Les industries culturelles asphyxiées par la COVID-19

Les musées rouvriront partout au Québec à partir du 8 février prochain.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les musées rouvriront partout au Québec à partir du 8 février prochain.

Alors que le Québec rouvre tout doucement certains de ses lieux culturels, les études s’accumulent et les chiffres, d’où qu’ils viennent, confirment la tendance : la pandémie de COVID-19 a mis à genoux la culture occidentale et ses industries. Vient le reconfirmer La culture pour reconstruire l’Europe, une méga-étude du cabinet d’audit EY qui couvre 28 pays de l’Union européenne. Ailleurs comme ici, et ici comme ailleurs.

En 2020, « l’économie culturelle et créative fait partie des secteurs les plus affectés par la crise en Europe », lit-on dans le résumé en français de l’étude, derrière le secteur du transport aérien. Les industries culturelles et créatives (ICC) ont connu avec des chiffres d’affaires de -31 %, des pertes supérieures à celles qui ont été subies par les secteurs du tourisme et de l’automobile (respectivement -27 % et –25 %). Un effondrement de près de 199 milliards d’euros par rapport à 2019.

La grande majorité des dix disciplines analysées sont touchées de manière inégale — architecture, arts visuels, audiovisuel, jeu vidéo, livre, musique, presse, publicité, radio et spectacle vivant. Seuls les jeux vidéo restent debout, avec une croissance de chiffres d’affaires d’environ 9 %.

31%
C’est la baisse des chiffres d’affaires des industries culturelles et créatives, des pertes supé rieures à celles qui ont été subies par les secteurs du tourisme et de l’automobile.

Le spectacle vivant et la musique mangent le gros de la claque, avec des baisses de 90 % et de 76 % entre 2019 et 2020. Les « arts graphiques, l’architecture, la publicité, les livres, la presse et l’audiovisuel font face à des baisses de -20 % à -40 % de chiffre d’affaires par rapport à 2019 », spécifie l’étude.

Se comparer sans se consoler

Difficile de comparer avec le Canada, note le directeur, recherche et développement de l’Association canadienne des organismes artistiques, Frédéric Julien. Les données de Statistique Canada sur lesquelles il appuie ses analyses mensuelles et celles qui fondent l’étude d’EY sont assez différentes pour dire que l’on comparerait des oranges et des caniches.

Rappelons qu’ici, le secteur des arts, du spectacle et des loisirs a perdu plus d’emplois que tout autre secteur en 2020, avec une baisse de 25,4 %, soit 114 400 emplois perdus. M. Julien note toutefois, lisant l’étude EY, que l’édition semble s’en être mieux tirée au Canada qu’en Europe. Et les arts de la scène au Canada, en établissant un ratio entre données semblables, lui semblent « avoir été au moins aussi durement touchés qu’en Europe, sinon plus. »

En Europe, « les dépenses des consommateurs dans les contenus, services et œuvres en ligne ne compensent pas la perte de revenus liée à la baisse des ventes physiques (livres, presse, CDs…) et les événements physiques dans la plupart des secteurs. » Pour M. Julien, il s’agit d’une vérité du monde du spectacle : « Les organismes en arts de la scène qui se sont lancés dans la diffusion en ligne n’ont réussi à tirer leur épingle du jeu que grâce à la subvention salariale et aux autres mesures de soutien. » Il note aussi que l’effet des redevances de droits d’auteurs non perçues en 2020 ne frappera vraiment les ayants droit qu’en 2021, puisqu’il s’écoule toujours du temps entre la perception et la distribution. En Europe, la chute des droits collectés est estimée à -35 %.

« Les restrictions sanitaires ont atteint les secteurs culturels dans toutes leurs dimensions », évalue EY. « Fermeture des lieux culturels et de spectacles, restrictions sur les ventes physiques, augmentation des coûts et des délais, réduction de la capacité à investir. Nous estimons que cette situation perdurera bien au-delà de l’année 2020, au regard des mécanismes d’investissements et de rémunération des acteurs de la filière. »

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