«Tu aurais dû t’en aller»

Photo: Éditions Actes Sud, photomontage «Le Devoir»

Certains éléments de cette novella de Daniel Kehlmann (Moi et Kaminski, 2004) évoquent un roman culte de Stephen King revisité avec maestria par Stanley Kubrick, l’extrême violence en moins : un chalet isolé en montagne, au cœur de l’hiver, un scénariste en panne d’inspiration, sa femme, actrice de plus de 40 ans sur le déclin, et leur fillette de quatre ans. Tandis que le couple s’étiole et que le scénario stagne, l’homme semble perdre pied avec la réalité : « Et en effet, nous avions quitté le salon mais la porte par laquelle nous étions sortis nous avait ramenés dans le salon. » Les éléments surnaturels se multipliant, le narrateur poursuit la rédaction de son journal où s’accumulent les phrases laissées en suspens. Alliant aisément les codes de l’horreur et du fantastique, qu’il saupoudre d’une bonne dose d’humour noir, créant une atmosphère d’une étrangeté envahissante et une imagerie gothique, l’auteur signe un récit efficace et mordant sur la difficile conciliation travail-famille.

 

 

Tu aurais dû t’en aller

★★★ 1/2

Daniel Kehlmann, traduit de l’allemand par Juliette Aubert, Actes Sud, Paris, 2021, 91 pages

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