Les musées crient au sacrifice inutile

«Les musées sont des espaces sécuritaires où les visiteurs en mouvement portent le couvre-visage obligatoirement et empruntent des parcours balisés», rappelle M. Chagnon. 
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Les musées sont des espaces sécuritaires où les visiteurs en mouvement portent le couvre-visage obligatoirement et empruntent des parcours balisés», rappelle M. Chagnon. 

La Société des musées du Québec est en colère. Le passage du directeur national de santé publique Horacio Arruda,mercredi, en commission parlementaire, a permis d’apprendre que la recommandation sanitaire était de laisser les musées et les restaurants ouverts. Ces lieux ont donc été sacrifiés inutilement, estime le directeur général de la SMQ, Stéphane Chagnon, qui demande au gouvernement de rouvrir les institutions muséales en zone rouge dès le 12 janvier.

« On est très préoccupés par l’intensité de la deuxième vague, a tenu à préciser Stéphane Chagnon, de la SMQ. On ne veut pas rouvrir maintenant, avec presque 2000 nouveaux cas de COVID-19 par jour. Mais commentpeut-on penser et prévoir une réouverture à moyen terme quand on apprend que la fermeture des musées en octobre s’est faite sans raisons liées à la santé publique ? » Mercredi, le Dr Arruda expliquait qu’il n’y avait pas de raisons épidémiologiques de fermer les musées et les restaurants. Plusieurs spécialistes d’autres établissements s’étaient avancés auparavant à dire que les musées sont des lieux à faible risque de transmission. Mais c’est une « approche perceptuelle », fermant en bloc tout ce qui semble être un lieu de rassemblement, qu’a choisie le gouvernement. « Les perceptions ne sont pas des raisons suffisantes pour fermer des musées ? » demandait hier au Devoir le directeur de la SMQ. D’autant que des études montrent que les musées ne sont effectivement pas des lieux de rassemblement. Et qu’elle l’a fait savoir au premier ministre François Legault le 13 novembre dernier, par une lettre restée sans réponse que Le Devoir a pu consulter.

On y lit que les « enquêtes estivales [de la SMQ autant que celle] de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ) confirment que les musées se visitent majoritairement en solo, en duo ou en famille. Ainsi, même avant la pandémie, soit pour l’année 2019, les données récemment publiées par l’OCCQ précisent que 66 % des 13,6 millions de visiteurs intra-muros sont des visiteurs individuels. » L’étude de la SMQ, de son côté, menée sur 33 musées membres, révèle qu’on va là en couple ou en famille. En bulle, quoi. Les adultesen famille sont principalement âgés de 35 à 44 ans. La visite en couple (34 %) et en famille avec des enfants de 17 ans ou moins (28 %) constituait cet été les deux principales modalités d’accompagnement.

Les musées ont été exemplaires dans l’application et le respect des mesures sanitaires, dès leur réouverture, le 29 mai dernier, a précisé M. Chagnon. Un sondage réalisé auprès de ses membres institutionnels a révélé que les 120 répondants ont investi plus de 2,2 M$ pour « garantir la sécurité de l’expérience offerte au public ». Un investissement qui n’aura servi jusqu’à maintenant que quatre mois, jusqu’à la fermeture imposée le 1er octobre. « Les musées sont des espaces sécuritaires où les visiteurs en mouvement portent le couvre-visage obligatoirement et empruntent desparcours balisés. Les établissementsmuséaux sont dotés d’installations ventilées où la qualité de l’air est généralement bonne », rappelle M. Chagnon.

Toujours selon l’enquête de la SMQ, les visiteurs se sont dits satisfaits des aménagements. Ils les ont considérés comme sécuritaires.

« Il est primordial de permettre àl’ensemble des musées du Québec de nourrir les esprits, d’émerveiller, voire d’apaiser les personnes éprouvées. Il faut permettre aux musées de jouer leur rôle social qui fait partie de leur mission, et ceux-ci peuvent certainement jouer un rôle dans la prévention, le maintien et l’amélioration de la santé mentale », concluait Stéphane Chagnon. La SMQ regroupe parmi ses membres 300 institutions muséales québécoises.