Bilan - Un 37e festival d'été de Québec imperméable

Vantant les mérites de leur programmation «waterproof», les dirigeants du Festival d'été de Québec se réjouissaient hier d'avoir connu cette année une hausse d'affluence en dépit de pluies persistantes. Heureux bilan à l'heure de la segmentation des publics.

Neuf cent mille personnes (150 000 de plus que l'an dernier), 100 000 macarons vendus (hausse de 30 %), des dizaines de milliers de spectateurs pour les Bérurier Noir, Wyclef Jean et Helmut Lotti... Ces nouvelles étaient d'autant plus positives qu'il s'agissait d'une année charnière pour le festival. Confrontée à une baisse de l'achalandage l'an dernier, l'organisation avait entrepris un vaste exercice de réflexion pour contrer ce qu'elle considérait comme le début d'un déclin. Est ressorti de cet examen de conscience un festival misant avec succès sur la segmentation des publics, avec du hip-hop de haut niveau pour aller chercher les ados (Sniper, Kool Chen, Wyclef Jean, Muzion), des spectacles «hommage» pour aller chercher les baby-boomers (hommages à Jean-Pierre Ferland, Daniel Lavoie, Ville Émard Blues Band, Stéphane Venne) et des exclusivités internationales à la Bérurier Noir pour attirer les fans. Rappelons quand même que, au nom de cette logique, on nous a aussi servi la crème de la crème du «quétaine» avec Star Académie, Wilfred en solo, Helmut Lotti et les autres. Ceux qui, comme l'auteure de ces lignes, y ont vu un gaspillage de scènes n'avaient qu'à aller se soulager en d'autres lieux avec Tarmac, Violent Femmes, Wyclef Jean, le volet des musiques du monde de la Place d'Youville ou encore le nouveau festival off. Le festival suit tout simplement la pyramide démographique et, comme toute entreprise à vocation populaire, il cherche à rejoindre toutes les clientèles et tous les segments d'âge. Chacun a sa case horaire et sa place... Le soir de l'hommage à Daniel Lavoie sur les plaines, par exemple, on avait séparé le parterre en deux avec, d'un côté, une zone réservée aux chaises pliantes et, de l'autre, un... parterre. Yann Perreau, qui s'acquittait de la première partie, s'est retrouvé devant une foule composée surtout de chaises vides à gauche et de gens debout à droite. On aura beau dire, ça fait drôle.

Les honneurs pour Mononc'Serge & Anonymus, Muzion et Tryo

La remise des prix Miroir hier a témoigné par ailleurs de la qualité de nombreux spectacles présentés cette année. Présidé par le producteur montréalais Claude Larivée, le jury, composé d'Éloi Painchaud, Jérôme Minière, Olivier Mees et Marie-Laure Béraud, a décerné deux prix Miroir de la chanson d'expression française, ex aequo, à Mononc'Serge & Anonymus et à la formation hip-hop Muzion, qui a joué en première partie de Wyclef Jean. Le Miroir des musiques et traditions du monde a pour sa part récompensé la formation africaine Desert Blues. Un scrutin public mené par Rythme FM a en outre couronné le spectacle de Jean-Pierre Ferland, qui avait rassemblé plus de 10 000 personnes sur les plaines sous la pluie, le premier soir du festival. Quant au Miroir de l'artiste d'ici, qui vise des artistes émergents, il a été remis à la formation Taïma, qui combine folk occidental et tradition inuite. Enfin, le Coup de coeur du jury est allé à Tryo, un groupe français généreux sur scène et engagé socialement qui connaît déjà un grand succès au Québec.

Le off

Parce que c'était le premier et qu'on en a quand même beaucoup parlé, un petit bilan du off s'impose. Annoncé à la dernière minute avec un budget minimaliste, l'événement, qui s'est terminé samedi, a réussi à attirer en trois jours un public assez large pour que son retour s'impose l'an prochain. Lors de la soirée techno à Rouje, vendredi soir, on dessinait dans la buée des fenêtres, tant il y avait du monde et de la chaleur. Il faudrait d'ailleurs trouver un endroit plus grand et avec plus d'air pour l'équivalent l'an prochain. Côté musical, ce fut une déception de ne pas entendre le duo Crackhaus. Tout cela à cause d'une bête histoire de bière renversée sur un ordinateur... On a en outre eu droit à une belle découverte dans l'univers planant de Patrick Watson, la veille. Martha Wainwright a aussi livré dans l'ensemble une belle prestation, le samedi soir. En revanche, on se demande toujours ce que le Glitter Soul Orchestra faisait là, à moins de voir leur passage au off comme une performance d'humour absurde — un chanteur sans voix, des choristes qui faussent, un tempo qui s'abandonne... J'imagine qu'à 17 musiciens c'est difficile de trouver des moments où tout le monde est disponible pour pratiquer... Ironiquement, ce genre de déception est presque une preuve de la pertinence du off dans le contexte actuel, soit une petite machine qui peut se permettre des invités plus étranges, risqués et susceptibles de nous surprendre, en bien ou en mal.