La situation s’améliore au Quartier des spectacles

Éric Lefebvre, qui était jusqu’à récemment directeur du développement au PQDS, rappelle que quelque 580 contrats ont été donnés à différents artistes, pour environ 285 représentations de toutes sortes d’arts, de la musique au cirque.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Éric Lefebvre, qui était jusqu’à récemment directeur du développement au PQDS, rappelle que quelque 580 contrats ont été donnés à différents artistes, pour environ 285 représentations de toutes sortes d’arts, de la musique au cirque.

Le centre-ville de Montréal n’aura pas vibré au rythme des grands festivals et de leurs vastes rassemblements publics cet été, mais la Ville et le Partenariat du Quartier des spectacles (PQDS) ont tenté fin juillet de « créer un engouement » pour le cœur de la métropole, déserté par les touristes et les travailleurs. Aujourd’hui, « la situation s’améliore », explique le nouveau directeur général du PQDS, Éric Lefebvre. S’il doit toujours négocier avec des contraintes sanitaires serrées, il voit la rentrée avec confiance, mais garde un œil avisé sur l’hiver qui arrive.

Dans plusieurs endroits du centre-ville — et même un peu autour —, des terrasses et divers aménagements ont été installés dans les dernières semaines, et M. Lefebvre estime que l’achalandage y est en croissance. En outre, le cadre réglementaire de la Santé publique régissant les nombreuses activités qui ont lieu au centre de Montréal s’est somme toute assoupli, même si le plafond de 250 personnes reste en place et qu’il limite les actions.

« À cause de cette limite [de 250 personnes], tu ne peux pas communiquer [d’informations précises sur un spectacle]; de là, il faut que tu aies des gens qui suivent les artistes pour faire le compte et qui peuvent agir s’il y a trop de monde, illustre Éric Lefebvre, qui a été directeur général de CIBL pendant presque dix ans. Mais il y a aussi une négociation. Ce que la Santé publique veut savoir quand tu fais un événement, c’est comment tu vas gérer les 250 personnes, comment tu vas les calculer, s’il y a des entrées ou des sorties, si les gens sont là par inscription ou avec un billet. Il faut que tu sois capable de démontrer ta capacité à gérer tout ça. »

Éric Lefebvre, qui était jusqu’à récemment directeur du développement au PQDS, rappelle que quelque 580 contrats ont été donnés à différents artistes, pour environ 285 représentations de toutes sortes d’arts, de la musique au cirque. Afin d’aider les créateurs pour qui tout s’est arrêté en raison de la pandémie, et aussi pour créer une certaine densité de passants au centre-ville.

« C’est positif, mais on n’est pas naïfs non plus dans tout ça. On sait que l’enjeu, c’est le retour des travailleurs, dit Lefebvre. Reste qu’améliorer l’expérience au centre-ville, y améliorer la qualité de vie, c’est peut-être les choses avec lesquelles on pouvait avoir le plus d’impact, le plus rapidement possible. »

Confiance

Il y a, au cœur d’une reprise automnale des activités culturelles — notamment en salle, avec de petites jauges —, la notion de confiance. À la Place des Arts, la semaine dernière, c’était d’ailleurs la rentrée alors qu’avaient lieu des concerts de l’OSM, des spectacles chez Duceppe et que se tenait le festival MUTEK.

« On a beaucoup travaillé les mesures sanitaires et écouté la CNESST et la Santé publique, explique au Devoir la p.-d.g. de la Place des Arts, Marie-Josée Desrochers. L’objectif était que le public se sente en sécurité quand il venait à un spectacle — qui reste une expérience visant à le divertir, le détendre. » Beaucoup de travail a été fait « en arrière-scène, pour que le public ne sente pas » les mesures, notamment sur la « chorégraphie » des différentes entrées en salle, ajoute Mme Desrochers.

Pour Éric Lefebvre, cette « relation brisée » devra être reconstruite par étapes. Mme Desrochers parle de « vagues ». « Tu commences par les purs et durs, note le directeur du PQDS. Ils vont en parler autour d’eux, dire que ç’a super bien été. » Et les autres devraient revenir au fur et à mesure. Et pas question d’aller trop vite, parce qu’un seul cas ramènerait « tout le monde à zéro sur le plan de la confiance », ajoute-t-il.

La Place des Arts a notamment mis sur pied un comité sanitaire, qui s’est réuni au lendemain du retour officiel pour analyser le tout. « Ce n’est pas comme avant, on s’adapte, mais la rentrée a eu lieu, et cette excitation qui nous anime, elle était bien là », note Mme Desrochers.

Au-delà du kilomètre carré

Dans tout ce brouhaha, le PQDS a travaillé de pair avec ses membres, dont la PDA, mais aussi avec des joueurs hors du « kilomètre carré » qui définit le Quartier des spectacles. « Ce qui est plus pertinent que jamais, c’est d’être généreux et empathique », explique Éric Lefebvre. Selon lui, l’expertise du PQDS doit servir plus largement qu’à ses uniques membres et il souhaite contribuer à rallier les gens et être solidaire avec différentes entités, arrondissements ou même avec d’autres villes.

La notion de mise en commun des données et des ressources est d’ailleurs chère au nouveau directeur. « Ce sont des choses qui ne se discutaient pas il y a quelques années, affirme-t-il. Comme la mutualisation des équipements entre les festivals. Doit-on aider des événements qui acquièrent chacun des équipements sanitaires ? Ou pourrait-on faire un pool et faire tout ça ensemble ? »

Sur papier, l’été culturel, tel que le conçoit la Ville avec ses places publiques et les spectacles, devrait s’étirer jusqu’à la mi-octobre. Mais le vrai grand défi, ce sera quand l’hiver arrivera, et que l’on ne voudra plus faire attendre à l’extérieur, comme on le fait encore maintenant.

« Il faut que ce soit un accélérateur pour nous “reconnecter” avec notre hiver », tranche Éric Lefebvre. Le PQDS, qui proposera d’ailleurs une grande patinoire extérieure réfrigérée, travaille sur ce défi, et a réuni des créateurs, des architectes et des designers. Il faut réfléchir à la façon dont « on pense l’aménagement des voies publiques, des artères commerciales, des trottoirs et des files d’attente des commerces en hiver. »

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