Musique classique - Offenbach sauvé des cendres

C'est presque l'équivalent du mystère du Loch Ness que l'on vient d'élucider en retrouvant, à la bibliothèque de l'Opéra de Paris, au Palais Garnier, le manuscrit des Contes d'Hoffmann, de Jacques Offenbach. Cette révélation du Figaro, sous la plume de Jacques Doucelin, en fin de semaine dernière, est d'importance. Il s'agit ni plus ni moins de la partition d'orchestre, réalisée par un copiste anonyme d'après le manuscrit original du compositeur, ayant servi à la création, le 10 février 1881, à l'Opéra-Comique, du chef-d'oeuvre d'Offenbach. Depuis plus d'un siècle, on considérait que cette partition avait brûlé dans l'incendie de la Salle Favart, le 25 mai 1887, et que toute source authentique avait disparu, la seconde copie de l'original ayant été détruite, dès 1881, dans l'incendie du Ringtheater de Vienne.

C'est donc un document plus que précieux qui vient d'être retrouvé dans les cartons d'archives du service de la copie de la bibliothèque de l'Opéra de Paris par Francis Raynal, auquel Hugues Gall, directeur de l'Opéra de Paris, avait décidé de confier la réorganisation dudit service. Il manque certes l'acte de Giulietta (ou Acte de Venise), que le directeur de l'Opéra-Comique de l'époque, Léon Carvalho, avait décidé de supprimer, n'en gardant que la barcarolle et le duo Nuit d'amour, mais, selon Jacques Doucelin: «On en apprend de belles sur les coupes de "détail" acceptées pour partie par le compositeur ou réalisées après sa mort par le trio Léon Carvalho, Ernest Guiraud et le chef Jules Danbé: en effet, ils ne se contentèrent pas de biffer au crayon certains passages, mais plusieurs folios ont été retrouvés cousus ensemble afin de mieux les sauter.» Selon le journaliste français, informé par Hugues Gall, le manuscrit comporte également des annotations de la main même d'Offenbach, qui participa aux premières répétitions des Contes d'Hoffman avant de mourir, en octobre 1880.

Depuis 1905, les Contes d'Hoffmann ont été représentés à partir d'une édition fort tronquée qu'a réalisée Choudens, avant de faire l'objet, dans les vingt dernières années, après la découverte de pages d'esquisses et de manuscrits, de diverses reconstructions et d'éditions dites «musicologiques», notamment par Fritz Oeser, enregistrées par Cambreling pour EMI en 1988, mais intégrant des passages sans doute supprimés par Offenbach, et Michael Kaye, gravée par Kent Nagano (Erato). La découverte du manuscrit va permettre un autre retour aux sources de cette célébrissime oeuvre, le travail de Kaye restant fondamental pour la connaissance de l'Acte de Venise.

Avant de déposer le manuscrit à la Bibliothèque nationale, Hugues Gall en a réalisé une copie numérique: l'Opéra de Paris reste propriétaire de la partition et des droits qui y sont rattachés.