Recevoir sa dose de blagues cet automne

Maude Landry<b> </b>testera des numéros flambant neufs dans des enceintes intimes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Maude Landry testera des numéros flambant neufs dans des enceintes intimes.

Les rires constituent une puissante drogue, pour qui pratique l’humour sur scène, a-t-on souvent entendu. Le cliché n’aura jamais semblé aussi vrai que lors des premières semaines de notre confinement collectif. Presque tous les humoristes — jeunes ou vieux, millionnaires ou marginaux — multipliaient sur les réseaux sociaux les capsules, les blagounettes et les performances en direct afin de désennuyer leurs abonnés, et sans doute aussi beaucoup pour récolter leur indispensable dose régulière d’endorphines et de ha ! ha ! ha !, tout aussi virtuels fussent-ils.

Mais parce que la charmante urgence de ces rendez-vous spontanés s’est rapidement étiolée, il fallait bien un jour renouer avec l’expérience inédite qui se produit chaque fois qu’un homme ou une femme monte seul sous les projecteurs, dans toute sa vulnérabilité, avec la noble arrogance dont il faut se munir pour prétendre pouvoir faire pouffer des inconnus. Si cette précautionneuse reprise des activités s’est jusqu’ici déroulée dans des lieux inusités — parc, ciné-parc, stationnement —, les artisans de la rigolade retrouveront peu à peu au cours des prochains mois leur habitat naturel : une scène, un tabouret, un verre d’eau et un micro (dûment désinfecté avant chaque spectacle).

En parallèle, en attendant

Parce que bien des humoristes ont dû interrompre leur tournée, et que les dates prévues à leur calendrier ont été remises à 2021, voire à 2022, le prudent retour à la scène qu’effectuent certains d’entre eux pose forcément un dilemme : quel matériel offrir au public ? De l’ancien ou du nouveau ? Prenons Sam Breton. Après une première médiatique bien accueillie de son spectacle Au pic pis à pelle en janvier, l’attachant bonhomme était parti sur les routes du vaste Québec pour une longue virée des grandes salles. Toujours plein de ressources, il présente donc ces jours-ci une performance entièrement constituée d’histoires jamais racontées (baptisée Pas son vrai show), à l’occasion du Projet parallèle, une série de spectacles durant laquelle les François Bellefeuille, Simon Gouache ou Maude Landry testent des numéros flambant neufs dans des enceintes intimes comme le Lion d’Or, le Petit Champlain ou le Vieux Clocher de Magog.

Cas de figure semblable pour Louis-José Houde. Bien que sa tournée Préfère novembre ne soit pas terminée, le vétéran étrenne déjà dans ce même cadre une nouvelle heure de blagues, que nous avons eu la chance d’entendre il y a quelques semaines dans un Lion d’Or sur lequel régnaient — soyez rassurés — des mesures sanitaires strictes. Sans trop en révéler, écrivons simplement qu’il s’agit là de son matériel le plus personnel, le plus grinçant et le plus touchant en carrière. À 42 ans, Louis-José Houde tient peut-être avec ce nouveau spectacle, entremêlant désillusion amoureuse et hommage au groupe de rock progressif Rush (!), sa plus grande œuvre. Tous les détails à projetparallele.com.

Juste pour rire d’automne

Nous étions plusieurs en avril dernier à craindre que Juste pour rire prêche par excès d’optimisme en annonçant que son traditionnel festival estival était repoussé à l’automne. Mais comme le scandait jadis un certain capitaine : les sceptiques seront confondus-dus-dus-dus ! Victor, la mascotte verte indissociable du happening comique, pourra enfin se déconfiner, du 29 septembre au 10 octobre, dans une formule alliant événements en salle, événements virtuels et événements en salle aussi disponibles en ligne — vous suivez ? Petit bémol : seuls les détenteurs de passeports préalablement achetés pour l’édition d’été pourront assister aux galas Carte blanche pilotés par Laurent Paquin et Korine Côté, les Grandes Crues, Mehdi Bousaidan ainsi que Pier-Luc Funk et Phil Roy.

L’espace Yoopde la Place des Arts permettra cependant aux festivaliers de visionner depuis chez eux les soirées d’humour animées par Eddy King, Phil Roy, Jean-Sébastien Giardet Neev, qui se trouveront en salle devant un public réduit. Même formule pour Lise Dion, qui célébrera les 25 ans de son audacieux numéro sur le point G lors d’un entretien mené par Laurent Paquin. Le festival culminera sur le Web les 9 et 10 octobre, alors qu’un microsite accessible gratuitement diffusera de nombreux contenus inédits, mettant notamment en vedette Rosalie Vaillancourt. Le pendant anglophone de Juste pour rire, Just for Laughs, se déploiera quant à lui entièrement on the Internet, à l’instar du Grand Montréal comique, qui renaît exceptionnellement en automne pour sept jours de programmation originale en ligne, du 21 au 27 septembre. Le rare Claude Meunier figure parmi la liste des artistes conviés.

Le temps empruntédes Zapartistes

Voilà ce qu’on appelle rater son rendez-vous avec la Faucheuse. À soir, on meurt !, avaient annoncé les Zapartistes en janvier, en fixant leur trépas pour mai. Mais la fin, ce sera visiblement pour plus tard. Les Zapartistes font entre-temps bon usage de ces heures empruntées en recréant les 5 et 6 octobre au Lion d’Or le Procès des cinq. S’il ne s’agit pas d’un spectacle comique à proprement parler — loin de là —, la faconde de Michel Chartrand (interprété par Vincent Bolduc) demeure, cinquante ans après la crise d’Octobre, une source de rires plus fertile que celle de bien des humoristes patentés. Arrêtés et emprisonnés en vertu de la Loi sur les mesures de guerre, le légendaire syndicaliste ainsi que ses camarades Pierre Vallières, Charles Gagnon, Robert Lemieux et Jacques Larue-Langlois avaient choisi de se défendre seuls face à un État, et à un juge, qui n’entendaient pas à rire.

Rire gratuitement, chez soi

S’il n’existe pas encore au Québec une plateforme comme Netflix, sur laquelle serait rassemblée une masse critique de spectacles comiques, plusieurs humoristes ont généreusement pris l’initiative de téléverser des captations de leur dernière création en date. C’est le cas de Jean-Thomas Jobin, qui déposait sur YouTube son troisième opus, Apprendre à s’aimer, et de Fred Dubé, avec qui il est possible de rager contre l’immobilisme social tout en demeurant bien immobile dans son canapé, en visionnant La lutte du guacamole (aussi offert sur YouTube).