Le choc des webdiffusions

Le nouveau chef de l’Orchestre de Paris, le Finlandais Klaus Mäkelä
Photo: François Guillot Agence France-Presse Le nouveau chef de l’Orchestre de Paris, le Finlandais Klaus Mäkelä

Avec un Messie de Händel écourté, l’Orchestre classique de Montréal investit l’oratoire Saint-Joseph. Comment ce produit musical montréalais payant peut-il s’imposer face à une offre gratuite internationale que la seconde vague nourrit toujours davantage ?

La question posée au mélomane est désormais tant morale que musicale. Nous savons tous que la musique a un coût et une valeur. Après la première vague, où la musique a été offerte en guise de réconfort, institutions et organismes tentent de faire passer un modèle de monétisation pour son visionnement. Peut-on lâcher le soutien à nos musiciens parce qu’ailleurs des organisations aux modèles de financement différents inondent la Toile de programmes gratuits ?

C’est la grande différence avec la première vague, et il est évident que ce qui est vendu doit être d’autant plus irréprochable, sous peine de risquer de porter atteinte à l’image du modèle au complet. À ce titre, signalons que l’Orchestre Métropolitain mettra lui-même en ligne la rediffusion de sa Messe en si de Bach du 18 au 23 décembre. Le différé devrait nous permettre de profiter pleinement de cet événement musical précieux mis sur pied par l’OM et le Festival Bach.

En ce qui concerne des captations récentes, Le Messie de l’Orchestre classique de Montréal est dirigé par Xavier Brossard-Ménard (1re partie, Noël) et Boris Brott. Les coupures, habiles, en ramènent la durée à 80 minutes, mais préservent l’articulation en trois parties. Le chœur Les Rugissants, de quatre chanteurs par voix, remplit aisément le large espace. L’auditeur, qui s’adapte petit à petit à l’acoustique très réverbérante, est invité par Boris Brott, qui se retourne, à chanter l’Hallelujah. Parmi les solistes, les voix féminines dominent, avec la rayonnante soprano Elizabeth Polese face à la voix cuivrée de Rihab Chaieb. Très belle captation visuelle et sonore, mais quelque chose (probablement les lumières) génère un petit grondement. Ce Messie est disponible jusqu’au 22 décembre au coût de 15 dollars.

L’OSM a mis en ligne, jusqu’au 21 décembre (à 20 dollars ; c’est un peu cher pour un programme aussi court de musique de chambre), le Septuor de Beethoven. Les protagonistes sont les premières chaises de l’orchestre qui ont déjà fait leurs preuves dans un disque Analekta.

Chose fort intéressante, le Septuor de l’OSM, mis en ligne le 8 décembre, est concurrencé par le même Septuor capté le 2 décembre par James Ehnes et les musiciens du Centre national des arts. Le concert du CNA est gratuit et enrichi par le Quintette à cordes op. 29, mais la familiarité des musiciens de l’OSM avec l’œuvre confère à l’ensemble une coulée musicale beaucoup plus convaincante. Par ailleurs la respiration sonore de la Maison symphonique donne une nette plus-value par rapport à la 4e Salle du CNA.

L’étoile du Nord

Le 5 décembre, James Ehnes donnait le Concerto pour violon de Beethoven sous la direction d’Alexander Shelley dans le premier concert avec public (50 personnes) au CNA depuis de début de la pandémie. Cela a l’air insignifiant et symbolique, mais jouer pour quelqu’un semble changer bien des choses. Dommage : le concert, qui comprend aussi la 7e Symphonie, est « irregardable », car le son est décalé par rapport à l’image.

Parmi les nouveautés internationales, on signalera le lancement de la nouvelle plateforme de l’Opéra de Paris (chezsoi.operadeparis.fr) avec des offres gratuites et payantes et la poursuite des diffusions gratuites de l’Opéra de Vienne, avec une Tosca avec Anna Netrebko disponible jusqu’à ce lundi soir, suivie d’un opéra de Hans Werner Henze, inédit sur Internet : Das Verratene Meer.

Mais le concert de la semaine est le retour au pupitre de l’Orchestre de Paris de son nouveau chef, le Finlandais Klaus Mäkelä, 24 ans, et véritable phénomène. Ce concert est accessible gratuitement sur Arte Concerts et sur le site de la Philharmonie de Paris.

Si vous êtes soufflé, allez voir l’étoile du Nord, Klaus Mäkelä, sur YouTube dans la 1re Symphonie de Mahlerenregistrée en août à Oslo. C’est même accessible en 4K et, à l’époque, il y avait encore du public dans les salles !