Spectaculaire confusion en zone orange

«Pour l’instant, la Sûreté du Québec me répond que je ne peux pas ouvrir ma salle à cause du permis de bar, mais ils ne sont pas certains à 100% », explique Sam Gingras, le gérant du Café du Clocher à Alma.
Photo: Café du Clocher d'Alma «Pour l’instant, la Sûreté du Québec me répond que je ne peux pas ouvrir ma salle à cause du permis de bar, mais ils ne sont pas certains à 100% », explique Sam Gingras, le gérant du Café du Clocher à Alma.

À quelques jours de l’assouplissement des règles de confinement pour les lieux de culture en zone orange, une douzaine de petites salles de spectacles ne savent toujours pas si elles seront autorisées ou non à présenter des concerts musicaux devant public. Leur statut particulier et le flou entourant des consignes inquiètent les gestionnaires de ces salles, qui craignent de devoir annuler les concerts annoncés, au grand dam des musiciens et du public.

La salle de spectacle Les Pas perdus de Cap-aux-Meules, aux Îles-de-la-Madeleine, a programmé le groupe Alaclair Ensemble vendredi à 19 h 30, jour où le gouvernement Legault permettra le retour des concerts devant public, sous conditions établies par la Santé publique. Or, « il y a un très grand flou » qui plane sur la tenue du spectacle, déplore Josianne Cormier, copropriétaire de la petite salle de spectacle multifonctionnelle — on y trouve également une galerie d’art et un restaurant.

Les petites salles de spectacle devront déjà composer avec une série de mesures étouffant leur rentabilité : un couvre-feu fixé à 21 h 30, forçant les artistes à commencer leurs spectacles plus tôt que normalement. Une capacité d’accueil restreinte par l’imposition d’une distance de 1,5 m entre les spectateurs, qui ne peuvent être plus de deux par bulle (la bulle pouvait compter six personnes en zone orange l’automne dernier). Tous les spectateurs doivent conserver leur masque, même lorsqu’ils sont assis ; or, c’est premièrement la question des sièges qui cause du souci aux propriétaires de salles.

Une salle ne possédant pas de sièges fixés au sol, comme au cinéma ou dans les grands théâtres, par exemple, sera-t-elle autorisée à accueillir le public dès le 26 février ? « C’est là que ça devient flou pour nous », dit Josianne Cormier, qui s’adressera à la Sûreté du Québec si le ministère de la Culture et des Communications n’éclaircit pas la question. « J’ai l’impression qu’ils ne seront pas davantage au courant, pressent la copropriétaire, parce que même au niveau de la Santé publique [dans la région], on ne le savait pas. Lorsque le gouvernement a annoncé en janvier qu’on aurait le droit de rouvrir en zone orange à partir du 26 février, on devait pouvoir le faire en respectant les consignes en vigueur l’automne dernier ; là, au fur et à mesure où ça avance, les consignes ont l’air de changer », par exemple sur l’obligation de porter le masque en tout temps.

Le statut de bar

Vient ensuite la question du permis délivré aux salles de spectacle, qui offrent souvent un service de restauration et de bar. À Alma, Sam Gingras, le gérant du Café du Clocher, une salle d’une capacité de 250 réduite à 30 en temps de pandémie, possède un permis de restauration pour une partie de son établissement, puis un permis de bar et de diffusion de spectacles pour sa salle. « Pour l’instant, la Sûreté du Québec me répond que je ne peux pas ouvrir ma salle à cause du permis de bar, mais ils ne sont pas certains à 100 %. C’est très très flou pour l’instant. Je pense que c’est le permis de vente d’alcool qui mélange tout. Moi, j’ai annoncé des spectacles quand même, mais si on voit qu’on ne peut pas les présenter, je devrai rembourser tout le monde. » Le Café du Clocher présente en moyenne une soixantaine de spectacles musicaux par année.

« Ça aiderait tout le monde de savoir concrètement qui a le droit d’accueillir le public », dit Jon Weisz, fondateur et directeur général du regroupement d’une cinquantaine de petits lieux de spectacle Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ), qui tente toujours d’obtenir des réponses claires des autorités. « On voudrait s’assurer que nos salles, en raison de leurs structures organisationnelles, ne sont pas exclues de ces mesures » de déconfinement.

La confusion qui règne touche au cœur des revendications de SMAQ qui, depuis trois ans, tente de sensibiliser le ministère de la Culture et des Communications du Québec aux conditions complexes dans lesquelles ses membres doivent fonctionner. « Les critères fixés pour assurer la réouverture des lieux de culture sont extrêmement mal adaptés à notre réseau, et c’est symptomatique d’un problème beaucoup plus profond, celui du manque de reconnaissance des petits lieux de culture », et ce, même si des membres de SMAQ ont pu obtenir une aide d’urgence de la SODEC pendant la pandémie. « Le problème est que lorsque le gouvernement permet aux lieux de diffusion de rouvrir, ce qu’il a en tête, c’est la réouverture du grand théâtre de la région, pas des petits lieux de spectacle, qui présentent pourtant une quantité énorme de concerts de musique. »

Contacté par Le Devoir, le ministère de la Culture et des Communications a simplement affirmé être en relation avec ses différents partenaires sur le sujet et espère fournir des réponses à ces questions rapidement.