L’Espace Riopelle ne sera pas à la bibliothèque Saint-Sulpice

Ce projet était de ceux envisagés pour redonner une vocation au bâtiment patrimonial inoccupé depuis plus de 20 ans, et qui souffre d’un état de dégradation avancé.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce projet était de ceux envisagés pour redonner une vocation au bâtiment patrimonial inoccupé depuis plus de 20 ans, et qui souffre d’un état de dégradation avancé.

La bibliothèque Saint-Sulpice, au cœur du Quartier latin de Montréal, ne deviendra pas le futur Espace Riopelle. Ce projet était de ceux envisagés pour redonner une vocation au bâtiment patrimonial inoccupé depuis plus de 20 ans, et qui souffre d’un état de dégradation avancé. La Fondation Riopelle a fait savoir jeudi au Devoir qu’elle ne peut finalement considérer ce site pour la création de son musée, qui doit ouvrir en 2023, à l’occasion du centenaire de la naissance du célèbre peintre automatiste.

« Sans une nouvelle construction à l’arrière du bâtiment, l’aménagement d’un espace muséal dans l’infrastructure actuelle, même après sa remise aux normes, s’avère impossible », indique la directrice générale Manon Gauthier.

C’est à la suite de l’abandon du projet d’une aile Riopelle au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) en novembre dernier que la Fondation Riopelle a envisagé d’habiter la bibliothèque Saint-Sulpice.

« Outre la noblesse de l’idée de redonner son lustre à ce haut lieu de notre patrimoine national, il importait pour notre Fondation d’en déterminer le potentiel de conversion muséal, considérant notamment les normes liées aux arts visuels », explique par courriel Mme Gauthier.

L’aménagement et la superficie d’espaces d’exposition adaptés aux œuvres monumentales, gigantesques parfois, de Riopelle, les systèmes d’éclairage, de ventilation, les espaces d’animation, de conservation, de transition, de chargement, sont parmi les normes muséales qui ne peuvent se réaliser à la bibliothèque Saint-Sulpice tout en respectant l’intégrité de l’immeuble. Le triste état de la bâtisse, qui a besoin de travaux urgents d’une valeur de 1,4 million cette année, et de 7,6 millions dans les trois prochaines années, a-t-il pesé dans la décision ?

On comprend entre les lignes que c’était une question, mais que c’est surtout l’impossibilité de transformer les espaces intérieurs, afin d’en respecter les contraintes patrimoniales, qui a mis le frein au projet d’Espace Riopelle.

« Considérant les impératifs relatifs à la préservation du mobilier et des éléments architecturaux et patrimoniaux du lieu, il a été conclu que ce bâtiment pouvait difficilement permettre l’intégration [de notre] projet en arts visuels », indique Mme Gauthier.

Pour le prochain Espace Riopelle, le temps commence à presser car, si une construction doit être envisagée, 2023 est un court délai. « D’autres sites prestigieux sont toujours à l’étude », mentionne Mme Gauthier.

Considérant les impératifs relatifs à la préservation du mobilier et des éléments architecturaux et patrimoniaux du lieu, il a été conclu que ce bâtiment pouvait difficilement permettre l’intégration [de notre] projet en arts visuels

 

Qu’en est-il de l’ancienne École des beaux-arts de Montréal (ÉBAM), coin Saint-Urbain et Sherbrooke ? Pour « la magnifique proposition du site de l’ÉBAM, notamment appuyée par Françoise Sullivan, des sources indiquent qu’un projet gouvernemental serait déjà en cours de planification pour ce site », a répondu la directrice de la Fondation Riopelle.

Un cimetière d’idées

« Nous prenons acte de la décision de la Fondation Riopelle et continuons à réfléchir à ce qui sera la meilleure vocation pour la Bibliothèque Saint-Sulpice », a commenté jeudi le cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy. « Des fonds seront alloués à BAnQ pour lui permettre de procéder rapidement à des interventions pérennes sur le bâtiment. » Mais ce retrait de projet est-il signe que la valse des projets mort-nés recommence à la Saint-Sulpice ?

Depuis que la collection nationale qui y était sise a déménagé à la Grande Bibliothèque en 2005, la bâtisse est restée inoccupée. L’UQAM l’avait acheté cette année-là, pour tenter de la revendre au privé en 2007. À la suite du tollé public, le gouvernement acquiert la bâtisse. Le Vivier, projet de lieu de création et de diffusion de musique contemporaine, est lancé en 2010, puis abandonné lors du changement de gouvernement.

En 2015, le gouvernement tente de vendre Saint-Sulpice par les petites annonces. Nouveau tollé, duquel naîtra le projet de bibliothèque de technologies pour adolescents, mené par Bibliothèque et archives nationales du Québec, qui devient pour l’occasion, en 2016, propriétaire de la bâtisse. 17 millions de dollars sont octroyés par le Gouvernement du Québec et la Ville de Montréal pour la mise aux normes et la réhabilitation de la bibliothèque Saint-Sulpice. 4 M$ supplémentaires seront accordés en 2018.

En novembre dernier, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, désavoue, lors d’une entrevue au Devoir, ce projet de Fab Lab. À travers cette chronologie ont vogué aussi des projets de musée des arts vivants, un Institut du livre, une Centrale des arts vivants, entre autres.

Certains observateurs du dossier, comme Lise Bissonnette, maître d’œuvre de la Grande Bibliothèque, ou Marie-Andrée Beaudet, de la Fondation Nelligan, croient qu’il faut absolument reconnaître la vocation originelle de bibliothèque, inscrite dans l’architecture même du lieu, pour trouver un projet qui puisse y vivre et faire vivre la bâtisse.

Présentement, les projets envisagés seraient le Café de la Louve du Festival du Nouveau Cinéma et la Maison de la chanson et de la musique de Monique Giroux et Luc Plamondon. 

Les fonds de 21 M$ restent disponibles et pourront notamment servir aux importants travaux de restauration et de mise aux normes du bâtiment, a confirmé le cabinet de la ministre Roy.

 

Rembourser les frais d’entretien

Le conseil municipal de Montréal a octroyé cette semaine une contribution supplémentaire de 338 838 $ non récurrente à Bibliothèque et Archives nationales du Québec afin de rembourser à celle-ci les coûts afférents à l’opération de la bibliothèque Saint-Sulpice entre le 1er avril 2020 au 31 mars 2021, tels les assurances, l’électricité, les services, l’entretien, les fournitures et les réparations, la sécurité et le gardiennage de l’édifice. Cette contribution sera payée à 50 % par la ville et à 50 % par le ministère de la Culture.



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