Les flâneuses

Illustration: Le Devoir
Manon Dumais

Chroniques covidiennes

« La COVID-19 n’est pas en elle-même une catastrophe, mais elle agit comme révélateur de toutes nos plaies. Elle expose à la lumière crue les sales petits secrets sur lesquels est bâtie notre société, et que nous préférons garder dans le noir », note Nancy Huston dans Je suis parce que nous sommes (Leméac), chroniques écrites au printemps et parues dans diverses publications. Abordant plusieurs thèmes, dont la domination de l’homme blanc, la romancière ne se fait pas tendre envers sa génération et notre société, qu’elle accuse d’avoir détruit la planète par égoïsme. Percutant et lucide.


Amélie Gaudreau

Palpitante enquête

Il n’est pas nécessaire d’être un « maniaque » de ce qui concerne la crise d’Octobre et le FLQ pour aimer Le dernier felquiste du collègue Dave Noël et de l’ancien du Devoir Antoine Robitaille, sans doute l’un des meilleurs true crime québécois, avec en prime un cours d’histoire fort à propos de l’organisation terroriste. Remarquez que ça aide pour comprendre les subtilités et les détours de cette enquête tortueuse sur le meurtre irrésolu de Mario Bachand, militant felquiste radical et pas particulièrement « aimé » au sein de l’organisation, à Paris, en 1971. Six épisodes qui passent en un coup de vent.


Odile Tremblay

Porter sa mère

Dans le troublant Une mère, suivi de Trente tableaux (Herbes rouges), la cinéaste et comédienne Paule Baillargeon démontre à quel point une figure maternelle de dureté peut peser toute une vie sur les épaules de sa fille. Ce témoignage tissé de douleur, de rancune et d’amour nous dit le poids du passé qui mord le présent quand cette mère aveugle et sourde doit être portée à son tour. « Tu es une mère anthropophage, cannibale, maman ton destin me désespère, pourquoi, que t’est-il donc arrivé ? » demande la fille dans son enquête sur un héritage calamiteux qui est aussi celui de la condition féminine.


Louise-Maude Rioux Soucy

En attendant «La nuit»…

Ni film ni pièce, Prélude à La nuit des rois, au TNM, est un ovni charmant traversé par l’esprit du grand Will que Frédéric Bélanger a encapsulé dans un délicieux laboratoire de création dans l’attente d’un grand soir reporté par la pandémie. La formule allie jeu, musique, danse et vidéo que le texte, traduit par Rébecca Déraspe, épouse joliment. C’est beau de voir l’art fuser entre les fils tenus par le metteur en scène. Certaines transitions grincent un peu, mais la distribution — Ève Landry et Benoît McGuinnis en tête — épate malgré de rares ruptures de ton. En ligne, jusqu’au 18 octobre.