«Effets spéciaux!»: une exposition qui fait effet au Musée de la civilisation à Québec

L’exposition «Effets spéciaux !» a d’abord été conçue par la Cité des sciences et de l’industrie à Paris.
Photo: ICONE L’exposition «Effets spéciaux !» a d’abord été conçue par la Cité des sciences et de l’industrie à Paris.

Eh bien non : le héros du film Histoire de Pi n’a pas réellement combattu un tigre à bord de son frêle esquif, et l’océan déchaîné sur lequel il naviguait était en réalité une grosse piscine. Marion Cotillard subissait chaque matin des heures de maquillage pour avoir la tête d’Édith Piaf dans le film La môme, et les notes mi, fa, évoquant l’approche du requin dans le film Les dents de la mer sont tirées de Pierre et le Loup, de Prokofiev. Elles ont aussi été utilisées dans plusieurs films d’Hitchcock.

C’est entre autres ce qu’on apprend en parcourant l’exposition Effets spéciaux !, qui prend l’affiche au Musée de la civilisation, à Québec, après deux reports pour cause de pandémie. Le septième art s’y dénude, le temps d’une visite, pour dévoiler ses trucs.

« Vous ne verrez plus le cinéma de la même façon », promet le directeur du musée, Stéphan Laroche.

Par effets spéciaux, on entend par exemple les effets visuels ou sonores, les images de synthèse, l’arrêt sur image ou l’animatronique, les maquettes, les cache-contrecache, l’action ralentie ou l’incrustation qui permet à l’impossible de prendre place sur écran. L’expo nous introduit à leur conception aux étapes du bureau, du plateau et du studio. Charlie Chaplin ne disait-il pas que « ça n’est pas la réalité qui compte dans un film, mais ce que l’imagination peut en faire » ?

Cette exposition a d’abord été conçue par la Cité des sciences et de l’industrie à Paris. Elle a cependant été bonifiée de tout un segment ici, témoignant de l’apport remarquable de l’industrie québécoise dans le domaine.

Avec des studios comme RodeoFX, les créateurs d’effets spéciaux du Québec sont à l’avant-scène internationale. Mais c’est depuis les années 1950 que le Canada se présente comme chef de file dans le domaine du cinéma, notamment par le travail de l’ONF en animation, raconte Éric Falardeau, auteur du livre Une histoire des effets spéciaux au Québec, publié aux éditions Somme toute. M. Falardeau a travaillé comme expert de contenu pour cette exposition.

Vous ne verrez plus le cinéma de la même façon

 

L’expo prend pour exemple le film Notre univers, de Roman Kroitor et Colin Low, produit par l’ONF en 1960, qui a fortement influencé Stanley Kubrick au moment de la création de 2001, L’odyssée de l’espace. Kubrick aurait alors proposé à l’ONF de collaborer avec lui, mais celui-ci aurait décliné l’offre, raconte Éric Falardeau. Les productions de l’ONF ont aussi influencé des producteurs comme Federico Fellini et George Lucas, apprend-on.

La Société Radio-Canada, qui a développé à partir des années 1950 une expertise, notamment en matière de maquillage, de décors et d’effets spéciaux, est aussi à la base de l’essor de cette industrie d’ici. À ce chapitre, il est fascinant de voir la petitesse de la maquette du Pélican, qui représentait le navire de la série D’Iberville, diffusée en 1967-1968, et que l’on tournait vraisemblablement en gros plan, dans une cuve, sur fond de paysage sauvage…

En cours de route, on présente aussi des versants du travail de créateurs qu’est le réalisateur Roger Cantin, le créateur de prothèse Érik Gosselin, dont le loup-garou à la gueule bavante, créé pour la série canado-américaine Being Human, donne froid dans le dos, même exposé sous verre. On voit les étapes de transformation de la tête de l’acteur Jeff Goldblum par Stephan Dupuis dans le film La mouche, de David Cronenberg (1986), ou les dessins du langage extraterrestre utilisé, créés par Martine Bertrand pour Premier contact, de Denis Villeneuve, en 2016.

Photo: ICONE

Reste que la réalité, même en pleine création d’effets spéciaux, n’est jamais bien loin. Différentes expériences proposées dans l’expo expliquent comment on se sert de comédiens pour inspirer les mimiques ou les démarches attribuées à des animaux dans des films d’animation, par exemple. Car les machines ont encore besoin des humains pour reproduire des émotions.

L’exposition originale s’est également enrichie à Québec de la fascinante collection d’objets cinématographiques provenant du fonds François Lemai de l’Université Laval et qui regroupe un zootrope, un ancien projecteur cinématographique, une lanterne magique et un fantascope.

Impossible de parler d’effets spéciaux sans mentionner Georges Méliès, autant cinéaste que magicien, qui réussissait à transformer une dame en squelette et créait les « films à trucs » quelques mois seulement après l’invention du cinématographe, en 1896. Les visiteurs de l’expo sont d’ailleurs invités à expérimenter ses techniques d’arrêt sur image, ainsi que plusieurs autres méthodes de création d’effets cinématographiques, pour créer leur propre bande-annonce en fin d’exposition.

Pour ceux qui ne pourraient pas se rendre au musée pour voir l’exposition durant la semaine de relâche, le musée a fabriqué une Boîte à effets, « avec du contenu à réaliser à la maison », qu’on peut se faire livrer, depuis les quatre coins du Québec.

Le Devoir était invité par le Musée de la civilisation à Québec.

 
 

Une version précédente de cet article, dans laquelle les noms de Marion Cotillard et Roman Kroitor étaient mal orthographiés, a été modifiée.

Effets spéciaux !

Musée de la civilisation à Québec. Jusqu’au 25 avril 2021