Deep Freeze, l’événement albertain qui n’a pas froid aux yeux

Les contes et le violon étaient les thèmes principaux du Deep Freeze 2021.
Photo: Epic Photography Les contes et le violon étaient les thèmes principaux du Deep Freeze 2021.

Célébrer les cultures franco-canadiennes, ukrainienne et métisse par – 40 degrés, c’est ce que proposait le festival Deep Freeze, le festival d’hiver byzantin, qui s’est tenu du 5 au 14 février, à Edmonton. Un événement qui a apporté, comme chaque année, un peu de joie de vivre aux Albertains, même en pleine pandémie de COVID-19.

« Des nez qui coulent, des joues écarlates et de grands sourires », rapporte la fondatrice, Christy Morin. Les Albertains ont répondu présents le week-end pour vivre une expérience sensorielle, haute en lumière, en son, en couleur, en histoire, mais aussi en basse température. « On a trouvé des façons de vivre dans un vortex polaire, et ce, en pleine pandémie », lance en riant l’organisatrice à la tête de ce festival depuis 14 ans. Cette année, quelque 120 bénévoles ont bravé le froid, afin de permettre à Deep Freeze de s’incarner pendant presque dix jours.

Avec les restrictions sanitaires, même le mot festival ne pouvait être employé, synonyme de rassemblement, pour être finalement remplacé par événement.

L’année 2021 fut tout un exercice de style pour l’équipe organisatrice, Arts on the Ave, afin de repenser le concept. Habituellement, l’événement se tient dans la 118e Rue, sur une étendue de cinq pâtés de maisons. Cette année, les organisateurs ont opté pour le parc Borden, un espace ouvert, idéal pour respecter les règles de distanciation, devenu le temps de l’événement, une forêt enchantée. « Trouver de la beauté au beau milieu de l’épidémie », explique l’organisatrice, c’était ça l’objectif.

Place au rêve et à la fantaisie

C’est dans un monde presque onirique que, à la nuit tombée, les visiteurs ont pu découvrir, émerveillés, une baleine géante de 4,5 mètres, aux nuances bleuâtres, logée en haut d’un arbre et donnant l’impression de flotter dans les airs. Les contes et le violon étaient les thèmes principaux du Deep Freeze 2021.

Des tipis, des contes audiovisuels, des sculptures de glace en forme de caribou géant jouant du violoncelle, un ours, un castor ou encore un cœur gigantesque à l’occasion de la Saint-Valentin, jalonnaient le chemin des visiteurs, tels des repères et des aventures à vivre, à admirer et à entendre.

La sculpture amiskwacîwâskahikan en caractère cri, qui signifie littéralement la colline du castor ou encore « Edmonton », célébrait les racines métisses. Historiquement, « notre quartier était un lieu de rassemblement pour les Autochtones et, par la suite, une zone d’accueil pour des nouveaux arrivants qui avaient fui la guerre de leurs pays d’origine », explique Christy Morin.

Pour poursuivre l’expérience sensorielle, des kaléidoscopes accrochés aux branches des arbres, au-dessus d’une clairière, projetaient sur le sol glacé un labyrinthe traditionnel autochtone. Quelqu’un rentrait, commençait son trajet avec un problème en tête et, une fois rendu au centre, il avait trouvé la solution.

Magie et francophonie

La programmation francophone a elle aussi fait des étincelles. Les contes et le violon, la thématique 2021 du festival, ont inspiré le directeur de la programmation francophone, Gaétan Benoît. « J’ai tout de suite pensé aux contes canadiens-français », explique-t-il. Son choix s’est très vite porté sur le conte populaire des marionnettes.

« C’est l’histoire d’un violoneux qui fait danser les aurores boréales avec son instrument de musique, et elles finiront par ensorceler son violon pour pouvoir continuer à danser », raconte-t-il.

Une image forte qu’il mettra en scène avec l’aide de Kevin Green, décorateur de théâtre, afin d’installer trois panneaux, illuminés et éclairés avec des poèmes. La poète et autrice Katrine Deniset a cassé les codes en revisitant le conte traditionnel, sous forme de onze haïkus, des poèmes japonais. Côté musique, le compositeur franco-albertain Raphaël Frénet aura travaillé sur la mélodie, avec comme partenaire le musicien interprète Daniel Gervais, artiste franco-albertain, dans le rôle du violoneux.

Dans la programmation francophone, on pouvait voir sur écran géant, au centre du parc, des spectacles de danses canadiennes-françaises, des contes racontés en français et même un party de cuisine présenté virtuellement en direct, sur Facebook.

Cette année, sept centres communautaires auront présenté aussi, en direct, un conte à l’image de la diversité du quartier, mais aussi de leur culture, soit des contes chinois, congolais, vietnamien, haïtien, népalais, du Moyen-Orient et salvadorien.

Cette année, pas moins de 20 000 personnes sont venues au Deep Freeze, malgré le froid et la pandémie.

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