Matthieu Pepper, l’humoriste à qui l’on dit merci

Matthieu Pepper signe cet hiver chez Noovo sa première comédie de situation, «Entre deux draps», une immersion dans la chambre à coucher de quatre couples et d’un duo de colocs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Matthieu Pepper signe cet hiver chez Noovo sa première comédie de situation, «Entre deux draps», une immersion dans la chambre à coucher de quatre couples et d’un duo de colocs.

« J’aimerais aussi remercier Matthieu Pepper, pour aucune raison, mais je l’adore ce gars-là », lançait Alexandre Barrette en 2019 en cueillant un Olivier, une blague que reprendront au cours du même gala Pierre Hébert, Lise Dion et Mike Ward. Le nom de Matthieu Pepper, jeune humoriste alors plutôt inconnu du grand public, n’avait jamais été autant prononcé à la télévision en si peu de temps, signe manifeste de la sympathie dont il est l’objet chez ses camarades.

Signe manifeste, sauf pour le principal intéressé. « Je ne comprenais pas pourquoi ce vieux running gag là entre Alex et moi prenait cette ampleur. Puis Lise [Dion] est venue me parler pendant une pause et c’est là que j’ai dû m’avouer que si les gens embarquaient dans la joke, c’est parce qu’ils [longue hésitation] m’aimaient ? »

Fils d’un père ayant œuvré comme accompagnateur spirituel auprès de personnes en fin de vie, celui que tout le monde appelle tout simplement Pepper tient la barre d’une soirée dans l’intimité d’un bar d’Ahuntsic lorsque François Bellefeuille lui propose, en 2015, de devenir un des animateurs en résidence du Bordel Comédie Club, une tribune lui ayant permis de raffiner son personnage de proverbial bon diable, dont on s’imagine rapidement devenir l’ami.

« Mike Ward m’a déjà dit : ça prend du temps de glace pour apprendre à faire de l’humour et au Bordel, j’ai eu beaucoup de temps de glace. C’est aussi là que je me suis rendu compte que le fait que je sois un chubby sympathique me permettait parfois d’aller plus loin que les autres. »

S’il prononce désormais l’expression “chubby sympathique” avec désinvolture, Matthieu Pepper n’a pas toujours été celui qui badine avec son gabarit. « J’ai commencé à faire des jokes sur mon poids, j’avais 22, 23 ans, confie le trentenaire. Avant, une présentation comme “On va tester la solidité de la scène avec le prochain humoriste”, ça me faisait vraiment de la peine. Mais à un moment donné, j’ai commencé à comprendre que si j’acceptais ma différence, tout irait mieux. »

Matthieu Pepper signe cet hiver chez Noovo sa première comédie de situation, Entre deux draps, immersion dans la chambre à coucher de quatre couples et d’un duo de colocs. « J’ai insisté pour qu’on montre Thomas [personnage qu’il incarne] en bédaine dans des moments banals », sans que l’objectif de la scène consiste précisément à célébrer le corps dit atypique et sans qu’il y ait forcément de gag à la clé.

« La télé devrait refléter la société au grand complet. Faut arrêter de montrer juste des personnes correspondant aux critères traditionnels de beauté, sous leur meilleur jour, parce que si on n’en voit pas, des gros à la télé, c’est comme s’ils n’existaient pas. Tout le monde a déjà vu un gros en bédaine à la plage. Je ne comprends pas pourquoi ça ne se pourrait pas à la télé. Plus on va voir de corps différents, moins on va en faire un cas à chaque fois. »

Une réflexion à poursuivre

Le 24 septembre 2019, Matthieu Pepper montait sur la scène du Monument-National en lever de rideau de la première médiatique de Julien Lacroix. Quelques mois plus tard, en juillet 2020, une enquête du Devoir rapportait les témoignages de neuf femmes disant avoir été victimes d’agressions ou d’inconduites sexuelles de la part de l’humoriste. Un sujet par rapport auquel Matthieu Pepper a longtemps préféré garder le silence.

« J’avais l’impression de ne pas avoir grand-chose à apporter, puis j’ai écouté l’entrevue de Virginie Fortin à Deux hommes en or [dans laquelle elle déplorait qu’on ne demande qu’à des femmes de commenter la question des inconduites sexuelles] et elle a raison : c’est niaiseux de leur laisser ce fardeau-là », dit celui qui se qualifie d’allié des femmes, mais qui n’a pas rompu les ponts avec Julien Lacroix, au nom de « valeurs personnelles » de fidélité à un ami qui affirme s’être engagé dans une démarche d’introspection et de changement. Lacroix écrivait sur les réseaux sociaux, en janvier dernier, soigner divers problèmes de dépendance.

« Que des boîtes de production abandonnent un artiste à la seconde où il est dénoncé, je t’avoue que ça me dérange », poursuit-il en dressant le portrait d’un milieu où « tout le monde est là tant qu’il y a de l’argent à faire et pas là quand t’as besoin d’aide ».

« Je n’ai pas encore de solutions précises pour la suite, conclut-il, mais pour moi, ça passe beaucoup par l’éducation. Ce n’est pas normal qu’au secondaire on ne dise pas aux jeunes, que, par exemple, si t’enlèves ton condom pendant le sexe sans le dire à ta partenaire, c’est un viol. Il faut qu’on arrête d’enseigner la sexualité à demi mots. »

D’ici là, Pepper présente dès jeudi Riez local avec Pep, une série virtuelle de six soirées d’humour réunissant des collègues actuellement privés des cachets qu’ils récoltent d’habitude en faisant la tournée des bars.

Pour un Martin Matte n’ayant (probablement) pas trop de mal à payer son hypothèque, il existe des dizaines et des dizaines de recrues du rire qui se demandent depuis mars 2020 comment régler leur loyer (une situation dans laquelle l’animateur se serait lui-même retrouvé n’eût été d’Entre deux draps). Ils seront donc à nouveau quelques-uns à pouvoir remercier Matthieu Pepper, mais cette fois-ci, pour de vraies raisons.

 

À voir en vidéo

Riez local avec Pep

Les 11, 12 et 13 mars, à 19 h 30 et 21 h,

à matthieu pepper.com