L’ADISQ revendique le respect des quotas francophones

Le recours à des montages de musiques anglophones permet de diffuser plusieurs extraits de pièces en anglais en ne les comptant que pour une.
Photo: Getty Images Le recours à des montages de musiques anglophones permet de diffuser plusieurs extraits de pièces en anglais en ne les comptant que pour une.

Les radios commerciales francophones au Canada devraient faire jouer au moins 55 % de musique en français aux heures de grande écoute, selon les quotas du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Selon une analyse de l’ADISQ, c’est plutôt de 36 % à 47 % de musique francophone qui joue réellement sur les ondes. L’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo demande donc au CRTC de faire respecter et de vérifier ces quotas. Et que les radios consacrent aussi la moitié de cet espace-là aux nouvelles œuvres, afin que la musique d’ici puisse se faire plus facilement découvrir.

C’est dans le cadre de la révision de la politique du CRTC que l’ADISQ est intervenue. « Malgré tous les changements survenus dans les habitudes d’écoute », expliquait la directrice générale sortante, Solange Drouin, « la radio demeure un outil de découverte. Mais on est forcés de constater que notre musique n’a pas la part belle de notre radio », malgré des politiques symboliquement fortes.

Contourner sans contrevenir

C’est que les radiodiffuseurs ont développé des stratégies pour contourner les exigences sans y contrevenir, nomme l’ADISQ dans son mémoire, titré Au-delà du statu quo.

Le recours à des montages de musiques anglophones permet de diffuser plusieurs extraits de pièces en anglais en ne les comptant que pour une. Et rend les décomptes très ardus.

« Nos chiffres sont réels », précisait de vive voix Marie-Julie Desrochers, directrice des affaires institutionnelles et de la recherche, « mais peut-être les radiodiffuseurs diraient qu’il y a plus ou moins de montage que ce que nous, on voit ».

Aussi, la très grande concentration de la musique en français aux heures les moins écoutées, voire nocturnes, change l’impact de la diffusion. Résultat : « la mise en valeur de la musique vocale francophone » est un échec aux yeux de l’ADISQ, et « les quotas ne remplissent pas leurs promesses, si bien qu’il convient aujourd’hui de parler du “ mirage du 65 %” » de musique francophone sur les ondes, peut-on lire dans le mémoire.

Écouter ce qu’on aime,ou être surpris ?

La proposition de l’ADISQ est que le CRTC élargisse les heures de grande écoute pour y inclure la fin de semaine, de 8 h à 19 h, avançait Marie-Julie Desrochers. Aussi, que le quota historique de 55 % de musique francophone soit maintenu, «en demandant la fin sans équivoque des montages ».

Chaque extrait présenté devrait compter comme une pièce à part entière. Les vérifications du CRTC devraient être améliorées, et plus fréquentes. Aussi, 50 % de ce quota de 55 % devrait être l’œuvre d’artistes émergents ou des nouveautés d’artistes établis, pour améliorer la diversité des écoutes.

Également, les sommes reversées « comme contribution aux talents canadiens » devraient être révisées, et passer par de nouvelles voies. « On est tout à fait d’accord pour que les petits propriétaires de stations de radio aient moins à payer, indiquait Mme Drouin, mais il faut que les grands groupes paient une part équitable, jusqu’à 4 % de leurs revenus », qui tournaient avant la pandémie autour de 1,4 milliard par année.

Sur papier, la proposition de l’ADISQ est une excellente initiative, selon Romuald Jamet, professeur chercheur et sociologue de la musique à l’Université du Québec à Chicoutimi. « Mais c’est dur à réaliser.

Sur le suivi des pièces diffusées et leurs situations sur les plages horaires, d’abord. Ensuite, il y a un problème avec la définition d’artistes émergents, ou de nouvelles œuvres, qui demanderait quasiment des consultations.

Qu’est-ce qu’on fait avec les artistes québécois francophones autoproduits ? », demande le spécialiste. Ce dernier croit que les radios commerciales ont tout intérêt à faire connaître davantage de nouvelles musiques. « Aux heures de grande écoute, les auditeurs s’attendent à découvrir quelque chose de nouveau — c’est comme la fausse surprise qu’on attend de la radio », explique-t-il.

« Les études démontrent que c’est en glissant une nouveauté que les individus portent plus d’attention soudain à ce qu’ils écoutent, et que la confiance envers la radio augmente. Oui, c’est le boulot de la radio commerciale de faire découvrir de nouvelles œuvres », conclut M. Jamet.

Bell média a préféré « garder [ses] commentaires pour les procédures en cours au CRTC », a dit Caroline Audet, des relations médias. Cogeco n’avait pas répondu aux questions du Devoir à l’heure où ces lignes étaient rédigées.

La part de la musique en français: au-dessous des quotas

Selon les analyses de l’ADISQ faites entre 2014 et 2019 sur 40 stations musicales québécoises, la part de musique francophone est inférieure aux quotas prévus. Aux heures de grande écoute (du lundi au vendredi, de 6 h à 18 h), celui-ci devrait être de 55 %. Les 18 stations de Bell Média (Rouge, Énergie, CHOM) ont une moyenne de 36 % de musique en français. Les huit stations de Cogeco (Rythme FM, CKOI), une moyenne de 38 %. Les 17 stations indépendantes atteignent 47 % de musique francophone. « Les stations qui appartiennent à de grands groupes font moins bien », note la directrice de la recherche de l’ADISQ, Marie-Julie Desrochers, « en bas de 15 points de pourcentage en général. C’est pire à heure de grande écoute : une chanson sur deux devrait être en français, alors qu’en réalité, c’est presque une sur trois. »


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