Rire le Québec libre!

Le sont-ils ou ne le sont-ils pas, souverainistes? La question pourchasse François Ruel-Côté et Sébastien Tessier depuis la première fois qu’ils ont enfilé les petites vestes «pas-de-manches» et les cols roulés devenus l’uniforme officiel de Brick et Brack.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le sont-ils ou ne le sont-ils pas, souverainistes? La question pourchasse François Ruel-Côté et Sébastien Tessier depuis la première fois qu’ils ont enfilé les petites vestes «pas-de-manches» et les cols roulés devenus l’uniforme officiel de Brick et Brack.

Lequel est Brick, lequel est Brack ? « Moi, c’est Brack, lui, c’est Brick », répondent à peu près en chœur François Ruel-Côté et Sébastien Tessier, comme ils ont l’habitude de le faire au début de chacune de leurs performances. Et puisque vous posez la question : non, le duo n’a aucun lien de parenté avec les Foubrac Michel Lauzière et Jean Roy, ces beaux hurluberlus qui parvenaient jadis, de douce mémoire, à interpréter des symphonies avec des pompes à vélo.

Mais qui sont donc ces moustachus ? « On est la “Team Rocket” de la poésie, des chevaliers de la langue, cracheurs de mots, souffleurs de vers, marchands de prose, serpents à sonnets », déclament-ils sur scène avec une fiévreuse fougue, quelque part entre celle d’un tribun un peu trop amoureux de sa cause et celle d’un slameur outrancièrement galvanisé par ses trouvailles langagières.

Les rimailleurs remportaient l’été dernier à Zoofest le prix Coup de cœur du public avec leur spectacle La nuite de la poésite, une variation comique sur l’événement immortalisé en 1970 par le mythique film de Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse, grâce auquel tous les cégépiens ont un jour été secoués par l’exploréen de Claude Gauvreau (le modèle de Brick et Brack sur le plan de la pilosité faciale) ou par la ferveur du Speak White de Michèle Lalonde. Ils remettent ça mardi soir, en faisant fleurir leur poésie sous les projecteurs du gala Zoofest, animé par Rosalie Vaillancourt à l’occasion de l’actuelle édition (forcément numérique) du festival Juste pour rire.

Tous deux diplômés de l’École de théâtre du cégep de Saint-Hyacinthe, habitués des patinoires d’improvisation, François Ruel-Côté et Sébastien Tessier acceptent en 2018 une invitation à participer à un cabaret imaginé à Zoofest par le comédien Mathieu Quesnel. « On avait déjà ces personnages avec lesquels on niaisait des fois, et c’est en les faisant sur scène qu’on s’est rendu compte que, même si c’est encore un peu du théâtre, on se rapprochait du stand-up », raconte Brick. Ou était-ce Brack ?

Ils investissent bientôt le circuit des soirées d’humour de la métropole, en prenant toujours soin de demander à l’animateur de les présenter en tant que « poètes souverainistes », ce qui ne manque pas, à chaque fois, de décontenancer un public venu découvrir le prochain Louis-José Houde, et non le nouvel héritier de Gaston Miron. Sur scène, Brick et Brack offrent ainsi des numéros qui tiennent plus de la harangue que du pur stand-up à l’américaine, avec, à la clé, la lecture de poèmes pas nécessairement mauvais, au contraire, bien que toujours un peu nonos.

Et s’ils raillent certainement l’intensité excessive d’une frange du mouvement indépendantiste, comme la componction qui règne à l’occasion sur les micros ouverts de poésie, ces représentants de la génération Y nourrissent aussi une réelle fascination pour l’éloquence des flamboyants personnages artistiques et politiques ayant permis au Québec de sortir de sa torpeur, au tournant des années 1960 et 1970. Toute caricature est une forme d’hommage, dit-on. L’adage aura rarement été aussi vrai.

« Ce qu’on admirait en regardant la Nuit de la poésie, c’est la verve, l’entrain de ces hommes et de ces femmes-là, souligne François Ruel-Côté. Quand on regarde des discours de Pierre Bourgault, il est difficile de ne pas faire la comparaison avec les politiciens d’aujourd’hui, et de ne pas désespérer. Michel Chartrand s’exprimait d’une manière très politiquement incorrecte, qui semble inconcevable dans le contexte actuel. Mais lui, il dénonçait des bandits ! Quand j’entends aujourd’hui des propos qu’on pourrait qualifier de politiquement incorrects, ce n’est jamais pour des affaires avec lesquelles je suis d’accord. »

L’être ou pas

Le sont-ils ou ne le sont-ils pas, souverainistes ? La question pourchasse François Ruel-Côté et Sébastien Tessier depuis la première fois qu’ils ont enfilé les petites vestes « pas-de-manches » et les cols roulés devenus l’uniforme officiel de Brick et Brack. S’il est évident que les versificateurs ne se moquent pas du projet de pays, ni de ceux et celles qui le défendent, la paire se plaît à brouiller les pistes, tout en se gardant de donner dans la satire facile d’un nationalisme dangereux, dit identitaire.

« Ça deviendrait moins intéressant, et très prévisible, si ces deux personnages-là étaient juste des membres de La Meute ou, à l’inverse, s’ils étaient des gars d’extrême gauche », pense Sébastien Tessier, qui participera jeudi, avec son compère, au concours humoristique Le prochain stand-up, sur Noovo.

C’est surtout le jusqu’au-boutisme aveugle de certains séparatistes que remettent en question (par la bande) Brick et Brack, dans une perspective très absurde, ayant davantage à voir avec celle de Sèxe Illégal, qu’avec celle des Zapartistes. « Si on m’annonçait demain matin qu’on fait la souveraineté, je serais d’abord surpris, mais je serais curieux de connaître les raisons pour lesquelles on la fait. Si on devenait souverains pour exploiter notre pétrole et alléger les règles environnementales, ce serait un cauchemar », confie François Ruel-Côté, en évoquant au passage les drapeaux des patriotes qui flottaient dans le ciel lors d’une récente manifestation antimasques à Montréal. La souveraineté, oui, mais pas avec n’importe qui.

« On nous demande : “Oui ou non, êtes-vous souverainistes ?”, mais pour moi, c’est impensable de pouvoir répondre à cette question-là sans développer un peu. La souveraineté, ce n’est pas une finalité, c’est un moyen. » Un moyen, pour l’instant, de générer des rires.

Le gala Zoofest

À l’occasion du festival Juste pour rire, sur Espace Yoop, le 6 octobre, 20 h