Sous la loupe d’un observatoire

Leïla Jolin-Dahel Collaboration spéciale
L’an dernier, l’organisme Exeko avait installé une bibliothèque éphémère au cœur des Jardins Gamelin, à Montréal, à l’occasion des Journées de la culture.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir L’an dernier, l’organisme Exeko avait installé une bibliothèque éphémère au cœur des Jardins Gamelin, à Montréal, à l’occasion des Journées de la culture.

Ce texte fait partie du cahier spécial Innovation sociale

L’Observatoire des médiations culturelles (OMEC) travaille depuis un an à étudier l’évolution des pratiques de médiation culturelle et à en cerner leurs enjeux sociopolitiques en réunissant différents partenaires à travers la province.

Déjà très innovantes, selon le codirecteur scientifique par intérim à l’OMEC, Louis Jacob, les activités de médiation culturelle ont été contraintes d’évoluer encore plus avec la pandémie. Le chercheur a remarqué la migration de nombreuses activités culturelles vers les plateformes numériques. « Les centres d’artistes, les musées, les bibliothèques, les galeries, les diffuseurs, tout le monde proposait de nouvelles façons de faire. Ça a permis de voir éclore beaucoup de belles initiatives », observe-t-il.

La présidente-directrice générale de l’organisme à but non lucratif Culture pour tous, Louise Sicuro, abonde en ce sens et estime que c’est aussi l’occasion pour les travailleurs culturels d’expérimenter de nouveaux terrains. « Avec le nombre d’artistes qui sont en pause, on aurait en ce moment un beau terrain de jeu pour les faire travailler dans les centres de santé, les CHSLD, les écoles, etc. », croit-elle.

Divers publics, diverses approches

À l’OMEC, les recherches sont menées depuis l’an dernier à la suite de l’obtention d’une bourse des Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC) de 600 000 $ sur quatre ans. Elles sont déployées selon trois angles : Praxis, qui réfléchit sur la méthodologie et les façons de faire de l’Observatoire ; Topos, qui se penche sur les différents écosystèmes professionnels et les différents projets en tenant compte des territoires géographiques. Et finalement un troisième axe, Polis, qui approfondit les différentes formes de médiation culturelle autour de leurs dimensions politiques et symboliques.

« Au fil du temps, le groupe s’est élargi. On a rallié l’intérêt de joueurs importants comme la Ville de Mont-réal, la région de Saguenay, des organismes comme Exeko et plus récemment Artenso, qui est au cégep Saint-Laurent », explique Louis Jacob.

S’il existe plusieurs définitions de ce qu’est la médiation culturelle, le chercheur explique que celle qui est retenue par l’OMEC consiste en un déploiement d’activités et de projets culturels pour démocratiser l’art, donner la parole et favoriser l’expression et la participation sous toutes leurs formes auprès de différents publics.

« À l’Observatoire, on s’est donné une définition très large et inclusive », résume M. Jacob. Il explique qu’au fil des ans, la culture sort des lieux institutionnels pour parvenir jusqu’à des milieux plus éloignés du monde de l’art. Il cite en exemple des artisans de théâtre qui iraient dans une école secondaire. « On arrive avec un certain bagage et on se met à l’écoute de la classe qu’on vient visiter », illustre-t-il, ajoutant que cette approche peut contribuer à favoriser les apprentissages en classe.

Il souligne également le travail d’Exeko, qui intervient notamment auprès de personnes marginalisées. « Dans des cas comme ceux-là, on peut estimer que l’art et la culture servent à des fins communautaires, de solidarité et de justice sociale », résume-t-il. L’organisme va entre autres rencontrer les itinérants de la métropole à bord d’une caravane avec des livres et du matériel d’art. Il propose aussi des projets de théâtre, de danse et d’autres arts de la scène aux jeunes Autochtones.

L’OMEC prévoit également de verser des bourses à des étudiants de différents programmes universitaires, en lançant deux concours par année. Les candidats retenus pourront développer leur propre projet en lien avec la médiation culturelle. La date limite pour le prochain programme de bourses est le 15 octobre.

Des recherches depuis 2006

Si les différents partenaires se sont réunis sous l’Observatoire l’année dernière, plusieurs faisaient précédemment déjà partie du Groupe de recherche sur la médiation culturelle (GRMC) mis sur pied en 2006.

Selon Louise Sicuro, qui fait partie des membres fondateurs du GRMC, la création de l’Observatoire permet une démarche « plus formalisée ». « Ça l’était aussi avant, mais là, ça nous donne une littérature. On va plusloin avec nos chercheurs », note-t-elle.

Jusqu’à 2023, la dizaine de praticiens et de chercheurs au sein de l’OMEC documenteront l’impact de la culture sur l’individu en menant des recherches à travers la province. « Jusqu’à maintenant, il n’y en avait pas tant que ça. Il y en avait peut-être à travers le monde, mais au Québec, on n’en avait pas », souligne Mme Sicuro.

Elle constate également que, depuis une quinzaine d’années, de plus en plus de médiateurs culturels sont embauchés dans différents organismes. « On est plus ouverts comme organismes culturels à se demander comment on travaille avec les adolescents, avec la population, explique-t-elle. C’est vraiment un travail d’éducation culturelle. Ça, pour moi, c’est un résultat. »