Toujours vivants, les arts vivants!

Photo: Photomontage Le Devoir
Quinze idées pour montrer son soutien et faire le plein de spectacles et d’oeuvres autrement. Des suggestions de François Lévesque, Caroline Montpetit, Philippe Renaud, Léa Villalba et Louise-Maude Rioux Soucy.
 


 

La bouée Bandcamp

Si Spotify est perçu par les musiciens comme un mauvais citoyen, Bandcamp est pour sa part encensé, et à juste titre. De toutes les plateformes numériques dédiées à la diffusion de musique enregistrée, la compagnie californienne est celle qui occupe le plus équitablement le rôle de disquaire en briques et en mortier : non seulement Bandcamp est plus avantageux pour les musiciens (et/ou leurs producteurs) qui ne cèdent que 15 % de leurs recettes numériques (et 10 % sur les vinyles et la marchandise), mais depuis le début de la pandémie, la compagnie a instauré ses « Bandcamp Fridays » durant lesquels tous les profits des ventes d’albums reviennent directement aux artistes. Tout compte fait, le musicien tire davantage de revenus directs d’une vente sur Bandcamp qu’en diffusion en continu ; le prochain « vendredi Bandcamp » se déroulera le 6 novembre.

 
 

Billet virtuel

La solution de rechange est malheureusement en passe de devenir la solution tout court : le gouvernement s’étant servi des salles de concerts (et des musées, et des bibliothèques, avant de se raviser sur ces dernières) pour signaler le retour du Québec en zone rouge, les mélomanes voulant se rapprocher de leurs artistes favoris et les appuyer devront profiter de leur talent devant un écran. Rappelons donc qu’il existe des guichetiers numériques par lesquels le public peut directement appuyer les musiciens en concert : lepointdevente.com (début des demi-finales des Francouvertes le 12 octobre, lancement du nouvel album d’Antoine Corriveau le lendemain), l’espace yoop.app (Damien Robitaille le 16 octobre, Femmes de country le 8 novembre). Plus récemment, la Place des Arts s’est mise au concert virtuel ; ça débute samedi soir avec la Carte blanche colorée par Marie-Élaine Thibert, à placedesarts.com.

 
 

Engagez-vous… à assister à un spectacle!

Les diffuseurs et opérateurs de salles de spectacles ont des maux de tête ces jours-ci. Tout l’été, ils ont dû « innover » en reportant les représentations annulées au printemps dans un calendrier déjà noirci, puis inventer des programmations « distancées » pour se conformer aux normes de santé publique — chez [co]motion à Laval, par exemple, la série Les Intervalles rapprochés espère encore présenter Martha Wainwright le 20 novembre de la salle André-Mathieu. Or, la fermeture complète des salles dans les zones rouges jusqu’à la fin octobre les ramène à la case départ et les prive de revenus. Le moment est encore bon d’être solidaire des diffuseurs et des artistes en continuant d’acheter des billets, comme une promesse des temps meilleurs. Autre idée : la salle de la Casa del Popolo, muette depuis le printemps, abrite en temps de pandémie la boutique Popolo Press, où on vend t-shirts, affiches et livres pour aider le lieu de diffusion à traverser la tempête.

 

Faire résonner les voix d’octobre 1970

Nostalgique de l’énergie fondatrice du Moulin à paroles qui avait tant fait jaser en 2009 ? Dans la continuité de ce grand projet marquant les 250 ans de la bataille des plaines d’Abraham, Brigitte Haentjens et Sébastien Ricard s’attaquent cette fois au 50e anniversaire des événements d’octobre 1970, une crise qui nous habite et nous défini depuis. Pour en finir avec Octobre ? s’attachera à la réflexion de Sébastien Ricard pour mieux plonger dans la parole de ceux et celles qui ont vécu cette grande rupture, ici narrée par une brochette de comédiens allant de Marc Beaupré à Mani Soleymanlou ou Leïla Thibeault-Louchem. Le tout prendra la forme d’une série balado en huit épisodes, diffusée par la Scène nationale du son et La Fabrique culturelle, du 16 au 23 octobre. Un neuvième épisode en direct le 24 octobre au Diamant pourrait basculer en virtuel à la lumière des règles sanitaires en vigueur.

 
 

Tisser des ponts de Montréal à Marseille

La biennale Actoral Montréal a été reportée en raison de la crise sanitaire, mais son grand frère, le festival Actoral de Marseille assure la continuité et tend la main à la métropole. C’est ainsi que, vendredi, on enregistrait dans le ventre de l’Usine C un marathon radiophonique bien d’ici. Piloté par la metteuse en scène et comédienne Édith Patenaude, ce Radio actoral – Montréal peut maintenant se rattraper en ligne sur le site de ce haut lieu de la création montréalaise. Au micro sont convoqués les duos Odile Gamache et Philippe Cyr, Étienne Lepage et Philippe Boutin, ainsi que Maxime Brillon et Marie-Ève Groulx avec lesquels l’animatrice a jasé métier, rêves et doutes. Extraits de répétition, promenades sonores, rencontres inusitées, le marathon aura aussi permis de discuter du pouvoir des arts vivants avec des invités comme le philosophe Alain Deneault, la poète Virginie Savard ou le romancier, poète et éditeur Paul Kawczak.

 
 

Créer pour tromper l’attente

Privés de leurs publics, des théâtres en zone rouge en profitent pour explorer et penser leur discipline. Certains le font en vase clos, comme le Prospero qui maintient son festival Territoires de paroles sans public, tandis que d’autres ouvrent leur laboratoire en ligne. C’est le cas depuis vendredi du Prélude à La nuit des rois imaginé par Frédéric Bélanger. Danse, jeu et musique permettront aux curieux d’entrer dans les coulisses de cette création qui devait ouvrir la saison du TNM et qui fait ses premiers pas en attendant le grand soir. Aux Écuries, le Super Centre de création né de la crise pandémique passe en formule 100 % virtuelle pour offrir au public des activités nourrissantes, comme cette conférence de Martin Faucher venu partager les spectacles qui ont changé sa vie, ce Combat des maîtres opposant de vrais geeks de théâtre et Monochronie, une soirée d’impro sur un seul thème.

 

Une heure au musée avec le Musée de la civilisation

Au moment de la première vague de la pandémie, le Musée de la civilisation du Québec lançait le projet Documentez la pandémie, par lequel il invitait le public à témoigner de son expérience de confinement à travers des témoignages et des photos. Par exemple, à la question : Qu’avez-vous appris pendant la pandémie ? Denise, 62 ans, a constaté que son « beau Léo », 6 ans, avait été capable d’apprendre à lire tout seul à la maison. Plusieurs personnalités publiques québécoises ont répondu à l’appel du musée de proposer un objet qui raconte cette crise sanitaire mondiale. Le public est invité à faire de même. Dans un autre volet, l’autrice Janette Bertrand a mis en ligne une série de capsules invitant les personnes âgées à écrire leur autobiographie pour que leurs descendants puissent mieux les connaître. Ce projet, Écrire sa vie, a été mené par l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

 

Dévorer des archives

Le Musée McCord compte dans sa collection d’archives près de mille livres et livrets de recettes produits entre le milieu du XVIIIe siècle et le début du XXIe siècle. Certains témoignent de traditions culinaires immémoriales, d’autres sont tirés de livres promotionnels. À l’occasion de la Semaine internationale des archives, les employés du musée se sont amusés à cuisiner quelques-unes de ces recettes, et le site du McCord en propose une sélection au public. On y trouve par exemple une recette de tarte à la pichoune du chef du Château Frontenac Louis Baltera. Cette recette fait partie d’un spicilège de 1939-1944. La collection Recettes et alimentation du musée propose de nous renseigner sur l’évolution des mœurs alimentaires. Ainsi, on apprend que durant la Première Guerre mondiale, on encourageait les Canadiens à manger du poisson par esprit patriotique, cette ressource étant abondante dans les eaux nationales.

 

Le musée à la maison du MBAM

Pour traverser le reconfinement des musées en ces temps de COVID-19, le Musée des beaux-arts de Montréal continue de proposer une série d’activités dans le cadre de son programme Le musée à la maison. On peut ainsi regarder en ligne les coups de cœur des conservateurs du musée. Sylvie Lacerte, conservatrice de l’art québécois et de l’art contemporain, nous accompagne par exemple dans la contemplation de l’Appartenance, de Martha Townsend, inspirée d’une éclipse de Lune, tandis que Mary-Dailey Desmarais propose l’Atlas Fractured, de Theo Eshetu, dont la trame sonore contient des œuvres de poètes et d’écrivains du monde entier. Le musée propose aussi des ateliers d’art-thérapie à faire à domicile, et des entretiens enregistrés avec des personnes œuvrant dans les coulisses du musée, dans les départements de l’éducation et du mieux-être, ou des services photographiques et du droit d’auteur.

 

Écouter la danse

Très populaire ces dernières années, le balado couvre une multitude de sujets avec des approches variées. La danse n’y a pas échappé et compte aujourd’hui plusieurs projets intéressants. Au Québec, on peut par exemple évoquer ConfiDanse, lancé en avril dernier par la danseuse contemporaine Ariane Famelart. Dans chaque épisode, elle invite un artiste de la danse à discuter librement avec elle. On peut y découvrir les récits de Catherine Dagenais Savard, Sovann Rochon Prom Tep ou encore Émilie Wilson. Il existe aussi le balado L’envers des corps, créé par l’interprète et chorégraphe Morgane Le Tiec. Chaque semaine, elle reçoit un invité pour échanger sur diverses thématiques : l’ego, le sacré, le racisme en danse, l’exploration de l’humanité, l’hypnose, les influences hip-hop… Deux propositions qui nous permettent d’entrer dans la réflexion et d’apprécier différemment créateurs et danseurs.

 

Danse documentaire

En cette période où il est déconseillé de sortir et interdit de voir notre monde, pourquoi ne pas en profiter pour se documenter ? L’organisme Danse Danse propose une histoire de la danse contemporaine au Québec à travers trois femmes pionnières : Jeanne Renaud, Françoise Riopelle et Françoise Sullivan. Pour s’interroger sur la nature politique des danses et des rythmes afrodescendants, la chorégraphe Rhodnie Désir a parcouru les Amériques. Dans son documentaire Bow’t Trail, disponible sur Tou.tv, elle suit les traces de ses ancêtres et amène le spectateur à réfléchir au travers d’entrevues, d’analyses et de performances. Pour poursuivre dans cette démarche et comprendre l’importance des danses africaines, on conseille aussi le livre Heya Danse ! Poétique, didactique et historique de la danse africaine de Zab Maboungou, directrice artistique de Nyata Nyata et professeure de philosophie.

 

Aider la danse

Plusieurs actions sont possibles pour aider le milieu de la danse et ses artistes. Par exemple, les organismes sont très reconnaissants lorsque les spectateurs décident d’offrir un billet solidaire, c’est-à-dire de ne pas se faire rembourser leur billet de spectacle déjà acheté. Il est aussi possible de faire des dons en argent à plusieurs organismes et compagnies comme les BJM, Rubberband, les Grands Ballets, Danse K par K… Pour contribuer à la survie du milieu et des artistes, restez à l’affût des collectes de fonds ainsi que des événements payants mis en place par le milieu malgré la crise : classes de danse, films documentaires… Enfin, il est important de se garder au courant, en suivant les actualités des artistes et en s’inscrivant aux infolettres des compagnies et diffuseurs qui font tout pour garder le lien avec leur public et proposer des activités, des réflexions.

 

Faire son cinéma au volant

Le Festival du nouveau cinéma a prévu huit événements spéciaux au ciné-parc FNC x YUL, aménagé près de l’aéroport international de Montréal. Du lot, on a hâte de revoir, à temps pour son 30e anniversaire, Total Recall, de Paul Verhoeven, restauré en 4K. Campée en 2084, l’intrigue est librement adaptée d’une nouvelle de Philip K. Dick. Arnold Schwarzenegger incarne Douglas Quaid, un homme « ordinaire » qui, pour s’évader de son quotidien, fait affaire avec une agence capable d’implanter dans le cerveau des souvenirs plus vrais que vrais. Or, après avoir payé pour le forfait « espion », voici qu’on tente de l’assassiner ! David Cronenberg faillit réaliser le film : les mutants de Mars arborant les maquillages spéciaux lauréats d’un Oscar signés Rob Bottin, c’était son idée. Il s’agit de la première collaboration entre une Sharon Stone alors inconnue, mais délicieuse, et son futur réalisateur de Basic Instinct. Le 11 octobre à 20 h.

 

Courtes pièces pour l’oeil et l’oreille

La 5e édition du Festival tout’tout court sort de sa zone de confort, la scène, pour investir écrans et écouteurs ! Le banc d’essai consacré aux courtes formes offre 26 brèves histoires d’une dizaine de minutes en moyenne (la 27e ayant été mise K.-O. par des mesures d’isolement préventif), écrites, dirigées et interprétées par plus d’une soixantaine d’artistes. Au menu, cinq spectacles gratuits à la première diffusion (bonifiée d’une discussion en ligne avec les artistes) et offerts ensuite à prix mini en rediffusion, ainsi que sept épisodes de balado gratuits jusqu’au 31 octobre. Le tout, dans une forme qui n’est ni du cinéma ni de la télé, mais bien « du théâtre / conte / récit poétique artisanal de pandémie en pleine exploration filmée » ! Fait à noter, le festival compte un sympathique volet jeunesse. Rendez-vous à Lepointdevente.com pour y acheter un passeport, meilleure façon de soutenir cette manifestation pleine d’idées.

 

Les mots consolants

Posé en zone rouge, le festival Québec en toutes lettres appelle à se rassembler par les liens invisibles que dessinent les mots, ceux de 300 artistes qui vont envahir la ville du 15 au 25 octobre. La balade quotidienne sera ainsi transformée dans sept quartiers où affiches, banderoles, capsules audio et textes ouvriront le dialogue avec les passants, gracieuseté de Ceci n’est pas une pub. Autre prétexte aux rencontres inopinées (et sécuritaires), embarquer dans L’invasion poétique de Tinder, alors que la populaire application accueillera des clins d’œil poétiques. À signaler aussi, La grande traversée poétique, un ambitieux happening vidéo de trois jours sur Facebook rassemblant 200 poètes de 20 pays. Sans oublier un rendez-vous doux avec le charismatique David Goudreault qui offrira, avec quelques complices, une lecture-spectacle de son roman Ta mort à moi (Stanké).