Montréal, ville fermée

La campagne a donné lieu à une série de photos de travailleurs nocturnes, saisis au milieu de lieux désertés, qui disent leur hâte de voir leurs activités reprendre.
Photomontage: Montréal 24/24 / Le Devoir La campagne a donné lieu à une série de photos de travailleurs nocturnes, saisis au milieu de lieux désertés, qui disent leur hâte de voir leurs activités reprendre.

Mathieu Grondin est DJ. Il est aussi le fondateur de Montréal 24/24, un organisme sans but lucratif qui s’est donné comme but de faire de Montréal une ville vivante et sécuritaire 24 heures sur 24. Inutile de dire que la pandémie a rendu sa mission impossible.

Et le nouveau couvre-feu, fixé à 21 h 30, n’y change pas grand-chose. Les bars, les salles de danse, tout ce qui donne son rythme à la vie nocturne montréalaise demeure fermé jusqu’à nouvel ordre.

En attendant, Montréal 24/24 lance une campagne de sensibilisation à la réalité des travailleurs de la nuit et a visité 15 lieux nocturnes habituellement chéris des Montréalais.

« Cette campagne vise à souligner un triste anniversaire. Le monde culturel nocturne est confiné depuis un an, un an sans danser, sans se voir, sans se toucher. »

En est issue une série photographique de ces travailleurs, saisis au milieu de lieux désertés, qui disent leur hâte de voir leurs activités reprendre.

Des visages

« L’idée, c’était de mettre des visages sur cette réalité, et de rappeler ces lieux et ces personnes forcément familiers pour les usagers de la vie nocturne. Pour ne pas qu’ils oublient ces visages et pour garder le sens de la communauté autour de chacun de ces endroits, pour rebâtir la confiance en la vie nocturne », dit Mathieu Grondin.

Les trois premières photos de cette campagne sont postées sur la page Facebook de Montréal 24/24. On y rencontre par exemple Véronique Lambert, du Quai des Brumes : « Depuis un an, c’est 700 artistes locaux qui n’ont pas eu leur chance, dit-elle. J’ai hâte au prochain soundcheck. »

Malick Touré, de l’Ausgang Plaza, raconte que l’organisme devrait être un hub créatif pour tisser des liens sociaux. « Depuis un an, on s’est réinventés pour survivre : studio de tournage, cuisine, librairie, name it… J’ai hâte de faire ce que l’on fait de mieux : booker des shows. »

Au TRH Bar, Joe Valina dit : « Ici, c’est mon bébé, une place pour les skaters. J’ai vendu ma maison pour mon projet. Depuis un an, je m’inquiète pour ma santé financière. J’ai hâte de réentendre le son des planches, pis que la culture skate retrouve son lieu de rassemblement. »

Pour Mathieu Grondin, Montréal s’est un peu assise sur ses lauriers de hub nocturne, depuis la Prohibition, les speakeasies et la scène disco des années 1970.

« Depuis, le vernis s’est un peu effrité, dit-il. En Europe, par exemple, des villes ont mené des projets-pilotes pour tester la distanciation sociale et la transmission du virus sur la scène nocturne, avec ou sans masque. « Ici, il n’y a pas d’écoute et pas d’intérêt. »

Pour l’instant, la campagne de sensibilisation de Montréal 24/24 se déroule uniquement sur les réseaux sociaux. « De toute façon, il n’y a pas grand monde dans les rues », dit Mathieu Grondin, qui n’a tout de même pas renoncé à l’idée de faire campagne dans les rues de la ville.

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