La musique qui accorde les traditions québécoises et berbères

Après un premier album «Salam Québec», tiré vers le jazz, Hassan El-Hadi commence à remplir son sac de reels et de gigues.
Photo: Courtoisie Après un premier album «Salam Québec», tiré vers le jazz, Hassan El-Hadi commence à remplir son sac de reels et de gigues.

D’un côté, il y a les gigues québécoises, les violoneux et les chansons à répondre au fond d’une forêt enneigée. De l’autre, il y a les profonds et envoûtants rythmes du bouillant désert africain. Entre les deux, « c’est vraiment facile de faire un lien musicalement », aux dires du vétéran marocain de musique trad Hassan El-Hadi.

Tout sourire et avec de grands gestes, Hassan El-Hadi explique comment en 1995, il débarque au Québec. Berbère sorti du conservatoire de Marrakech, féru de folklore en tout genre, il pose à peine ses valises que ses babouches croisent les traces d’Yves Lambert et de la Bottine Souriante. En jouant avec eux, « c’est là que j’ai remarqué que la musique québécoise traditionnelle, ou la musique irlandaise et celtique, c’est très proche de la musique berbère. C’est vraiment incroyable. Parfois même, la mélodie se ressemble. »

Dans le temps qu’il faut pour terminer un set carré, il rencontre d’autres musiciens trad, comme Pascal Veillette du groupe Les Tireux d’Roches. Après un premier album « Salam Québec », tiré vers le jazz, Hassan El-Hadi commence à remplir son sac de reels et de gigues.

Même tapage de pieds, mêmes mélodies et mêmes chansons à répondre : les « liens étroits entre les cultures celtiques et berbères » sautent aux oreilles d’Hassan El-Hadi.

« Ça se ressemble vraiment au niveau de la rythmique. Ça fait tac-a-tac, tac-a-tac. Parfois, il y a de la polyrythmie. Et ce sont des chansons à répondre, des chansons qui se répètent. […] C’est pas connu à travers la planète, à travers le monde. Si vous allez au Maroc, par exemple, dans des fêtes de mariage, vous allez remarquer ça. C’est vraiment incroyable. Vous allez remarquer des chansons à répondre. Il y a un chanteur qui chante et tous les autres répondent. C’est pas le même langage, mais c’est le même système. »

Selon le principal intéressé, le choc culturel aura été surtout de constater la ressemblance entre les cultures. [Dans les villages du Québec], « on dirait qu’on est au Maroc carrément. Quand tu vas dans un village au Maroc, tout le monde t’invite. Tout le monde t’invite à prendre le thé chez lui et là, tu vas prendre peut-être six ou sept fois le thé, manger je ne sais pas combien de tajines par jour, parce que tout le monde veut que tu sois chez eux. Pour eux, c’est un honneur. Et je sentais ça exactement pareil, soit en Abitibi, soit au Lac-Saint-Jean, dans des petits villages comme ça. Je passais une semaine là et on dirait que j’étais pris avec tout le monde. »

« Quand je rencontre de nouveaux immigrants, des gens de ma culture, je leur dis : “Tu veux vraiment connaître le Québec, alors sors de Montréal. Sors des grandes villes. Va ailleurs. Va vivre avec des gens. Ça nous ressemble beaucoup. Ça ressemble vraiment à ma culture. C’est incroyable.” »

Après des années à macérer différents bouillons de culture, il décide alors de plonger dans le répertoire de la Bolduc pour son deuxième album, Maroc N’Reel. Les classiques « La pitoune », « Ça va venir » et « La bastringue » passent au tordeur de la langue du Nord-Ouest africain. Et pas besoin d’être bilingue pour apprécier la nouvelle version, assure-t-il.

Il pousse même l’audace de la fusion en faisant chanter Yves Lambert en arabe. « Ça le touche aussi. Lorsque je lui ai proposé de chanter, il était comme : “Moi aussi je veux chanter en marocain, comme toi. Toi tu chantes en québécois, alors je vais chanter comme toi”. »

Même s’il est désormais basé à Toronto, il entretient son amour tant pour sa culture d’origine que pour celle qu’il a adoptée. « La musique, ça fait partie de nous. Ça fait partie de la tradition. C’est comme la bouffe. C’est comme la cuisine. T’as pas besoin d’aller au conservatoire pour faire de la musique. Dans la famille, il y a en a un qui fait du violon, un qui fait des pieds, un qui chante et ça se fait en famille. C’est la même chose qu’au Maroc. »

Pour l’instant, le musicien prépare un spectacle tout virtuel pour le Festival du monde arabe, le 22 novembre prochain, intitulé Dérives celto-berbères. Il mijote également un nouvel album inspiré du répertoire irlandais et québécois. « Mon souhait présentement, c’est d’enregistrer l’album et, espérons-le, d’avoir en 2021 une tournée au Québec. » Inch’Allah.

À voir en vidéo