«L’amour crisse», libérateur cri du coeur de Louise Latraverse

La comédienne Louise Latraverse a fait sa déclaration choc à l’émission «En direct de l’univers», le 31 décembre, lorsque l’animatrice, France Beaudoin, a demandé à ses invités de quoi la COVID ne viendra pas à bout.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La comédienne Louise Latraverse a fait sa déclaration choc à l’émission «En direct de l’univers», le 31 décembre, lorsque l’animatrice, France Beaudoin, a demandé à ses invités de quoi la COVID ne viendra pas à bout.

« De quoi la COVID ne viendra pas à bout ? » demandait France Beaudoin à ses invités, le 31 décembre au soir, lors de la spéciale de fin d’année d’En direct de l’univers. « L’amour crisse », s’exclamait du tac au tac Louise Latraverse, qui encapsulait ainsi l’espoir sous le signe duquel nous souhaitions entrer dans 2021. Le cri du cœur — du pur, du jubilatoire Louise Latraverse ! — se transformait rapidement en mantra et se répandait comme une poignée de confettis sur les réseaux sociaux.

La phrase orne même depuis le week-end dernier une gamme de chandails imaginée par l’animatrice Monique Giroux et endossée sur Instagram et Facebook par plusieurs amis de la comédienne, dont Tire le coyote, Guy A. Lepage, Debbie Lynch-White et Guylaine Tremblay. C’est donc dire qu’à 80 ans, Louise Latraverse devenait virale pour la première fois de sa carrière, la preuve qu’il n’est jamais trop tard pour goûter à du nouveau. « Viral, ça me va, tant que tu ne parles pas du virus [de la COVID 19] », lance en éclatant de son rire solaire la grande dame, très amusée qu’on la qualifie de sage (« Voyons donc toi ! »), une des marques de la vraie sagesse s’il en est.

Mais que l’amour (crisse !) survive à cette pandémie ayant largement contribué à empoisonner le débat public, s’agit-il d’un souhait ou d’une conviction ? « Je dirais que c’est les deux. Je crois en l’amour, parce que s’il n’y a pas d’amour, qu’est-ce que ça donne de vivre ? » répond au bout du fil la jeune octogénaire.

« On est tous sur la planète à défendre la même cause. On n’en peut plus de cette grisaille terrible de la pandémie et de Trump — il nous a-tu assez fait chier ? C’est l’amour qui peut nous sortir de ça ! Et quand je parle d’amour, je parle d’amour universel. Parce qu’on est tous pareils, han ! On est tous des petites fourmis dans l’univers. Tu te trompes si tu penses que tu es différent du Chinois ou de l’Africain. »

Au confinement auquel nous a collectivement astreints la crise sanitaire se sera ajoutée pour Louise Latraverse une longue assignation à domicile, la conséquence d’opérations aux genoux subies au début de l’été, puis à la fin novembre. Elle mettait les pieds dehors pour la première fois depuis plusieurs mois lundi, le temps d’une petite promenade dans son Rosemont chéri.

« Ah ben là, je ne le croyais pas ! Toutes mes maisons, pis la neige, pis les autos dans la neige, pis mon dépanneur ! J’avais envie d’embrasser tout le monde. Je faisais juste marcher et c’était un miracle ! C’est un grand bonheur de retrouver ses jambes… [Elle s’interrompt.] Oh mon Dieu ! Il y a un cardinal magnifique sur mon arbre. Tu devrais voir comme il est beau. [Petit silence] Excuse-moi, qu’est-ce que je disais ? »

Mais ne vous excusez surtout pas, Louise. « Tu vois, j’ai gardé mon sens de l’émerveillement. Ça ne m’empêche pas d’avoir des déprimes carabinées, mais il y a quelque chose que je garde en moi et qui n’a pas changé depuis que je suis enfant, et c’est ce besoin d’émerveillement. Mon énergie vitale, c’est celle-là. »

La poésie d’un sacre

Si le cri du cœur de Louise Latraverse aura à ce point marqué les esprits, c’est aussi sans doute beaucoup parce qu’un sacre n’est jamais aussi jouissif que lorsqu’il sort d’une bouche ayant vécu l’époque où les mots d’église, extirpés à leur contexte, se chargeaient d’une réelle teneur subversive.

« Quand j’ai commencé ce métier, j’avais 18 ou 19 ans, j’arrive dans une salle de répétition et là j’entends Janine Sutto, qui disait “estie de crisse”, et Denise Filiatraut, qui disait “câlisse”. C’est là que j’ai su que j’appartenais à ce milieu. J’ai sacré toute ma vie, parce que j’adore les sacres. Pour moi, c’est de la poésie. Même quand j’étais plus jeune, mes parents étaient des gens assez libres et jamais ils nous reprochaient de parler mal. Les gars sacraient, donc je sacrais aussi. Si les gars le font, je le fais, that’s it. »

Amie fidèle, même par-delà la mort, Louise Latraverse choisissait de remettre une partie des recettes générées par ses chandails merveilleusement blasphématoires à la Maison Simonne-Monet-Chartrand, qui héberge des femmes victimes de violence conjugale et leurs enfants. « Il faut toujours rappeler qu’elle fait partie des femmes exceptionnelles de notre pays », plaide-t-elle en se remémorant sa relation privilégiée avec la regrettée écrivaine et syndicaliste. « La première chose qu’elle disait aux femmes, c’est : “Vous devez être indépendantes économiquement.” »

En attendant que la crise se termine — « C’est sûr que ce jour-là, je vais être quelque part dans Rosemont à fêter avec mes voisins » — Louise Latraverse écrit, dessine, cuisine et échange avec la communauté réunie autour de sa page Facebook, un lieu invraisemblablement respectueux, compte tenu de la pagaille dominant en général les réseaux sociaux.

Son état d’esprit actuel ? « J’ai des jours optimistes et des jours négatifs. Il n’y a rien d’égal dans ma vie ; je suis comme la température. Je vois bien que ça va être encore long, mais je crois à l’entraide. Il faut tous se remonter le moral entre nous, sans arrêt. On n’a juste pas le choix. Il faut vivre. »

 
 

Une version précédente de ce texte a été modifiée.