Musique alternative - Pétrochimique et inclassable

Après avoir tourné un peu partout en Amérique avec Trans Am, les imprévisibles Georges Leningrad rentrent au bercail pour quelques dates dans les environs. Ce week-end, les organisateurs du Festival international de musique incroyable (FIMI) ont eu la bonne idée de les accueillir pour deux spectacles excentriques à l'Auberge Saint-Fortunat (www.aubergest-fortunat.com). Avec un deuxième album à paraître cet automne sur Alien8, ce trio d'agitateurs montréalais se prépare donc pour un été des plus festifs.

Électro-punk absurde et décadent

Rien n'est prévisible lorsqu'on discute avec l'un des membres des Georges Leningrad. Au téléphone chez lui, avec la chanteuse Poney derrière, Bobo Boutin s'amuse à confondre et à informer du mieux qu'il peut. Que pense-t-il au juste du succès que la formation récolte depuis quelque temps à l'extérieur de Montréal? «On savait que cela pourrait fonctionner éventuellement. Au début, on nous reprochait surtout de jouer tout croche. Quatre ans plus tard, c'est l'inverse qui se produit. Notre musique assez intense comble un besoin, en quelque sorte.» Pour ceux qui connaissent déjà l'incontournable Deux hot dogs moutarde chou (Blow The Fuse-Fusion III) ou des extraits tels Didi Extra et Georges V, la déclaration va de soi. Très compulsif, ce mélange d'électro-punk aussi absurde que décadent est venu chambarder une scène locale un peu trop sérieuse. De plus, le groupe s'est taillé une réputation fort enviable lors de concerts indescriptibles en compagnie de Mr. Quintron ou The Gossip.

Après la sortie récente du single Supa Doopa/Nebraska sur le label For Us pour le compte de Rough Trade en Angleterre, Bobo, Poney et Mingo passeront par Toronto et New York (avec Erase Errata) avant d'atterrir à Saint-Fortunat. Comme l'affirme Boutin, «on s'est rendu jusqu'à Houston avec The Locust, donc je ne vois pas pourquoi on n'irait pas à Saint-Fortunat. On veut préparer quelque chose d'étrange et d'inattendu en pleine campagne. On a hâte de voir comment les gens vont réagir là-bas. On ne va faire que du nouveau matériel à l'Auberge.»

Et à quoi ressemble au juste ce nouvel album tant attendu? «À trois, l'énergie passe mieux qu'avant. C'est plus "noise", mais aussi mieux centré par rapport à ce qu'on souhaite faire comme musique. Évidemment, on déteste les étiquettes un peu réductrices (punk, funk, junk, etc.). Lorsque tu performes avec des groupes comme Trans Am, tu te dois d'être créatif. On voulait encore une fois expérimenter sur ces nouvelles pièces. On fait notre truc, point à la ligne. Supa Doopa et Nebraska donnent déjà quelques indices.» De plus, le groupe apprenait récemment qu'il ouvrira pour les légendaires Sonic Youth à Montréal comme à Ottawa en août. Sur un ton ironique, Bobo affirme qu'il n'a «rien contre la gang à Thurston Moore, mais bon... On le fait d'abord pour Ti-Père [leur gérant Alexandre Lemieux]. On ne cherche pas à être partout à la fois. On ne court pas après personne pour ce genre de visibilité.»

Il est plutôt vrai que Les Georges Leningrad se démarquent de la concurrence. Par ailleurs, le percussionniste envisage avec un certain plaisir d'éventuelles collaborations avec d'autres groupes montréalais (peut-être Fly Pan Am!) ou encore à l'extérieur de la métropole. «Il y a tellement de projets en attente. Je pense notamment à Cacao People. On parle aussi de quelques remix à venir. Ensuite, c'est l'Europe en fin d'année.» En réécoutant Deux hots dogs moutarde chou, on devine à quel point ce trio dérange plus que jamais dans un climat musical aseptisé. «On restera toujours en marge avec cette musique qui n'entre dans aucun créneau précis. Le but demeure encore de suivre nos instincts. On veut voir jusqu'où il est possible d'aller.» Le cocktail rock pétrochimique des Georges Leningrad contient tout pour dégourdir. On recommande sans modération.