À la recherche des traditions de la Nouvelle-Acadie

Avec Philippe Jetté, les jeunes de la classe de 1re année découvrent le patrimoine de leur village fondé par des Acadiens déportés en s’amusant à jouer à «Ma petite vache a mal aux pattes», à Roche, papier, ciseaux ou encore en dansant sur des airs folkloriques.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Avec Philippe Jetté, les jeunes de la classe de 1re année découvrent le patrimoine de leur village fondé par des Acadiens déportés en s’amusant à jouer à «Ma petite vache a mal aux pattes», à Roche, papier, ciseaux ou encore en dansant sur des airs folkloriques.

Dans la classe de 1re année de l’école Saint-Joseph, à Saint-Liguori, probablement que bien peu d’enfants savent que leur village a été fondé par des Acadiens déportés. Mais avec les ateliers que Philippe Jetté, calleur, musicien, conférencier, consultant, transmetteur, chercheur et amoureux de son patelin, vient d’entamer auprès d’eux, ils ne tarderont sûrement pas à l’apprendre. Déjà, jeudi dernier, les petits s’exerçaient à swinguer leur compagnie sur un air d’accordéon diatonique, et parions que le goût leur prendra de recommencer bientôt.

Mordu de patrimoine, Philippe Jetté vient de faire un don des archives qu’il collecte depuis plus de 16 ans à Archives Lanaudière, soit 3500 éléments issus des traditions orales, des informations sur l’histoire orale et des témoignages sur les pratiques traditionnelles. Son territoire, c’est la Nouvelle-Acadie, ou les villages de Saint-Jacques, Sainte-Marie-Salomé, Saint-Alexis et Saint-Liguori, dans Lanaudière, là où quelque 125 familles d’Acadiens déportés sont venues refaire leur vie entre 1759 et 1767. Et on le sait, les Acadiens chérissent précieusement leur patrimoine, eux qui ont été brutalement arrachés à leurs racines.

D’ailleurs, depuis 2018, la Maison de la Nouvelle-Acadie, à Saint-Jacques, propose aux visiteurs, durant la période estivale, de se familiariser avec les enjeux et le contexte particulier de la déportation des Acadiens. Et certains panneaux indiquant le nom de routes autour de Saint-Liguori portent les couleurs du drapeau acadien.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Pour compléter sa collection de surnoms, de chansons traditionnelles, de jeux ou de recettes, amassées au fil des ans, Philippe Jetté demandera, au cours des prochains mois, aux enfants de l’école primaire Saint-Joseph de collecter, auprès de leurs parents et de leurs grands-parents, les expressions des traditions préservées, dont il propose de faire des vidéos. « Qui permettront peut-être à vos descendants, dans des centaines d’années, de vous regarder jouer à la tague ! » dit-il aux élèves.

Parions qu’il s’y mélangera un peu de traditions d’ailleurs, la population de la petite école se gonflant rapidement, depuis quelque temps, d’une nouvelle clientèle fuyant la ville assiégée par la pandémie.

« Avant, je n’avais qu’une maternelle, maintenant j’en ai deux. J’ai 28 enfants en maternelle », dit le directeur de l’école, Robert Bergevin, qui témoigne du nouvel engouement des Québécois pour la vie à la campagne. À l’école Sainte-Marcelline, qu’il dirige également, l’école est passée de 115 à 152 élèves.

« Il y a des immigrants comme moi ! »dit Ernesto Castro, au patronyme latino-américain, animateur de vie spirituelle et d’engagement communautaire de l’école Saint-Joseph, qui s’est récemment déguisé, pour les jeunes, en Sifroid Hébert, l’un des signataires de la lettre réclamant la fondation de la paroisse de Saint-Liguori, en 1852, à monseigneur Bourget. « Le but, c’est de les sensibiliser. Mais déjà, en 4e année, ils voient l’histoire de la Nouvelle-France, et en 5e année, ils voient le régime anglais », dit-il.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Reste que plusieurs familles des villages de la Nouvelle-Acadie y sont installées depuis des générations. Et il n’est pas rare que des parents, quand ils viennent inscrire leurs enfants en maternelle, racontent qu’ils ont fréquenté cette école enfant, comme leurs parents l’ont fait avant eux. Parallèlement, Philippe Jetté mène un projet de collecte semblable auprès des adultes, par l’entremise du Centre d’art Diane Dufresne, à Repentigny.

Philippe Jetté a quant à lui abondamment documenté une pratique typiquement acadienne, encore en vigueur aujourd’hui, qui veut que l’on donne des surnoms. Cette pratique est particulièrement vivante à Sainte-Marie-Salomé, dont il est originaire.Joseph-Octave Fontaine racontait, en 1874, qu’on y rencontrait Baboche-à-Pierre-à-Pierre-à-Pierriche-à-Pierre-à-la Veuve, ou la Louise-à-Jos-à-Jos. À l’époque, on appelait le village Bas-du-Ruisseau-Vacher. Philippe Jetté a même découvert dans sa collecte que le curé de Sainte-Marie-Salomé possédait lui aussi plusieurs surnoms : La Poule, Couffin, Image, Le p’tit Jésus, ou Cantouque.

Plus précisément, Philippe Jetté s’est notamment intéressé aux legs de musiciens comme le chanteur Yves Marion, l’accordéoniste Maurice Beauchamp, ou à l’héritage musical remarquable de la famille Brien. Grâce à ses enregistrements, 230 personnes vont survivre au temps, dit-il. Mais les pratiques traditionnelles, elles, devront bien se trouver une relève pour exister.

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