’adresses, Serge Denoncourt et Inès Talbi saluent la générosité des artistes qui ont accepté de se prêter bénévolement au jeu. Et ce, presque sans filet puisqu’environ 60 % des numéros, dont plusieurs ont été conçus sur Zoom, n’ont pas été répétés. « On voulait ce feeling du live et du « à partir de maintenant tout peut arriver », comme au théâtre, donner aux gens l’impression qu’ils assistent réellement à un événement », a dit Denoncourt.

Enfin, le metteur en scène a voulu répondre à une question que plusieurs lui posent : « Comment ça se fait que c’est un gars qui fait la soirée-bénéfice d’Espace Go depuis une dizaine d’années ? Parce qu’il y a juste un gars blanc avec une carrière à Montréal qui a les moyens de faire une mise en scène gratis. Les jeunes femmes metteuses en scène n’ont pas les moyens de prendre deux mois de leur vie pour faire une soirée-bénéfice. C’est important pour moi de le dire parce que je suis content de le faire, mais aussi parce que je peux le faire. Les femmes metteuses en scène n’ont pas le même exposure que moi et ne sont pas autant engagées que moi. Voilà. »

 

Soirée-bénéfice Jardin, cour, salon 

Conception et mise en scène : Inès Talbi et Serge Denoncourt, en direct de l’Espace Go, vendredi, de 18 h à minuit

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