Festival Juste pour Rire - Dans la vie d'un trentenaire

La recette est hautement exotique: prenez un gars de 32 ans, diplômé en physique de l'Université de Lausanne en Suisse. Enfilez-lui un costume sombre. Donnez-lui une chaise. Demandez-lui de vous parler de ses fantasmes, de son nouveau statut de père, des religions ou encore de son ordinateur. Brassez-le tout pendant une heure. Déposez sur des planches. Et savourez. Sans trop rigoler toutefois.

Dans un univers où l'humour se conjugue cette année au temps de l'irrévérence et des traditionnelles — ou plus qu'éculées — jokes sur les relations hommes-femmes, Marc Donnet-Monay semble, en provenance de sa Suisse natale, arriver comme un cheveu sur la soupe avec son spectacle à part «Complètement épanoui» servi tous les soirs au Studio du Musée Juste pour rire. Sans que cela ne soit totalement indigeste pour autant.

On le dit frais, original et énergique, selon les documents de promotion produit par le Festival Juste pour rire. Erreur. Dans les faits, ce trentenaire dans la force de l'âge s'avère plutôt être le pur produit de sa génération. Tout simplement. Un brin égocentrique, individualiste, cynique, sceptique et nostalgique à ces heures. Entre autres. Et ces qualités, il ne se gêne pas pour les exposés dans ce one man show dépaysant mais loin d'être étonnant.

C'est que l'homme a du bagou, enrobé de ce petit accent qui, en dehors d'une poignée d'émissions diffusées sur TV5, ne court pas vraiment les rues à Montréal. Il a aussi une fascination pour Barry Manilow, célèbre crooner des années 70 qui a donné à l'humanité une chanson imprimée à jamais dans les mémoires: Copacabana.

Point de départ de l'aventure, cette pièce d'anthologie «qui donne du pep», dit-il, devient rapidement le fil conducteur de ce monologue sur la vie, lui, la Suisse et les autres que Donnet-Monay distille tout en déplaçant la chaise qui lui sert d'accessoire.

Les thèmes sont disparates: les nouvelles technologies — «mon ordinateur est malade. Après cinq ans il me demande toujours l'autorisation de vider la poubelle» —, la pression sexuelle de notre époque — «aujourd'hui, les filles de 11 ans font du toboggan en string. Les culottes, ça glisse quand même beaucoup mieux» — ou encore l'homéopathie, des médicaments faits «pour les gens qui ne veulent pas trop être brusqué».

De Joe Dassin aux boulangeries naturistes en passant par les films sentimentaux, les changements de couche, le plaisir de regarder les jeunes filles à la piscine ou encore la preuve scientifique que les femmes ne viennent pas de Vénus, tout y passe. Avec quelques miniperles ici et là.

«Les jeux vidéo n'influencent pas les adolescents. On ne devient pas plombier en jouant à Mario Bros», lance-t-il. «L'avion, c'est le seul restaurant où l'on vous apporte un sac pour vomir avant le repas», poursuit celui qui affirme ne pas avoir de veine dans le bras droit. Ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs de livrer un exposé magistral, bâton télescopique en main, sur la Suisse, ses différences linguistiques et les nombreuses filles rencontrées sur ce territoire «entouré de terres inconnues».

Au final, cette ratatouille ne va pas forcément chercher des éclats de rire chez celui qui s'y expose. Mais elle a le mérite au moins de faire sourire et de distraire gentiment en nous plongeant dans un univers dérisoire et léger dont il est plus que nécessaire de s'amuser.