Tous les espaces des bibliothèques du Québec autorisés à rouvrir

Double surprise pour les bibliothèques du Québec. Le premier ministre François Legault les avait déjà prises de court mercredi dernier en annonçant publiquement qu’elles pourraient rouvrir des espaces de travail individuel uniquement pour raisons scolaires dès le lundi 11 janvier. Un grand et heureux branle-bas de combat a aussitôt suivi dans les bibliothèques pour répondre très rapidement à cette permission.  Or, le décret officiel donne encore plus de latitude : les bibliothèques peuvent rouvrir pendant le reconfinement. Il sera autorisé d’aller dans les rayons, de feuilleter des livres, de choisir des documents ou encore de travailler sur un ordinateur.

« Effectivement, le décret est plus large que ce qui était prévu initialement », a confirmé au Devoir Robert Maranda, des relations médias du ministère de la Santé. « Les bibliothèques sont ouvertes pour tous. » Tous les espaces, ouverts pour tous ? Pas seulement pour les étudiants ? « Pour le moment, l’information que je possède est « tous les espaces ouverts pour tous », tout en respectant les mesures sanitaires obligatoires », a précisé M. Maranda. L’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) a été surprise, « très surprise », dimanche après-midi, par l’extension de la bonne nouvelle. « La semaine dernière, on s’attendait plutôt à l’annonce de la fin du prêt de livres sans contact », indique la directrice générale, Ève Lagacé. « On est heureux que les bibliothèques soient jugées essentielles, mais on doit prendre le temps de comprendre comment appliquer le décret. L’ABPQ est convaincue que ses membres qui le veulent vont pouvoir mettre en place une façon sécuritaire d’aller en bibliothèque, mais ça demande une grande réorganisation rapide. » C’est une permission que le gouvernement donne, précise Mme Lagacé.

« Les bibliothèques ne sont pas obligées d’offrir ce service-là. Elles peuvent aussi l’offrir selon leurs propres modalités. » Certaines pourraient décider de continuer le prêt sans contact seulement, par exemple.

Les bibliothèques étaient déjà dans une course contre la montre pour ouvrir les espaces de travail aux étudiants dès cette semaine. À la Grande Bibliothèque, à Montréal, 75 places de travail, au 3e étage et sur la terrasse, seront disponibles mardi. On s’y est affairés ardemment. « Les meubles étaient tous empilés dans un coin », explique Luci Tremblay, directrice des communications et de la programmation à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. « Il faut bloquer les espaces, calculer les distances, bloquer un ordinateur sur deux afin de respecter les deux mètres, refaire la signalétique ». Mmes Lagacé et Tremblay mentionnent aussi la charge du remaniement des horaires d’ouverture et de travail, rendu nécessaire par le couvre-feu.

Réduire la fracture numérique

Les villes de Montréal et de Québec ont refusé au Devoir la possibilité de s’entretenir directement avec des représentants de leurs réseaux de bibliothèques respectifs. Sous le couvert de l’anonymat, un employé du réseau montréalais a rendu compte de l’ambiance de préparation sur le terrain.

« On a été pris de court. On se réjouit de rouvrir, mais l’annonce est venue sans avertissement et avec peu de balises. On doit très vite s’adapter pour recevoir de façon sécuritaire et sanitaire, alors que l’utilisation des ordinateurs était un des éléments compliqués à gérer en bibliothèques. »

Les fournisseurs ont d’abord proposé des méthodes de désinfections complexes, prévenant qu’elles pourraient endommager le matériel et qu’ils ne seraient pas responsables, précise l’employé. Mêmes difficultés pour les écrans, dont certains sont tactiles. Dans le réseau des bibliothèques de Montréal aussi, le réaménagement des horaires se posait comme un casse-tête.

« C’est vrai qu’une partie de la population vit une fracture numérique, et le vit plus durement présentement, mentionne la directrice de l’ABPQ. On ne les oublie pas. Ils font partie de nos usagers habituels, et c’est en réponse à une de nos demandes, faites en octobre dans un contexte pandémique complètement différent, qu’arrive cette réouverture. On sent une grande écoute de la part du gouvernement. »

Pourrait-on aller plus loin dans le service aux usagers ? « Ça fait des années qu’on veut faire le prêt de wifi en bibliothèque, en fournissant des bornes à emporter à la maison, mais les partenaires potentiels ont tous refusé nos invitations à offrir ce service, qui ferait tellement une grande différence », se désole l’employé des bibliothèques de Montréal. Surtout dans le contexte actuel.

L’ouverture universelle, que les bibliothèques ont apprise dimanche dans la journée, oblige à revisiter certaines des mesures mises en place à cause de la pandémie. « Il faut parfois démanteler ce qui a été installé pour le prêt sans contact — les plexiglas, les panneaux qui souvent bloquent l’accès, explique Ève Lagacé. J’ai l’impression que les bibliothèques qui vont aller de l’avant dans l’accueil des usagers ne seront pas prêtes avant deux semaines. Il y aurait eu beaucoup de stress évitable. Mais il y a beaucoup de bon : le prêt sans contact, c’est beaucoup de travail pour les équipes, et c’est vraiment long avant que les usagers aient leurs documents. On va améliorer la qualité de nos services, et ça, ça nous rend heureux. »

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Les bibliothèques qui vont aller de l’avant dans l’accueil des usagers ne seront pas prêtes avant deux semaines