Des associations d’artistes «implorent» Legault de rouvrir les salles de spectacle

Des artistes se sont réunis jeudi dernier près du métro Papineau pour revendiquer la possibilité de rouvrir les lieux de diffusion des arts vivants.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Des artistes se sont réunis jeudi dernier près du métro Papineau pour revendiquer la possibilité de rouvrir les lieux de diffusion des arts vivants.

Six regroupements d’artistes, de travailleurs de la culture et de salles de spectacle ont demandé lundi d’une voix commune la réouverture de ces lieux. Une réouverture recommandée par la Santé publique depuis le 22 octobre dernier, mais que le gouvernement a laissée sans suite jusqu’à maintenant, sans expliquer la raison de sa décision. « Le milieu a réellement besoin d’un signal clair de la part du gouvernement, peut-on lire dans le communiqué de presse. Nous implorons M. Legault d’exprimer rapidement ses intentions quant à la réouverture des salles de spectacle. »

Le président-directeur général de la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec, Luc Fortin, ne cache pas, en entrevue téléphonique, une certaine frustration. « On est persuadés que ça peut bien fonctionner, les spectacles ; et la Santé publique est d’accord. On s’en doutait, car, nous, on savait qu’il y a eu zéro éclosion dans les salles. Maintenant, on a la preuve que ce n’est pas une demande de la Santé publique. » Rappelons que, vendredi dernier, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, dévoilait une série d’avis écrits faits au gouvernement. La réouverture des salles de spectacle s’y trouve. « Ce qui est frustrant, poursuit M. Fortin, c’est que, pendant tout ce temps-là, presque un an sans travail, on a l’impression d’avoir été sacrifiés pour faire passer des messages à la population. Alors qu’on aurait pu faire notre métier de façon sécuritaire. On a l’impression d’être oubliés, d’être abandonnés. »

L’Union des artistes (UDA), la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN), l’Association professionnelle des arts de la scène du Québec, les Travailleuses et travailleurs regroupés des arts, de la culture et de l’événementiel et l’Association québécoise des auteurs dramatiques (AQAD) sont cosignataires. Ils souhaitent que le gouvernement agisse pour que les artistes puissent retrouver leurs publics. « Notre secteur demeure le plus touché par la pandémie », rappellent les associations, qui estiment que « plus le secteur attend sa réouverture, plus il sera difficile de le relever ».

Des spectacles sous couvre-feu ?

Le gouvernement doit faire preuve de flexibilité, disent encore les regroupements. Pour Pascale St-Onge, présidente de la FNCC–CSN, cela signifie de la souplesse dans les programmes d’indemnisation aux diffuseurs, « afin de permettre des ouvertures immédiates ou ultérieures adaptées à la réalité de chacune des productions. L’aide financière doit se poursuivre, tant pour les productions qui pourront reprendre rapidement », écrit-elle dans le communiqué, « que pour celles qui prendront plus de temps à pouvoir retrouver leur public ».

Une des craintes actuelles de certaines salles, c’est de voir les mesures d’aide financière disparaître entièrement lorsque la réouverture sera annoncée. Au téléphone, Mme St-Onge poursuit en donnant l’exemple du couvre-feu, qui rend la réouverture des salles de spectacle bien compliquée. « Les billets pourraient servir de sauf-conduits, qui permettraient aux spectateurs de rentrer chez eux sans problème après le spectacle », propose-t-elle. Une pratique qui est appliquée en Europe actuellement. « Ou le couvre-feu pourrait être reporté à 21 h ou à 21 h 30 », une petite heure qui ferait toute la différence pour les salles.

« Sans fermer le secteur complet, serait-il possible d’ouvrir les lieux de diffusion et de les fermer à la pièce si une éclosion devait survenir, comme c’est le cas dans la plupart des autres milieux de travail ou scolaires ? » demande de son côté, par le truchement du communiqué, la présidente de l’UDA, Sophie Prégent.

La directrice générale de l’AQAD, Mare-Ève Gagnon, rappelle que la diversité des arts est telle que « si certaines productions majeures ne sont pas encore prêtes à se produire, il y a une foule d’autres types de représentations qui pourraient s’adapter et aller à la rencontre du public rapidement. Rien ne nous empêche, collectivement, d’y aller étape par étape. Le gouvernement doit nous aider à reprendre le travail ».

La ministre de la Culture, Nathalie Roy, a dit comprendre la frustration du milieu des arts de la scène. « Nous avons tous hâte de pouvoir retourner en salles pour voir nos artistes et nous savons qu’ils ont hâte de retourner au travail. Par contre, avec la présence de variants, il faut redoubler de prudence. » Une rencontre a eu lieu vendredi dernier avec les 12 organismes du Groupe de travail sur la fréquentation des arts de la scène, qui « a réitéré son besoin de prévisibilité afin de monter des productions, de promouvoir les projets et de vendre des billets ».

Au ministère de la Santé, le relationniste Robert Maranda a rappelé que la Santé publique recommande des solutions pour permettre un retour des activités et minimiser la propagation du virus. « Ces recommandations sont essentielles pour maintenir une marge de manœuvre malgré la reprise des activités, pour faire face aux potentiels rebonds. C’est pourquoi il n’est pas possible de vous donner un horizon de temps pour l’ouverture des salles de spectacle. »

Avec Mylène Crête

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