Les conseils de la culture demandent des explications à la Santé publique

Liza Frulla
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Liza Frulla

Liza Frulla, présidente du conseil d’administration de Culture Montréal, ainsi que ses homologues de Québec–Chaudière-Appalaches, de la Montérégie, de Laval, de Lanaudière et des Laurentides, ont envoyé une lettre au Dr Horacio Arruda, directeur de la santé publique du Québec, pour lui demander des explications sur le reconfinement du milieu culturel annoncé lundi.

Dans cette lettre ouverte publiée sur nos plateformes numériques, les quatre présidents s’interrogent sur la pertinence des nouvelles mesures de confinement, alors que le milieu a travaillé d’arrache-pied, au cours des derniers mois, pour se conformer aux directives sanitaires.

« La diminution des jauges, la distance physique imposée entre les places, les parois de protection installées, le port du masque obligatoire, les consignes données avant les représentations de manifester sa joie en applaudissant ou en tapant du pied sont autant de mesures auxquelles les milieux culturels se sont conformés et qui abolissent le contact prolongé. Dans les musées, théâtres, salles de concert, cinémas et bibliothèques, il n’y a donc plus de socialisation », écrivent les auteurs de la lettre.

« S’il n’y a eu aucune éclosion depuis la réouverture des lieux de diffusion, ce n’est pas par chance ou par hasard. C’est que le risque d’éclosion était infinitésimal », avancent-ils encore.

En entrevue, Liza Frulla se demande si la Direction de la santé publique du Québec est consciente des efforts consentis dans le milieu pour s’adapter à la pandémie.

« On ne comprend pas pourquoi le secteur culturel est ciblé alors que de gros commerces comme Walmart et Costco demeurent ouverts, et que les arénas sont ouverts. Les Remparts de Québec, ils peuvent jouer, eux », dit-elle.

« On dit à la Santé publique, on vous comprend, on comprend le gouvernement, mais on ne comprend pas pourquoi le secteur culturel est ciblé. »

Selon elle, les raisons données pour justifier le confinement du milieu culturel ne tiennent pas compte des modifications apportées dans les milieux du théâtre ou des musées.

« On s’est réinventé. Le gouvernement nous a demandé de nous réinventer », dit-elle. Dans les musées comme dans les salles de spectacle et les cinémas, il faut réserver sa place le plus tôt possible pour éviter les attroupements.

Le groupe s’adresse à la Santé publique plutôt qu’au gouvernement, parce que c’est « de là » que partent les décisions.

« Le gouvernement serait très mal avisé de dire : la Santé publique nous conseille telle ou telle mesure et on a décidé de ne pas les observer », reconnaît-elle.

« Profondément enracinés dans la société, les milieux culturels ont fait preuve, depuis le début de la pandémie en mars dernier, à la fois d’une immense solidarité et d’une grande résilience », écrivent les auteurs de la lettre.

Or, le reconfinement imposé par Québec depuis lundi au milieu culturel est précisément ce qu’ils ont tenté par toutes les façons d’éviter.

« Les gestionnaires culturels responsables de ces établissements se sont conformés à toutes les directives de la Santé publique, même les plus pointues, pour permettre à nos créateurs, à nos artistes, à nos artisans de reprendre progressivement contact avec leurs publics et pour éviter, justement, d’être victimes d’une nouvelle fermeture dont rien ne nous assure qu’elle ne durera qu’un mois », s’inquiètent-ils.

Outre Liza Frulla, la lettre envoyée au ministre Arruda est signée de Marc Goudreau, président du conseil d’administration du Conseil de la culture des régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, de Sylvain Massé, président du CA de Culture Montérégie, et de Sylvie Lessard, présidente du CA de Culture Laval.