L’emploi continue de chuter dans les arts du spectacle

Environ 7 travailleurs sur 10 en arts de la scène (-73%) avaient perdu leur emploi en novembre comparativement à l’an passé à la même période. 
Photo: Getty Images Environ 7 travailleurs sur 10 en arts de la scène (-73%) avaient perdu leur emploi en novembre comparativement à l’an passé à la même période. 

Les théâtres et salles de spectacle fermés ne sont que la pointe de l’iceberg. Les emplois, tout comme le nombre d’heures travaillées en arts et spectacle, continuent leur chute. Une chute qui devient dramatique. Parmi les quatre secteurs les plus malmenés par la pandémie, celui des arts, du spectacle et des loisirs est dans la pire situation, à –35,2 % d’une reprise complète.

Même les services d’hébergement et de restauration, qu’on sait très atteints, s’en tirent mieux, à –26 % d’une reprise, selon le dernier bulletin de l’Association canadienne des organismes artistiques (CAPACOA), qui tient ces mois-ci une vigie des statistiques sur l’emploi en arts en croisant les chiffres récoltés chez Statistique Canada. Le domaine du transport et entreposage, miné par l’aviation, est par exemple, à titre comparatif, à –11,3 % d’une reprise.

Les compagnies d’arts d’interprétation sont très éprouvées. Au point même où il faut regarder ces chiffres-là avec prudence, mentionne Frédéric Julien, directeur recherche et développement à la CAPACOA, car les données commencent à être éparses, et les statistiques semblent trop extrêmes. « Après une chute prononcée en octobre, l’emploi dans les compagnies d’arts d’interprétation s’est stabilisé en novembre. Environ 7 travailleurs sur 10 en arts de la scène (–73 %) avaient perdu leur emploi en novembre comparativement à l’an passé à la même période. La participation à la population active a poursuivi quant à elle sa baisse et se trouve à quelques points de pourcentage près (–70 %) au même niveau que l’emploi. »

Perte d’expertise ?

Chose certaine, les heures travaillées en arts, spectacle et loisirs ont diminué de 10,5 % en novembre seulement. Dans ce secteur, les arts d’interprétation et sports-spectacles (boxe, club de danse, hockey, sport professionnel, etc.) sont à –45,3 % de leur niveau prépandémie. Ce qui inquiète tout particulièrement Frédéric Julien, c’est que l’emploi de ce sous-secteur est de 31 % inférieur à l’année dernière. « Les pertes dans la population active se rapprochent de plus en plus des pertes d’emploi », écrit-il.

« La participation à la population active du sous-secteur des arts d’interprétation, sports-spectacles et activités connexes a fléchi de 8,8 % en novembre. C’est plus du double du recul de l’emploi (3,7 %). La participation à la population active est maintenant 27,9 % inférieure à l’an passé à la même période. En termes plus concrets, 45 000 travailleurs du spectacle ont perdu leur emploi depuis novembre 2019.

De ceux-ci, 41 400 n’étaient plus activement à la recherche d’emploi ou avaient trouvé un emploi dans une autre industrie en novembre. » Est-ce à dire que ces travailleurs sont fort débrouillards pour se trouver d’autres emplois dans de nouveaux secteurs ? Peut-être. Mais peut-être sont-ils maintenant hors du marché.

Quoi qu’il en soit, M. Julien craint que ces chiffres ne laissent « présager une grave pénurie de main-d’œuvre qualifiée lorsque les restrictions sur les spectacles seront levées », et une perte de savoir-faire très spécifique.

Les quatre secteurs de l’économie canadienne les plus loin d’une reprise

Selon la lecture des données de Statistique Canada par l’Association canadienne des organismes artistiques, en nombre total d’heures travaillées.

Arts, spectacle et loisirs : –35,2 %

Services d’hébergement et de restauration : –26,0 %

Services aux entreprises, services relatifs aux bâtiments et autres services de soutien : –11,7 %

Transport et entreposage : –11,3 %