Just for laughs - Divertissement à l'air du temps

Le jeu est un peu stupide. Mais tellement de son époque. Baptisé par la frange anglophone de ce monde «Googlewhack» (traduction plus que libre: »perte de temps en piochant sur Google»), il consiste à entrer, dans le célèbre moteur de recherche sur Internet, Google, deux mots clés, sans accent ni guillemet, jusqu'à ce que la combinaison livre comme résultat une seule et unique adresse qui lui est associée.

Hautement improductive et un brin «addictive», l'activité est périlleuse, avec un succès évalué à une chance sur trois milliards, selon ses adeptes, les mots sélectionnés devant en effet tous être contenus dans le dictionnaire de Google et le site apparaissant ne pas être une énumération de mots clés, comme il en existe beaucoup dans le cyberespace. Le tout pour de longues et inutiles heures de plaisir, qui se retrouvent aujourd'hui au coeur du spectacle humoristique de Dave Gorman, présenté dans le cadre de la branche anglo du Festival Juste pour rire, Just for Laughs.

Dave Gorman's Googlewhack adventure, c'est son titre, est un récit authentique, paraît-il. Un récit qui prend naissance le jour des 31 ans de ce comédien britannique, très bien connu des téléspectateurs sujets de Sa Majesté la Reine.

Avec en tête l'idée d'écrire un livre, Dave se voit accorder une avance par un éditeur. Mais son immaturité — c'est lui qui l'avoue — l'amène à l'utiliser autrement: s'abandonner au Googlewhacking, plutôt que de se faire aller les méninges pour pondre son premier bouquin, et... voyager à travers le monde à la rencontre des responsables de sites Internet qui s'avèrent être des Googlewhacks! Tout simplement.

Cette quête de l'absurde, un défi lancé par l'homme qui lui a fait découvrir ce jeu sans grand intérêt, sera productive et le conduira de l'Angleterre à la France en passant par les États-Unis, la Chine et même l'Australie. Preuve à l'appui: ses cartes d'embarquement et les photos des propriétaires de ces sites étant présentés durant tout le spectacle sur l'écran géant qui décore, avec un ordinateur portable, la scène du Centaur où Dave officie tous les soirs.

Appuyée par une présentation Powerpoint — comprendre: des acétates électroniques — dynamique et drôle, l'aventure est rocambolesque, avec un départ en chien sur une première prise: un site obtenu avec les mots-clés «Dork» (abruti) et «Turnspit» — c'est le nom d'une race canine — dédié aux photos de femmes accompagnées de pitous. Un recoin ridicule du cyberespace qui lui permettra alors d'en découvrir un autre, puis un autre, avec un objectif clair: rencontrer 10 Googlewhacks avant son 32e anniversaire, le 2 mars de l'an 2003.

Et on se laisse embarquer par le talent de conteur de ce jeune idiot à l'accent du Sussex, sorte de Jackass édulcoré du monde réticulaire. Avec ses anecdotes croustillantes, son aversion pour la ville de Washington, ses commentaires loufoques sur les hommes et femmes derrière les Googlewhacks traqués sur le Net et sa justification de ce spectacle monté pour rembourser l'avance mal dépensée. Au final, ça ne fait pas forcément rire aux larmes, mais ça distrait pendant une heure et demie.

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- Dave Gorman's Googlewhack Adventure au The Centaur Theatre jusqu'au 25 juillet.