Les flâneurs

Illustration: Le Devoir
Odile Tremblay

Souvenirs de Guantánamo

Classique dans sa forme, Le Mauritanien de Kevin Macdonald, adapté des carnets de Mohamedou Ould Slahi,vaut le détour pour son incursion ardente dans l’enfer de la prison de Guantánamo (toujours ouverte), contrôlée par les Américains à Cuba qui crient vengeance après les attentats du 11 Septembre. Tahar Rahim est exceptionnel en prisonnier torturé et résilient. Quant à Jodie Foster, en avocate qui le défend contre vents et marées, primée pour ce rôle aux Golden Globes, elle campe avec puissance une femme de feu. Le film pose des questions lancinantes sur l’éthique militaire de nos voisins du Sud.


Amélie Gaudreau

Rockeurs de coeur

Pionniers de la « scène indie montréalaise », qui a fait sensation à l’étranger dans les années 2000, The Dears, groupe rock aux accents sombres et romantiques, a souligné son quart de siècle avec un concert-rétrospective dans un Palais Montcalm vide, le 6 mars. La formation menée par le charismatique Murray Lightburn, toujours aussi en voix et intense, y livre des versions habitées et somptueuses des chansons marquantes de son chef-d’œuvre No Cities Left ainsi que des titres porteurs d’autres albums. Disponible en rattrapage à palaismontalm.ca jusqu’au 6 juin.


Louise-Maude Rioux Soucy

Des montagnes à abattre

Le passage des pages aux planches du roman Les murailles affichait déjà un naturel confondant à sa présentation au Périscope. Le revoici sur papier dans sa forme théâtrale éclatée, palpitant d’une énergie neuve qui met spécialement en valeur la puissante oralité de la plume d’Erika Soucy. On la retrouve alors qu’elle séjourne au chantier de La Romaine où son père s’est retranché. De l’autre côté du mur qui sépare le Nord de son monde, elle décortique cette déchirure avec une sincérité désarmante, au gré d’échanges authentiques partagés dans une langue crue trouée de poésie. Chez VLB éditeur.


François Lévesque 

Pedro et Tilda

Devant cette adaptation libre de la pièce La voix humaine de Jean Cocteau, on voudrait que Pedro Almodóvar réalise davantage de courts métrages. En effet, ce film de 30 minutes, vibrant de couleurs primaires, richement baroque et symbolique, du pur Almodóvar en somme, est une merveille. Le cinéaste de Douleur et gloire et de Tout sur ma mère offre un formidable « one woman show » à Tilda Swinton, que sa caméra adore et magnifie. L’actrice est fabuleuse en femme qui attend en vain son amant au rythme de la musique « herrmannesque » d’Alberto Iglesias. À la Cinémathèque dès le 12 mars.